Toute la nuit, la pluie résonne sur la toile de tente de la lodge - la pluie, ou peut-être simplement les gouttes par le vent dans les arbres. Dehors, tout est mouillé, mais nous sommes matinaux et motivés : aujourd'hui c'est une grosse journée. Nous battons tous les records et sommes prêts à partir dès 8h30.
La route nous ramène à Huelgoat, nous fait longer le lac, puis vire plein sud au Petit Moulin - et surtout en plein dans la côte. La journée s'annonce longue et avec un important dénivellé : mon moral chute, et il ne faut pas beaucoup d'autres côtes pour que je passe le VTT et sa chariotte à Antoine.
Suite à une petite erreur d'itinéraire - on manque un virage à gauche - nous changeons de plan, et tant pis pour le Chaos de Mardoul prévu sur l'itinéraire : des chaos, nous en avons vu assez hier ! Nous suivons plutôt le chemin qu'on a pris sans trop le vouloir : il nous faut environ 15 km pour atteindre le lac de Brennilis.
Le temps était gris, maintenant il pleut : la pause se prend debout en Kway, face à un lac gris et dont la surface ondule légèrement sous le vent. Pour en repartir, nous passons au plus près de la vieille centrale nucléaire - arrêtée depuis 1985 et toujours en cours de démantèlement... suite à de nombreuses controverses sur l'art et la manière de procéder, il est prévu que cela prenne encore vingt ans (et probablement plus).
L'itinéraire est maintenant sur route : 12 km de petites routes vides avec très peu de voitures, mais pas mal de côtes. Nous arrivons au village de Brasparts à l'heure de déjeuner : une boulangerie pourvoit à tous nos besoin, et une aire de pique nique près du centre ville nous permet de nous installer confortablement. Le soleil est revenu !
Nous quittons Brasparts par une départementale qui va droit vers Le Faou (à 21 km de là). Inutile de vous parler du du dénivelé ? La météo joue au yoyo, mais quand le soleil brille nous avons rapidement trop chaud, et quand il se cache, il fait frisquet... Nous prenons une première pause au bout de 11 km, car des ruines attirent notre regard : c'est l'église Saint-Pierre de Quimerch.


Le ciel est menaçant, mais nous sommes encore sous le soleil pendant les 10 km qui nous amènenet au Faou - une charmante petite ville nichée au fond de la rade de Brest. Nous y achetons un peu de fromage et de crème fraîche pour la tambouille du soir, et reprenons la route... Les 10 km suivants, indiqués sur les cartes cyclos comme la prochaine voie vélo V45, sont particulièrement déplaisants : certes, elle est parfois en bord de mer, mais elle est surtout très fréquentée : mille énorme camping cars nous doublent sur cette route étroite non protégée pour les vélos. Juste avant le pont, nous nous accordons une pause carambar pieds à terre tout en gardant les vélos entre les jambes - il n'y a nulle part où les poser, et nulle part où nous pauser nous-mêmes. Nous commençons à être salement entâmés, et c'est le moment que choisissent les nuages gris pour creuver : nous avons juste le temps d'endosser les kway, et c'est la grosse averse avec une pluie glaçante.
Qu'à cela ne tienne : le pont est en vue, nous sommes repartis ! Heureusement, une piste cyclable est prévue sur le pont pour nous séparer correctement des voitures - mais la traversée sous le vent glacial et la pluie battante reste une épreuve. Surtout que comme de bien entendu, c'est à la sortie du pont que nous attend le pire : une côte annoncée à 7%... de l'autre côté. Les gars tiennent bon, mais je finis par mettre pied à terre et pousser le vélo sous la pluie... qui s'arrête dès que nous arrivons tous en haut de la côte.
Nous décidons alors de couper au plus court pour quitter cette départementale extrêmement passante, et rejoindre celle qui mène à Landévennec : par Ty ar C'hoat, qui nous offre une belle descente sur chemin goudronné... puis une énorme remontée par un chemin agricole impossible à pédaler ! Nous nous retrouvons tous les trois à pousser. Pari gagné cependant : nous voici sur les petites routes bordées de champs et de petites maisons qui mènent à Landévennec. Un peu avant le bourg, nous nous arrêtons face au cimetière de bateaux.

Il ne reste plus que 2 km et nous voici au bourg, et juste à côté, son camping : un simple terrain d'herbe entretenu mais sans haies, comme si aucun emplacement n'était défini. Il est sans doute presque 19h, mais nous sommes samedi soir : comme prévu, pas d'accueil ce soir dans ce mini-camping - ni à la mairie, ni à l'épicerie. Une seule tente est plantée du côté est, mais une petite dizaines de campers sont installés - certains ont même monté des abris pour se constituer une terrasse couverte. Nous nous installons au plus près des haies côté ouest pour nous protéger du vent qui souffle encore, et allons prendre nos douches. Le bloc sanitaire est vétuste mais le service rendu reste correct : un simple alignement d'une dizaine de cabines en bétons, la moitié en douches, l'autre en toilettes (généralement à la turque, les meilleures pour les connaisseurs !), et quelques lavabos perdu entre les deux. La température de l'eau est correcte - en tout cas, jusqu'à nous, mais les cris des suivants nous ont fait pensé que le chauffe-eau s'était peut-être mis en grève après nous...
Nous cuisinons ce soir avec notre barda : en prévision du temps humide (c'est peu dire), nous n'avons pas amené le rocket stove maison, mais des recharges de gel qu'on utilise normalement avec les caquelons à fondue. Cela s'avère un peu délicat à manipuler, mais une fois qu'on a pris le pli c'est relativement efficace - si ce n'est qu'il faut être patient pour réchauffer quoique ce soit. Ce soir, au menu : saucisson en apéro, aligot (en flocons) agrémenté d'un pot entier de crème fraîche (peut-être un peu plus que demandé sur la recette...), ossau iraty et gâteau en dessert.
Les journées sont déjà longues - tellement longues en fait, qu'à l'heure du « couvre-feu » (21h), il fait encore assez jour pour avoir envie de se promener. En quittant le camping on remarque un groupe de djeuns dans ce qui nous semble être le gîte municipal - annoncé complet. On se dit qu'effectivement, nous n'avions pas envie d'en être !
Nous marchons un peu le long de la rade, puis prenons un sentier vers une abbaye, mais à cette heure-ci, tout est fermé, nous n'allons pas bien loin et revenons au camping. La nuit tombe, nous nous couchons comme les poules. Dehors, les djeunz semblent plutôt calmes. Pour l'instant.

En fait ils ne sont pas si calmes : ils font du karaoké ou quoi ? De temps en temps, ça beugle. Pas fins, et sans doute pas mal alcoolisés, les djeunz. Plus tard, ils sortent du gîte, et se baladent en parlant fort vers le camping - personne leur a dit que le couvre-feu consistait à ne pas sortir ?... Et que les regroupements de plus de 6 personnes sont interdits ? Ils se rapprochent des tentes, on entend distinctement leurs conversations, ils ne sont ni malins ni discrets. À leur troisième tournée vers le camping, Antoine dit “je vais m'en péter un” et sort de la tente... je suis le mouvement. Une fois dehors, on leur dit “c'est pas bientôt fini oui ?... y'a des gens qui dorment ici !...” et leur petite bande décampe comme une volée de moineaux.
Antoine en profite pour aller aux toilettes. Ils reviennent.
“Qui a dit ça, qu'il allait en péter un ?!...
- C'est moi.”
L'aplomb ça fait tout, à un contre six ou sept. Ces djeunz sont juste des petits cons, mais relous. Ils insistent un peu, on monte le ton, ils se barent. La fête et le bruit continuent, mais en provenance du gîte.
C'est à peine si on a le temps de se rendormir, qu'ils reviennent près des tentes. Ils sont deux, visiblement éméchés - à moins qu'ils ne soient naturellement cons. On ressort de la tente, un brin énervés... les autres sont relous, ils font mine de vouloir parler - genre on n'a que ça à foutre à parler à des couillons en plein milieu de la nuit ? Antoine lâche l'affaire et upgrade : il part directement vers le gîte chercher le responsable. Les deux couillons me restent sur les bras et font leurs relous, s'approchent de la tente, commentent tout, ça les fait marrer, l'un d'eux sort son portable et active la lampe torche pour éclairer l'autre et évaluer la tente - “c'est une 2s de chez Décat, c'est ça ?” Bande d'ignares... Je m'empresse de fermer la tente, histoire qu'ils aillent pas chercher des trucs dedans ou je ne sais quoi, et je répète plusieurs fois au couillon qui me met la lumière dans la gueule d'éteindre ça - il filme ou quoi ?!
Je deviens sacrément énervée et je monte encore le ton, le petit con qui joue au débile et qui fait le show devant son pote au téléphone me dit “hey mais t'as mangé quoi, tu pues de la bouche !” et à ce moment là, je pourrais être tentée de le décapiter avec les dents. Je les repousse et les éloigne de la tente, cette fois-ci manu militari. L'autre me colle la lumière de son téléphone dans les yeux, c'est la fois de trop : d'une main je lui fais lâcher son téléphone qui tombe dans l'herbe, de l'autre je lui décoche une bafe derrière la tête - pauvre chou, fallait pas m'énerver, c'est parti tout seul... réflexe.
Pour un peu il chouinerait, mais la première chose qui l'intéresse, c'est son portable qui fonctionne toujours - ouf, il est rassuré ! L'autre croit pouvoir me menacer, je crois qu'il n'a pas bien compris. Je leur répète de dégager à nouveau, ils partent toujours pas, ils ont décidé de s'enraciner juste à côté de notre tente, et là je commence à m'impatienter. En fait, non, trop tard : j'ai perdu patience. Antoine revient avec d'autres djeunz - ça discute, ça n'avance pas. Je vais à la tente, récupère mon téléphone portable, je m'éloigne de quelques pas, et je pianote le 17. De son côté, Étienne sort de sa tente - ça commence à faire du rafut, c'est étonnant que personne au camping ne soit réveillé... les gens n'ont pas de couilles.
À l'autre bout de la ligne, ça répond plutôt vite : “Police nationale, je vous écoute !?” et j'embraie aussitôt, peut-être un peu vite - le flic au bout du fil me demande de parler moins vite. J'explique aussi clairement que possible, et il me répond que ce soir, des petits cons qui font la fête il y en a plein, et qu'ils ne pourront pas se déplacer tout de suite, mais qu'au pire ils inculperont le responsable qui a loué le gîte. Il m'encourage à trouver le responsable et à lui passer, alors je lui passe une certaine Géraldine, une des seules filles (la seule fille ?) du groupe, c'est-à-dire la seule qui ait encore sa tête sur les épaules.
Dans le groupe, ils sont complètement paniqués, ils voulaient que je raccroche, qu'on s'arrange, ... oui, je veux bien qu'on s'arrange : qu'ils se barrent de notre emplacement et ça s'arrête là ! Géraldine me repasse le téléphone, le flic me fait un récap et me réassure qu'ils séviront en fin de nuit si ça ne s'arrange pas, alors que de son côté Géraldine calme ses couillons de copains... ils repartent tous, mais pas sans que le petit con se plaigne que je l'aie frappé et que je lui ai fait mal ! Mais bien sûr. Je m'excuse et lui dit de déguerpir...
Il ne reste plus que quelques heures pour récupérer de cette longue journée.
Les stats
> Étape : Huelgoat - Landevennec
> À vélo : 73 km dénivelé positif estimé 666 m en 5h36 (soit 13 km/h)
> Camping municipal du Pâl
> On aime : l'accueil inconditionnel sans personne le samedi soir, et le lendemain matin les anciens avec leur petit carnet pour faire la facture
> On regrette : la wouaille des petits cons qui font la teuf à côté...