Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

jeudi 18 juin 2026, 21:20

de retour chez nous

Jour 15 : vendredi.
Ça y est, c'est notre dernier jour à vélo. Au réveil, le temps est frais : on bénéficie ici de la même fraîcheur que les îles... façon brume de mer. Nous rejoignons la plage de la Banche, et trouvons peu après un espace vert avec table et vue sur mer : le lieu idéal pour le petit déjeuner.

Après quoi nous rejoignons l'EV 4 et la suivons sans trop réfléchir : son tracé tourne et tourne encore de tous les côtés au sud de Ploubalay, ça monte et ça descend dans la campagne puis franchit aussi un bras d'eau - la retenue du Bois-joli. Au sud de Pleurtuit, nous empruntons l'ancienne voie ferrée, c'est correct, puis au niveau de Pleslin le tracé devient franchement moche : juste un petit bout de route sur le bord d'une départementale passante... On traverse ensuite Plouër (pas mieux) pour rejoindre le pont Saint-Hubert, qu'on sait fermé actuellement au trafic routier pour cause de rénovation. Heureusement, piétons et cyclistes sont acceptés - on pourrait dire tolérés... car il faut mettre pied à terre pour emprunter le petit passage laissé à notre attention sur le trottoir, et passer le plus vite possible sous les montants du pont, où les ouvriers travaillent.

pont de saint Hubert

Juste après avoir passé le pont, nous nous installons pour déjeuner à Pont Saint-Jean. Le temps s'est levé, il fait un grand soleil... nous regardons les nombreux cyclos passer tout en mangeant.

Reprise du vélo : traversée de la Ville-es-Nonais, puis d'une zone industrielle près de l'échangeur de Miniac Morvan... tiens, si on passait voir Xxxxx ? Pas de sonnette. J'appelle, je laisse un message. Avant de repartir, on s'aperçoit que son nom n'est pas sur la boîte aux lettres. Sa femmes, ses gosses, oui, mais pas lui. Boh ?

Traversée de la zone industrielle de Miniac Morvan (c'est toujours moche) puis on continue plein sud : ce n'est qu'en arrivant dans la campagne qu'on évite le pire de la laideur. Voilà qu'on passe Tressé, nous allons bientôt traverser la forêt du Mesnil... mais attends, et si on passait voir Yyyyy ? Il habite à 3 km d'ici, à peine... Hop, un petit crochet : sa voiture n'est pas garée près de la maison, il est absent.

Ok, on continue ! Rejoindre Lanhélin, et continuer par la départementale jusqu'à Bonnemain : après tout, à cette heure-ci les routes sont vides... c'est à peine si deux voitures nous dépassent en 10 km. Après la traversé du bourg, il ne reste qu'à passer les dernières côtes - celle juste après la voie ferrée, et même celle juste avant le croisement avec l'axe Dol-Combourg, « vont vous étonner »... mais bon, après 15 jours de vélo, et la promesse de l'arrivée, ça passe tout seul. Voilà, nous sommes rentrés : ce soir, pas de tente à installer. La vie va reprendre son cours normal... et nous ne sommes pas sûrs d'avoir apprécié cette escapade vélo autant que les précédentes. Il va falloir analyser tout ça et savoir ce qui nous a déplu. La répétition ? L'effet « un jour sans fin » ? Le nombre impressionnant de vélos électriques qui pratiquent le « caravanning vélo » ?... Peut-être un peu tout ça à la fois. Peut-être avons-nous juste envie de passer à autre chose...

57 km en 3h58

jeudi 18 juin 2026, 21:20

vers St Jacut de la mer

Jour 14 : jeudi.
Petite étape aujourd'hui, car hier nous avons largement avancé sur le planning en finissant à Val André plutôt qu'à St Brieuc. Mais ce n'est pas encore suffisant : j'en ai marre. En plus ce matin, il fait gris et moche, et pire : le brouillard s'est invité.

campagne avant Erquy

La route - comme d'habitude - passe essentiellement par les terres, mais quand elle va pour repiquer vers Erquy, vu le temps brouillasse, c'est sûr il n'y aura rien à voir : on fait la grève de la route vélo et on ne suit pas le panneau ! Au lieu de quoi on fonce tout droit. D'abord un peu de route sans trafic, puis un bout de départementale - on fait très attention au niveau du rond point... tiens, un lidl en construction ! et ça continue sur une route en graviers : débouchera-t-elle sans encombre sur l'EV4 ? On fait le pari... le chemin rural devient un sentier... et... banco ! nous revoici sur la vélo route ! Juste au début du marais des Salines. Ça c'est un paysage qui correspond bien au brouillard !

marais des salines

Sables d'Or les Pins

En ressortant du marais, nous quittons à nouveau la route pour nous approcher du front de mer du bled balnéaire de Sables-d'Or-les-Pins. Là, face à la mer, on comprend que ce ne sera pas la peine d'aller jusqu'au cap Fréhel... c'est à peine si on y verrait le phare ! Nous décidons d'écourter encore : coupons tout droit vers Matignon ! Nous voilà donc à pédaler sur les petites routes qui passent à l'ouest de Plurien, ... une averse nous surprend, nous nous abritons au mieux sous un bosquet en bord de route. Plus loin, vers le 20e kilomètre, on atteint une petite chapelle (St Sébastien de Pléhérel) près de laquelle se trouve un parking et des tables de pique nique. Pause ? On ne prend pas le temps de s'asseoir mais on grignotte quand même.

Nous sommes ici en pleine descente, nous allons suivre puis finalement rejoindre un petit cours d'eau en fond de val. En chemin, très exactement en sortie de virage après St Sébastien, je vois un petit animal au sol, je fais un écart pour ne pas l'écraser puis m'arrête. C'est une petite belette ! Elle a l'air bien mal en point... les yeux fermés, elle brasse l'air avec ses petites pattes, comme pour fuir. Le bas côté de la route semble avoir été tondu récemment... aurait-elle été choquée et/ou blessée par une épareuse ?

Placée comme cela sur la route, elle n'a aucune chance de survie : à la prochaine voiture qui passe, elle est idéalement placée de manière se faire écrabouiller en carpette. Monsieur me dit : « prend la avec des gants et mets la dans le talus ! » et moi je regarde mes gants vélos : ce sont des mitaines... pas vraiment le genre de gants qui protège des possibles morsures, ni des bestioles en tout genre que peut porter la petite bête ! Je prends alors ma « lingette pipi », accrochée à ma saccoche avant depuis le début de la rando, sans qu'elle n'ai jamais servi une seule fois. C'est l'occasion !

J'enveloppe la petite belette, et la prends dans mes mains... elle stresse un peu, mais pas vraiment plus que la seconde d'avant : elle fait toujours les mêmes gestes de fuite inutiles, puisque ses pattes s'activent dans l'air. C'est un petit mâle. Il se calme un instant, reprend ses mouvements... je le dépose délicatement près des herbes plus hautes, et sur les conseils de monsieur, je le recouvre d'herbes coupées pour le dissimuler aux prédateurs. Bonne chance petite belette...

Nous terminons la descente, croisons le Frémur, et remontons. Nous voici à Montbran, un minuscule village... et voilà qu'il se remet à pleuvoir. Nous avisons un abri bus et allons nous y réfugier. Un vélo rando y a déjà établi ses quartiers : un homme, sans doute retraité, habillé d'un grand poncho contre la pluie. Il est équipé d'un vélo électrique rustique, sans doute assez ancien. On discute... il a une voix toute douce. Presque 10 ans maintenant qu'il fait de l'itinérance avec son vieux vélo, qu'il a bricolé pour l'adapter au mieux à la randonnée. Hey, deux autres vélos qui arrivent ! Encore des retraités, pas tous jeunes, ces deux là, et pourtant en vélos musculaires. On se pousse un peu pour les accueillir, madame dit qu'elle veut repartir tout de suite, mais le monsieur est content de voir des gens : finalement le couple reste discuter avec nous. C'est amusant, ils ont les mêmes gants Crivit que nous, et globalement ce sont des gens qui s'équipent à pas cher, mais qui sont visiblement vraiment bien rôdés ! Ce sont des montagnards des Vosges, ils ont l'habitude du vélo. On discute équipement, parcours, qualité des revêtements et des routes, ... Tout le monde est d'accord pour dire qu'en Bretagne, les côtes sont déplaisantes : c'est pas tant qu'elles soient longues ou dures, c'est qu'il faut changer sans cesse de vitesse, car brusquement elles passent de 3% à 7% puis 5%... alors que presque partout ailleurs, la pente est stable pendant toute la montée - ce qui laisse la cardio s'adapter, et ne nécessite pas de jouer en permanence avec les manettes des vélos !

La pluie se calme un peu, le couple repart. Nous discutons encore un peu avec le monsieur à la voix douce, puis chacun reprend son chemin : nous avons choisi de suivre Pléboulle, puis de récupérer l'EV4 avec un tourne à droite qui a l'avantage d'être une belle descente (j'aime les descentes). Évidemment, ça remonte pour arriver à Matignon, notre 2e « point culminant » du jour à 75 m d'altitude (juste après Val André, nous avons frôlé les 85 m... mais sommes redescendus 4 fois au niveau de la mer).

À Matignon, un peu comme d'habitude, nous prenons du pain et un dessert à la boulangerie du centre, et mangeons abrités sous la halle, sur les marches. Un petit tour aux toilettes publiques confirme qu'en plus c'est propre et qu'il y a du PQ ! Il y a des petites villes qui sont proches de la perfection. Maintenant direction la zone commerciale pour faire les courses pour ce soir, et enfin nous passons à la boutique de notre réparateur vélo préféré, Ludovic Marquer, histoire de le saluer. Dommage, il a beau être 14h, la boutique est fermée. Nous n'avons pas la patience d'attendre, go ! D'autant que le soleil est en train de ressortir.

Le tracé file tout droit sur une ancienne route désormais réservée à la « mobilité douce », comme on dit. La route devient ensuite un chemin gravel en forêt, puis nous longeons l'Arguenon - avant de le traverser face au château du Guildo. Nous sommes déjà passés par ici, nous connaissons plutôt bien : là ça monte droit vers ledit château (qui n'est qu'une ruine). Holà, mais y'a marqué « ROUTE BARRÉE » ? Des travaux sont annoncés, un petit blabla écrit en caractères 12 (trop petit pour être lisible facilement) parle d'une déviation... mais où ? On n'a pas envie de réfléchir : on s'en fout, on passe. Au final, on a bien fait, les travaux sont visiblement finis - pas un seul camion ni travailleur. L'enrobé est flambant neuf.

Près du parking du château, nous croisons un groupe de jeunes filles toutes en vélo électrique de couleur identique, avec un petit barda pas vraiment adapté attaché derrière... 30 secondes plus tard, elles font demi tour et repassent dans l'autre sens en rigolant - elles sont perdues les minettes ? Elles s'arrêtent puis nous doublent en disant « Courage les sportifs ! » dans la petite côte... c'est moqueur ou sympa ? Va savoir. Elles ne me plaisent pas beaucoup ces pimbêches. Heureusement, nos routes se séparent immédiatement : elles continuent sur l'EV4 alors que nous bifurquons vers la presqu'île de Saint Jacut.

Nous rejoignons le camping municipal par des routes complètement vides de toute circulation... il fait beau comme si on était en été, et personne, personne... la presqu'île presque juste pour nous. À l'accueil du camping par contre, il y a quand même un peu de monde. Il y a un client qui veut réserver deux emplacements pour cet été, un autre qui a oublié sa prise électrique spéciale pour les bornes du camping... pas de bol, le camping en prêtait jusqu'à présent mais comme beaucoup ne pensaient pas à les rendre, ils ont arrêté : le gars a compris qu'il devra faire au saut aux supermarchés pour en acheter une. C'est notre tour : nous avons droit à un emplacement spécial pour randonneurs. Ça c'est nouveau aussi, parce que la dernière fois nous étions sur un emplacement « normal ». Nous profitons aussi du fait que le camping soit « accueil vélo » pour regraisser un peu les vélos... ah non : ici non plus, il n'y a plus de gras !

Après l'installation, je me dis que sur l'emplacement vélo où il n'y a pas de borne électrique, on n'a pas besoin ce soir de notre prise spéciale. Je retrouve le gars qui en avait besoin (il avait donné son n° d'emplacement à l'accueil), et lui prête. Le gars est tout content : il est rassuré, sa glacière va pouvoir garder le froid le temps qu'il aille faire ses courses.

Après la douche, nous partons faire le traditionnel tour de la presqu'île : on prend de quoi manger dans notre sac à dos, et c'est parti ! Un crochet par la plage de la Manchette face au camping, puis on passe par la plage de la Pissote... la mer est basse, on rejoint la plage suivante, celle du Châtelet, par le bas. Là on enchaîne petites rues et venelles, et nous voici à la cale de la Houle Causseul.

île des Ébihens

Ensuite, c'est un sentier qui borde la plage du Rougeret par en haut : elle donne plein nord, avec une vue magnifique sur l'île des Ébihens. Nous repassons par l'intérieur de la presqu'île pour atteindre son extrémité nord : la pointe du Chevet. C'est en plein vent, mais c'est beau : nous admirons la vue sur un banc pendant un bon bout de temps.

île des Ébihens

En revenant sur nos pas, au niveau des premières maisons, je vois un monsieur qui regarde par le trou de la serrure d'un garage... c'est une position que même les enfants savent être inopportune : tout le monde vous dira que c'est de la curiosité mal placée ! Alors je demande au monsieur ce qu'il y a à voir dans ce garage ? Et il me répond « rien d'intéressant, je voulais voir si il y avait pas par hasard une voiture de collection... parfois il y a des merveilles qui dorment, oubliées... » Et nous voilà à discuter. Les vieilles voitures, c'est sa passion. De fil en aiguille, il nous raconte qu'il travaillait dans le bâtiment et qu'en fin de carrière, il a été opéré d'une hernie, suite à quoi son employeur ne souhaitant pas le garder, il a été licencié... À Pôle emploi, sachant qu'il ne pourrait pas retravailler dans sa branche, il a été placé dans la case « handicapé ». C'est ainsi qu'il est arrivé tranquillement à l'âge de la retraite - en continuant à donner des coups de main dans le milieu associatif. Et là, ça devient marrant... quand il a fait son dossier pour la retraite il a dit : je suis handicapé, donnez moi une retraite « handicapé ». Sauf que nulle part, son handicap n'avait été précisé ni certifié ! D'ailleurs son médecin ne voulait pas prendre sur lui de faire un certificat... Alors il a insisté auprès de la caisse de retraite, et quelqu'un a craqué : aujourd'hui il a bien une retraite avec la mention « handicapé », mais sans la moindre idée de ce que pourrait bien être ce handicap ! Si ce n'est que ça a l'air assez invalidant pour être pris au sérieux. Bref, un jeune retraité heureux !

Nous nous séparons là, le retraité repart avec sa dame dans son camping car, et nous continuons jusqu'à l'église, puis passons devant l'abbaye : là, nous rejoignons la côte ouest. Nous suivons alors le sentier côtier... arrivés à un banc avec une super vue, nous décidons de manger là face à la mer et au soleil.

pointe du Béchet

une crique à St Jacut

Puis nous reprenons la balade jusqu'à la plage de la Banche. La mer est déjà bien remontée... Nous n'avons plus qu'à rejoindre le camping, situé plus ou moins au même niveau, de l'autre côté de la petite langue de terre.

43 km en 3h32
Super U Matignon 26
Camping municipal 12

mercredi 17 juin 2026, 21:20

vers Val André

Jour 13 : mercredi.
Ce matin avant de partir, je suis assez curieuse pour demander le score de l'équipe de France au match de la veille, puisque le bar du camping diffusait la coupe du monde... Bref, sans trop de surprise la France a gagné. Nous commençons donc la journée par quelques coups de pédale, à la recherche d'un lieu sympa où petit déjeuner. Il ne faut pas bien longtemps pour le trouver : nous croisons sur notre chemin la chapelle de saint Samson. Un banc en énorme rondin : parfait ! Alors que nous fouillons les sacs pour sortir de quoi manger, monsieur ne trouve pas l'avocat que j'ai acheté hier. Serait-il perdu !? Où l'a-t-on oublié ? Ce sera le drame (tout relatif) de la journée...
La chapelle est fermée, mais un panneau nous raconte son histoire : « Édifiée en bordure de l'ancien chemin conduisant du bourg de Plouha au port de Bréhec et sensiblement à mi-distance, la chapelle de Saint Samson a une origine très ancienne. Elle est mentionnée sur les plus vieux titres de Plouha. La ferme de Kermouster (devenue Kersaozon) située à proximité, rappelle qu'il y a eu là un petit monastère dont la chapelle fut dédiée à Saint Samson, peut-être par des moines dolois.
Au XVIIe siècle, des mariages y étaient célébrés et des inhumations faites. Tombée en ruines, elle fut reconstruite avec ses deux ailes et bénie le 2 août 1732.
Vendue sous la révolution, la chapelle fut acquise par Guillaume Dolo et Marie-Anne Le Mezec qui en firent don à la fabrique (conseil paroissial).
Restaurée en 1885 et ses ailes supprimées, la chapelle présente actuellement un plan rectangulaire (...) Près de la chapelle on remarquait, jusqu'au milieu du siècle dernier, un pan de mur avec portillon et tourelle, seuls vestiges du manoir de Kersoazon construit à la fin du XVIe siècle.
Le pardon a lieu le dernier dimanche de juillet. »

Chapelle Saint Samson

Aujourd'hui, je n'ai pas de jambes. Ça tombe mal, c'est typiquement le jour où il vallait mieux en avoir ! Rien que pour arriver à Saint Quay il faut passer trois petites rivières - autant de descentes (chouette) et de remontées (sacrément salées). Heureusement, le soleil brille, la mer est belle, le coin est vraiment pas mal ! Une petite erreur d'aiguillage (qui nous coûtera quelques mètres de dénivelés supplémentaires) nous amène à la plage du Palus, qui bien qu'en galets, est du genre féérique ce matin - grâce à la lumière et le calme qui règne ici.

plage du Palus Arrivés à St Quay, nous prenons la pause derrière la plage du Châtelet, sur le « chemin de ronde » - drôle de nom pour une croisette ! Et là, surprise : à environ 500 m, on aperçoit des dauphins ! Ils sont 4 ou 5, et font des sauts dignes des parcs aquatiques... sauf qu'ils sont libres. Assez rapidement, un bâteau les repère et s'approche : raté, c'est justement ce qu'il ne faut pas faire (toujours laisser les dauphins s'approcher, mais ne pas aller à leur rencontre) et ils s'en vont.

Saint Quay

Saint Quay

Nous repartons aussi : quelques montées dans les villages proches de ces stations balnéaires, pour déboucher sur un Binic très ensoleillé. Nous nous installons sur une table près de la plage. Ça sent les vacances ! La lumière est ébouissante, la plage immense, les passants ne sont pas nombreux mais il y en a suffisamment, en particulier des enfants accompagnés par leurs grands parents, pour que ce soit un festif.

Binic

Nous reprenons la route pour une quinzaine de kilomètres qui montent, essentiellement - avec évidemment en bonus au début, toujours un petit passage à 15% qui oblige à pousser le vélo chargé. Prochain arrêt : Saint-Laurent de la Mer. Nous avons pour objectif d'aller saluer les propriétaires précédentes de notre maison... D'abord, essayer de retrouver la rue... nous nous souvenons qu'il faut d'abord rejoindre la place principale, celle avec la Poste : la voilà ! Il ne reste qu'à descendre vers la mer... une rue nous dit quelque chose... est-ce que ce serait pas cette maison, là, avec un fauteuil placé dans la marquise, et plein de livres ? On sonne. Dominique arrive par le garage - si je l'avais croisée n'importe où ailleurs que chez elle, physionomiste comme je suis je ne l'aurais pas reconnue. Ça tombe bien elle ne nous remet pas :
« - Je peux vous aider ? Vous êtes perdus ?... »
Quand nous lui révélons notre identité, quelle surprise ! Plutôt bonne semble-t-il, même si elles étaient sur le point de partir à la pêche à pied avec leur petite fille. Nous discutons néanmoins un bon quart d'heure avec Dominique, qui nous fait aussi un tour du propriétaire - elle a fait pas mal de travaux, qui se trouvent être à peut près les mêmes que ceux qu'elle a fait dans sa précédente maison : du lambris, un escalier de meunier pour accéder aux combles qu'elle est en train d'aménager (cette fois-ci avec de plus grands vélux), et une salle de bain (de bien meilleur facture). Mais cette fois-ci, c'est placo et non plus mur en chaux. Il faut dire que c'est une maison en parpaings : inutile de s'embêter à rénover à l'ancienne.

Il est temps de les laisser partir à la plage (d'ailleurs, c'est à peine si nous avons entre aperçus Monique), et nous de reprendre la route. Ici, nous avons une bonne idée de ce qui nous attend : Saint Brieuc, c'est tout en dénivelé. D'abord, le tracé nous fait passer par le port (tranquille !) puis on traverse la petite rivière (quelque peu envahie par les algues vertes sur ses rives) et là, on attaque une très belle côte. Sur la redescente, on croise un jeune cyclo rando à l'arrêt sur le bas-côté de la route (on ne peut pas vraiment appeler ça une rue, même si on est encore en ville), il trifouille sur la roue arrière de son vélo. Je propose à monsieur qu'on aille lui donner un coup de main (enfin, surtout monsieur, parce que moi je ne m'occupe pas - encore ? - de mécanique). Le gamin a la roue qui touche son porte-bagage... forcément, ça gêne pour avancer. C'est sans doute l'énorme côte qu'il vient de faire pour arriver là qui a achevé de faire jouer tout ce qui pouvait jouer sur le vélo (le VTT de sa mère !). Monsieur sort une clé, dévisse d'un côté de la roue, visse de l'autre, et la fait ainsi se déplacer un peu sur l'axe... assez pour que le porte bagage ne frotte plus, et, magie ! il semble qu'il n'y ait même pas besoin de régler les vitesses : il arrive toujours à les passer. On se quitte en se souhaitant bonne route !

Nous longeons ensuite le fond de la baie de Saint Brieuc... sous la chaleur, nous arrivons face à une déviation, qui nous oblige à prendre un sentier gravel, qui nous amène à un cimetière : sur le banc à l'ombre, juste à côté de l'entrée, nous prenons une pause bienvenue. Les quelques visiteurs nous saluent, ils ont tous très chaud, comme nous. Après cette petite pause, nous avons droit à 4 km de plat : c'est là que nous rattrapent les freaks de la selle ! Monsieur d'abord, qui sur le plat fonce bien qu'il soit en musculaire, suivi par madame, qui pédale sans effort sur son VAE. Nous les suivons dans la petite côte qui mène à Hilion, et là la différence est flagrante : monsieur sort les muscles et la cardio, il peine, alors que madame est détendue, elle pédale le dos bien droit, tout en avançant bien plus vite que lui. C'est à vous dégoûter du vélo.

Nous les laissons ici, où ils vont faire étape, et nous poursuivons. Plutôt que de dormir avant Saint-Brieuc comme prévu initialement, nous poussons ce soir jusqu'à Pléneuf Val-André, petite commune balnéaire avec un port de loisirs. Il nous reste donc 17 km à parcourir sur des petites routes tranquilles, avec des montées et des descentes certes mais pas excessives - heureusement, car la chaleur commence à nous avoir à l'usure. Arrivés à Val-André, nous passons le port, et nous dirigeons vers le boulevard qui longe la plage par l'arrière - c'est-à-dire la première rue sans la vue sur mer - pour faire les courses au supermarché.

Après quoi, il ne reste plus qu'à décider du camping où planter la tente... nous décidons d'appeler pour vérifier les disponibilités sans faire de kilomètres inutiles. Je commence par appeler celui situé le plus proche de la plage, et je tombe sur le répondeur qui se met à chanter « do yoooo do yoooo do yoooo Val André ? po po po pom, do yooo do yooo... » sur l'air bien connu des gendarmes à Saint Tropez. Je raccroche immédiatement ! J'appelle alors le camping du Minihy. Ça décroche tout de suite, la voix est accueillante, y'a de la place - nous n'avons plus qu'à remonter jusqu'à lui. Le camping est effectivement très tranquille : pas grand monde ici en cette saison. Le bloc sanitaire est tout confort, le proprio très aimable, il y a même deux emplacements spéciaux pour les randonneurs, assortis chacun d'une table de pique nique. Sympa !

Val André

Après l'installation et la douche, nous descendons avec de quoi manger jusqu'à la croisette locale - et c'est vraiment à cela que cela ressemble. Un joli front de mer de presque 2 km avec une plage en contre bas et une longue promenade en haut, avec des bancs tous les 10 mètres... que demande le peuple ? Du soleil, la mer bientôt pleine, un seul bémol : il y a un poil trop de vent pour que ce soit parfait (heureusement nous avons pensé à nous couvrir). On en profite pour appeler Étienne histoire de prendre des nouvelles. Après quoi nous marchons un peu sur la promenade en front de mer, puis rentrons sagement nous coucher : nous avons besoin de repos.

80 km en 6h
retrodor 6,11
carrouf 8
camping 19,31

mardi 16 juin 2026, 21:20

vers Paimpol (finalement : Bréhec)

Jour 12 : mardi.
Aujourd'hui finit le repos, on reprend le vélo ! J'avais prévu un tracé hors EV4 pour découvrir une autre partie de la côte de granit rose, mais nous n'avons (je n'ai ?) plus envie de faire trop de vélo dans la journée. On reviendra avec nos pieds (et Partner) une prochaine fois pour découvrir tout ça une autre fois. Pour l'instant l'objectif, c'est de pas trop se dégoûter du vélo...

Départ du camping sur la route principale, vers Louannec : une fois passé le bourg, le tracé s'éloigne des grands axes pour leur préférer les petites routes de campagne. Après les premiers kilomètres de franche montée, la suite est longuement vallonnée. C'est interminable quoique généralement raisonnable - sauf, biensûr, quand on croise des petits cours d'eau. En particulier l'étang de Boisriou, situé à une douzaine de kilomètres de notre départ, nous offre certes une belle (et courte) descente mais surtout une belle remontée - je ronchonne.

Tréguier Vers le km 20, ça descend enfin vers Tréguier. Nous empruntons l'ancienne « passerelle Saint François » - restaurée et réouverte il y a quelques années après avoir été longtemps abandonnée et fermée. Nous jetons un petit coup d'oeil à la ville, qu'on sait déjà jolie. Côté ouest, une église désacralisée semble abriter un théâtre - c'est inattendu. Au centre, il y a du monde assemblé près de la cathédrale, et un corbillard : un enterrement. Je me dis que Pierre, notre maraîcher qui vient de Paimpol (« sur la route entre Paimpol et Tréguier » nous dit-il toujours) pourraît bien être là : non seulement le bonhomme est tellement loquace qu'il doit connaître tout le monde par ici, mais en plus il a l'âge auquel malheureusement on a tendance à avoir connu ceux qui disparaissent...

Nous posons les vélos pour quelques courses à une boulangerie : d'autres cyclos rando sont aussi arrêtés là. L'un d'eux avise nous selles en cuir, et me demande de quelle marque il s'agit... Je remarque aussitôt que ce monsieur a mis une protection sur la sienne - alors qu'il ne doit pas être arrêté depuis plus de quelques minutes ! Nous avons à faire avec un freak du matériel. Bon, si ce n'est que lui avoue avoir une Brooks - argh, sans doute il ne sait pas que ces selles anglaises sont made in China. Nous sommes quand même assez fiers de nous asseoir pour notre part sur du made in France !

C'est reparti, longeant le jaudy, la rivière voisine, puis le traversant par un pont assez fréquenté. L'EV4 bifurque immédiatement pour quitter la départementale au plus vite, mais nous envoie sur une montée affreuse. Ça grimpe encore jusqu'à Trédarzec : la petite église nous inspire, nous décidons de manger ici. Sur la table de pique nique à l'ombre et près des toilettes publiques ? Non, nous trouvons mieux : juste derrière l'église, sur un banc, en plein soleil (qui cogne).

Trédarzec

Trédarzec

J'essaie d'appeler Pierre, mais je tombe sur la messagerie. Nous n'avons cherché à prendre rendez-vous pour éviter toute contrainte, mais nous pensons profiter de notre passage pour essayer de voir sa ferme. Nous verrons bien, mais ça semble compromis.

Nous reprenons la route sous la chaleur et le soleil. Une belle descente nous amène à Lézardrieux, mais là en plein centre du bled, nous nous trompons de chemin ! Il faut dire que le panneau était bien planqué (absent, quoi) et qu'on a filé du mauvais côté - au hasard, celui qui grimpe (fort). Monsieur est en forme et grimpe devant, je fais ce que je peux pour suivre en y mettant de l'énergie et de la sueur (et une bonne dose de gromelage). Arrivés en haut de la côte... oh oh... les panneaux n'indiquent clairement que des directions qui ne nous intéressent pas, et il n'y a plus de petit panneau vert indiquant une piste vélo. Là je gromelle vraiment, et demi-tour !

Après avoir apprécié la descente (faut pas rester aigri !) nous arrivons au pont, franchissons le Trieux, et poursuivons tranquillement jusqu'à Paimpol tout proche. Sur notre chemin, un intermarché : l'occasion d'y faire nos courses pour ce soir. J'y trouve presque tout, sauf les bières 50 cl en canette alu (moins lourdes à balader en vélo que les bouteilles en verre). À tout hasard, je demande à un employé : ils ont tout bonnement retiré le rayon, qui d'après lui était sujet à la fauche, et aussi était prisés par un "certain type de gens qui consomment localement, derrière le magasin, provoquent des problèmes, font la mendicité et font fuir les clients". Bon, ça sent un peu le mépris de classe. Il paraît que les bières reviendront quand ils auront des antivols... Au final, je ne prends pas de bière.

Une fois dehors, j'explique ça à monsieur. Juste à côté de nous, une dame bien amochée (elle boîte) qui tend la main, nous indique que si on cherche des bières en canette alu, il y en a au carrefour market un peu plus loin. Une petite pièce pour remercier, et on se remet en route avant d'être envahis par d'étranges cyclos : des couples équipés de vélos électriques de marque, certains tractent une remorque à chien... voilà bien notre monde. Au carrefour, nous trouvons effectivement les dites bières ; j'en profite pour ajouter une glace - nous la dégustons sur le port tout proche. Hors festival, l'endroit est moins sexy.

Port de Paimpol

Il est encore tôt, nous décidons de ne pas nous arrêter à Paimpol, mais de poursuivre jusqu'au prochain camping. Toujours prêts à jouer un peu avec le feu ! En sortant de Paimpol, une déviation nous met dans l'embaras - c'est le moment que choisit Pierre pour rappeler ! Pendant que je discute avec lui au téléphone, monsieur discute avec un riverain qui nous voit arrêté, et nous donne un bon tuyau pour sortir du traquenard avec en un minimum de mètres parcourus (en passant par le parc de la résidence voisine). Nous passons donc rapidement devant le camping du Cruckin (où nous avions prévu de nous arrêter) juste à côté de l'Abbaye de Beauport (qui semble devoir être visitée, mais que nous snobons pour cette fois-ci).

Commence alors un très beau parcours au-dessus des falaises, avec une vue entre autre sur l'île de Bréhat, et toute la côte... Nous tentons de visiter au passage une petite chapelle (fermée) : la chapelle Sainte Barbe. Le blabla sur le panneau nous interpelle :
« Construite au XVIIème siècle, la chapelle est vendue en 1794, comme bien d'église. (...) En 1829 la chapelle est rendue à la Paroisse de Kérity, les propriétaires en ayant fait don au Conseil de Fabrique (note: c'est-à-dire le conseil paroissial, ancêtre du conseil municipal).
Son pardon a lieu chaque année le jeudi de l'ascension. »
S'ajoute à l'histoire du monument, l'histoire de Sainte Barbe : « Sainte Barbe aurait vécu au milieu du IIIème siècle après J.C. Quand son père voulut la marier, elle décida de se consacrer au Christ. Pour la punir, son père l'enferma dans une tour, mais un prêtre chrétien réussit à la baptiser. Furieux, le père mit le feu à la tour. Barbe réussit à s'enfuir, mais fut trahie par un berger qui prévint son père. Ce dernier la traîna devant le gouverneur romain de la province, qui ordonna au père de trancher lui-même la tête de sa fille. Elle fut d'abord torturée, puis son père la décapita. Châtié par le Ciel, il mourut frappé par la foudre. Quant au berger qui l'avait dénoncée, il fut changé en pierre et ses moutons en sauterelles. Quand les chrétiens vinrent demander le corps de la jeune martyre, ils ne purent en parler que comme "la jeune femme barbare", d'où le nom de sainte Barbara qui lui fut donné.
Sainte Barbe protège de la foudre, mais elle est aussi la patronne, le modèle et la protectrice des architectes, des géologues, des pompiers, des mineurs et autres corporations liées au feu. Sainte Barbe est aussi la sainte patronne de l'École Polytechnique. »

Mais pourquoi châtier les moutons ? Ils n'ont rien à voir dans cette affaire ! Bref.

Pointe de Minard

On roule sur la route des falaises. Ça monte et ça descend mais c'est correct, sauf biensûr sur le finish de l'étape : nous choisissons de nous arrêter à Bréhec. Vu de loin mais aussi sur les cartes, notre choix naturel se porte sur le camping des Tamaris, qui est plus près de la mer. Mais finalement, le premier sur notre chemin (au terme d'une belle montée) est le Varquez, situé sur les hauteurs. Grand bien nous en a pris : accueil sympathique, et belle piscine, qui une fois de plus à cette heure-ci et en cette saison, pourrait aussi bien être considérée comme privée vu que je suis la seule à m'y baigner ! Dîner sur une table de pique nique, puis promenade digestive jusqu'au bord de mer - en chemin, nous nous félicitons de ne pas avoir retenu le camping des Tamaris : nous constatons qu'il est en accès 100% numérique automatisé avec caméra de vidéo surveillance.

66 km 5h14 ; balise des 800 km dépassée sur la corniche
intermarché Paimpol 28
Carrouf city Paimpol 4,60
Camping avant Plouha 17,82

lundi 15 juin 2026, 21:20

à Perros

Jour 11 : lundi.
Ce matin, nous sommes en repos : pas besoin de plier la tente ! Ça, c'est les vacances... dans les vacances. Comme nous n'avons pas fini de charger correctement le téléphone hier soir, nous prenons le petit déjeuner dans la grande salle commune - d'autant que ça tombe bien, le temps est encore frais ce matin.

Nous commençons la journée par régulariser notre situation, et en ce lundi matin, il y a un bon nombre de campeurs déjà présents à l'accueil pour faire de même - qui pour rendre un vélo en location, qui pour louer un vélo, qui pour, comme nous, déclarer son arrivée la veille. La dame à l'accueil peine déjà sous le nombre des demandes, et la journée vient tout juste de commencer ! Le lundi doit être une de ses pires journées.

Nous voici maintenant 10 mètres plus loin, à l'arrêt de bus. Nous essayons de déchiffrer les tarifs et les modalités de paiement - il semble qu'il soit possible de payer en envoyant un SMS à un numéro court, et bien sûr de télécharger une application (mais ce n'est pas une option)... Par précaution, nous attendons de voir arriver le bus - peut-être pourrons-nous payer directement au conducteur, après tout. Après une bonne quinzaine de minutes d'attente en la compagnie d'un autre couple du camping, justement le voici, le bus. En fait, c'est un mini bus qui compte moins de 20 places en comptant les strapontins. Le chauffeur ne semble pas tout jeune (peut-être est-ce un retraité, comme notre voisin conducteur de bus qui continue malgré tout à assurer une liaison ou deux chaque jour), d'ailleurs il écoute « radio bonheur ». À notre question sur le tarif, il nous répond « oh, on n'est pas encore en saison, c'est gratuit ! » En voiture simone... pour presque une heure ! C'est pas que le terminus est loin, c'est que le trajet fait des tours et détours, des boucles qui nous font revenir sur nos pas en permanence.

Arrive quand même le moment où le bus arrive presque au terminus, là où se tient le grand marché du jour : le marché de Sainte-Anne, qui se tient... place du marché. Un petit arrêt à une boulangerie chicos nous permet de partir pour la journée avec du pain et un petit Kouin Aman - de quoi marcher jusqu'au soir ! De là, direction, la plage de la grève blanche : c'est d'ici que nous commençons notre retour à pied au camping par la côte. Nous arrivons par les hauteurs, face à la couronne du roi Gradlon... un rocher au nom évocateur.

plage de la grève

Ici, la brume est encore plus dense : ambiance... la première pointe du GR34 est un peu sauvage, et dans le brouillard c'est magnifique. Le chemin longe ensuite la plage du Coz-Pors, longée de bâtiments - le charme est déjà rompu. On enchaîne avec la plage de Ker ar Vir, avec vue sur une petite presqu'île verdoyante.

plage de l'île renote

Un petit tour pour le plaisir sur la presqu'île de Renote, puis on enchaîne les traversées sur le sable dans la baie de Sainte-Anne. Avec la marée basse et le temps encore gris, c'est parfois beau parfois trop triste. Nous arrivons au pont où trône en son milieu le moulin à marée du Grand Traouïero : le moulin est fermé par avis municipal, pour cause de bâtiment dangereux. Un peu plus loin, un panneau indique une déviation du GR34 : naïvement, nous la suivons, et pendant 500 m on se retrouve à longer un boulevard passager et bruyant. La déviation repique vers Saint-Guirec après le chaos de Traouïero, et ce n'est qu'une fois arrivés là qu'on se rend compte que d'une part la déviation n'est pas indiquée dans ce sens, d'autre part, l'autre pont (où se situe le second moulin) est bel et bien emprunté par des promeneurs. Merci pour le détour sans aucun intérêt...

Sainte Anne

À la pointe de Saint-Guirec, nous profitons des toilettes publiques et prenons une pause goûter à l'abri du vent. Puis c'est reparti pour le clou du spectacle, malheureusement toujours sans soleil : la côte de granit rose. Nous traversons d'abord la plage de Saint-Guirec - l'occasion d'apprendre que si la tradition voulait qu'on plante une aiguille dans le nez de la statue du saint pour trouver un mari dans l'anneé, c'est que la statue était en bois, et non pas en granit comme depuis que la petite chapelle a été restaurée. Dans l'église, nous découvrons aussi une toile d'Albert Clouard datée de 1903 « Comment saint Guirec vint en Bretagne ? » toute en couleurs fauves.

Une maquette d'un « curragh » (un bâteau du IV et Ve siècle) est aussi présentée, et elle nous rapelle curieusement la grosse barque de granit placée devant la cathédrale de Dol. Et si, finalement, les moines gallois et irlandais étaient vraiment venus avec des « barques » en granit ? La légende de la maquette de curragh précise que ces embarcations de 8 mètres à voile et avirons, très légères (recouvertes de 43 peaux de vaches) et au faible tirant d'eau, étaient lestées par une auge en pierre...

un curragh

phare de Mean Ruz

Plus loin, nous passons près du phare de Mean Ruz, qui prend la pose pour la photo emblématique du site. Après la petite cale de Porz-Kamor où est située la base SNSM, nous prenons notre pause déjeuner face à la mer. Encore quelques centaines de mètres de granit, puis c'est un simple sentier pour rentrer jusqu'à Perros Guirec par la plage de Trestraou. Pour tromper l'ennui, nous observons les leçons de voile : les élèves dans leurs petits bateaux ont bien du mal à naviguer avec le vent. À la plage, nous prenons une nouvelle pause : c'est officiel, nous en avons plein les pattes.

Nous rejoignons ensuite le centre de Perros : d'abord, trouver une banque pour acheter de l'argent, puis un Carrefour city pour quelques denrées à se mettre sous la dent. Les prix y sont incroyablement élevés, à tel point qu'on tente... un 2e Carrefour city. Après quoi, direction la plage de Trestrignel - qu'on préfère peut-être à l'autre, parce qu'elle donne l'impression d'une crique. Après une autre pause assis en plein vent, nous quittons la plage par le sentier de la côte, puis quittons la côte pour éviter d'être hâpés par le boulevard qui prend toute la place entre la plage des arcades et le port miniature. Nous revoici au port de plaisance... Il ne nous reste plus qu'un bon kilomètre pour rentrer. En tout, nous aurons parcouru environ 24 km à pied - ça change du vélo, mais ça fatigue tout autant !

Ce soir, il y a toujours autant de vent, mais il a tourné. Nous prenons le temps de faire un peu de yoga pour nous détendre, tout en faisant charger le portable... puis c'est l'heure d'une douche bien chaude. Nous mangeons face à l'anse de Perros, assis sur les galets, plein nord. Avec un temps pareil, nous ne nous attardons pas trop : dodo.

boulangerie pâtisserie 10 (approx)
carrouf city 14,14 le lendemain

dimanche 14 juin 2026, 21:20

vers Perros

Jour 10 : dimanche.
Grâce à l'avance que nous avons pris les jours précédents, nous partons ce matin avec 15 km « de moins » sur l'étape prévue aujourd'hui. Du coup, nous pouvons envisager plutôt sereinement d'arriver non pas à Lannion, mais à Perros Guirec directement ce soir (plutôt que le lendemain midi). Nous chargeons les vélos et partons à la recherche d'un endroit où petit déjeuner « avec vue » : depuis le camping, nous n'avons qu'à monter une côte pour arriver au bourg de Térenez, dont le petit port en contre bas est bien tentant... allez, bonne pioche : une belle descente, et des bancs le long de la mer. Parfait !

Térénez

Après quoi, il faut remonter la belle pente : cela donne le ton de la journée qui nous attend ! D'abord, un peu de campagne jusqu'au Diben puis ça redescend vers la mer qu'on longe pendant presque 3 km - c'est assez rare sur le parcours de l'EV4 pour être signalé... car pour la « vélo maritime » ressemble avant tout à une « vélo campagne ». Le tracé bifurque à nouveau vers les terres en empruntant une montée bien trop raide pour mes jambes, d'autant plus qu'aujourd'hui je traîne un peu la patte, la faute aux « extras » qu'on a fait les jours précédents. Quand ça ne passe pas, il ne reste plus qu'à pousser le vélo (ce qui n'est pas moins fatigant). Après quoi, évidemment, une descente de dingue vers la plage de Saint-Jean-du-Doigt : je me souviens très bien de notre passage ici en 2014... il faisait gris, et je n'avais jamais vu autant de petits torrillons de vers des sables sur une plage. Aujourd'hui ça n'a rien à voir : ciel bleu et grand soleil transforment le paysage.

Par contre, la route reste fidèle à mes souvenirs : du dénivelé positif en masse, sur 7 km. Heureusement la vue vaut le voyage ! Le tracé nous fait passer dans un sous-bled, juste à côté du musée rural de Guimaec... puis emprunter un sentier qui doit être très sympa à pied ou à cheval, mais qui est sincèrement assez peu adapté au passage de vélos chargés pour la randonnée. Après vérification, mon tracé GPS perso tirait tout droit de manière bien plus efficace... mais pourquoi je branche pas le GPS en permanence !? Tout ça pour économiser de la batterie. À peine plus loin, rebelotte : l'EV4 passe par un chemin qui fait peut-être 1 m de large - c'est raisonnable - mais qui n'a pas été entretenu : si vous ajoutez les fougères et surtout les ronces à éviter, il ne reste pas très large pour rouler sans se faire griffer ! À la sortie du chemin, un banc au milieu de nulle part. Ah non, autant pour moi : il y a quelques restes mégalithiques, le « dolmen dit Lit de Saint Jean ». On s'y installe pour une pause méritée, nous avons bien besoin d'eau et de prendre un peu l'ombre. Le temps de manger un brownie, et nous avons le temps de croiser deux couples en vélo rando. L'un deux, ce sont des suisses qui vont faire du woofing !

Une belle descente à nouveau pour nous ramener auprès de la mer... Encore des montées et des descentes, nous approchons de Locquirec. C'est là que nous prenons notre pause déjeuner : à la plage de Porz ar Viliec. Mais pas sur la plage : assis sur le rebord du muret, à l'ombre des arbres. Il fait vraiment trop chaud aujourd'hui pour s'exposer ! À la fin du repas, nous discutons itinérance avec un jeune motard qui prévoit une virée dans le sud : il s'interroge sur le bivouac et le barda à emporter.

Nous repartons sur un tronçon assez tranquille, qui longe toute la baie de Loquirec.

plage du fond de la baie

le Douron

Voici que nous atteignons l'estuaire du Douron. C'est ici que nous avions logé... décidément c'est étonnant comme on se souvient bien de ces endroits alors qu'on les a vu vite fait il y a plus de 10 ans. Nous voici maintenant le long de l'immense grève de Saint-Michel-en-grève... C'est alors qu'on quitte la mer pour entrer dans les terres en suivant un tout petit cours d'eau, le Kerdu - ce qui n'empêche pas de grimper. Tellement que des vélos qu'on croise nous annoncent « courage la montée est bientôt finie ! ça va descendre ! »... Et effectivement, hop, tout le reste en descente jusqu'à Lannion. Nous arrivons dans la ville par le Léguer, où s'enchaînent des terrains verdoyants, un camping, une base sport nature, ... Cela remonte la ville dans notre estime. Dans le centre, comme on est dimanche tout est très calme, presque pas de circulation, juste quelques gens qui prennent la fraîcheur près de la rivière et dans les parcs. Nous quittons justement l'EV4 près d'un parc : plutôt que de faire le grand tour par la côte, nous empruntons une ancienne voie ferrée pour rejoindre plus rapidement Perros.

Cette voie vélo quitte Lannion à nouveau par un parc, tout en légère montée, puis continue à bien monter (+ 100 m pris sur environ 5 km) sous le couvert des arbres - heureusement, vu la chaleur ! Mais même comme ça, la fatigue commence à se faire sentir. Une dernière descente : nous voici enfin aux abords de Perros Guirec. Le tracé réalisé avec OSM passe tout droit à travers un lotissement, juste avant le camping. Ça semblait efficace sur la carte, mais dans le réel, ça s'est révélé compliqué : il s'agissait en fait d'un sentier à peine empruntable à pied, pas large et très pentu ! Nous avons mis pied à terre et sommes quand même passés... nous n'avions pas la patience de faire demi-tour alors que le camping était en vue, juste à côté !

Évidemment, dans un camping municipal un dimanche, l'accueil est fermé. Et évidemment, c'est pas grave : nous avons fait le tour du propriétaire pour choisir l'emplacement où planter. Nous avons accordé surtout de l'importance sur les haies pour nous protéger du vent, qui soufflait fortement en provenance de l'est. Nous allons enfin pouvoir poser les vélos : à Perros nous ferons tout à pied. Une fois installés, déjà en tongs et les serviettes sous le bras nous allions partir pour la douche, quand nous croisons deux campeurs qui arrivent avec un pochon en plastique - ces gens-là viennent visiblement de faire des courses... un dimanche ? Nous les interrogeons. Ils ne parlent qu'anglais, mais nous explique qu'il y a un mini supermarché ouvert au port de Perros, à 15 min à pied. Il est bientôt 19h, mais si on se dépêche et qu'on y va en vélo... oui, ok, on fait encore du vélo ! eh bien on doit pouvoir arriver avant que ça ferme. Branle bas le combat, c'est parti : on remet des chaussures, on prend un sac à dos, on enlève les antivols, on enfourche les vélos, et on bombe vers le port ! Arrivés là-bas, on hésite, on cherche, où est ce foutu mini marché ? Ah, le voilà ! C'est mini, effectivement, mais j'y trouve les deux bières qu'il manquait pour accompagner le dîner. Voilà, cette fois-ci on peut rentrer, ranger à nouveau les vélos, prendre une douche, et manger face à la mer, bien couverts - car après avoir pris la chaleur toute la journée, le vent a réussi à surpasser le soleil... ici il fait frisquet. Une fois le soleil couché, nous faisons pareil.

Perros vu du camping

75 km 6h10 vers Perros
camping 35 (pour deux jours)
votre marché 12 (approx) indiqué par des anglais in extremis

samedi 13 juin 2026, 21:20

vers Morlaix

Jour 9 : samedi.
Réveil au bord de l'Hyères, avec une brume à couper au couteau - ça tranche par rapport au beau soleil d'hier ! Mais la brume est passagère : avant même de quitter le camping, elle se lève et laisse place au soleil - c'est même une des journées les plus chaudes de notre périple. L'urgence ce matin était de finir de charger le téléphone portable dans les sanitaires (en gardant un oeil dessus...), mais c'était bien la seule. Petit déjeuner au camping, sur une table au soleil. Nous regardons les autres randonneurs ranger leur barda - et certains ont vraiment beaucoup de choses à ranger ! Un couple de jeunes cyclo hyper sportifs sont presque aussi BUL (biclou ultra léger) que nous, mais sincèrement, leur vélo de course ne mérite pas l'appellation de « biclou »...

D'ailleurs en parlant vélo, nous aimerions bien mettre la main sur un peu de graisse pour chaîne, histoire de mettre un peu de gras dans les pièces du dérailleur qui couinent. À l'accueil, malgré le matériel mis à disposition dans le cadre du label « accueil vélo », le responsable du camping n'a rien de mieux qu'une vieille bouteille de WD40 qui a perdu son embout : autant dire qu'il est inutilisable. Un monsieur qui vient lui aussi régulariser sa situation, nous propose gentilment de profiter de son petit bidon. Hop hop, vive l'entraide ! Lui et sa femme font le canal de Nantes à Brest - il en sont au retour, et trouvent que le revêtement le long du canal est mauvais (c'est vrai) et qu'il y a bien peu de villes (c'est vrai). En gros, comprendre : pas les meilleures vacances vélo qu'on ait fait.

Comme le camping n'était pas celui prévu, il faut revoir vite fait la trace. Normalement nous aurions du suivre l'EuroVélo 1 qui quitte le canal sous Cahraix et traverse cette ville par son ancienne voie ferrée. Là, nous sommes 2 km plus à l'ouest... nous faisons le choix de repartir par le nord : nous reprenons le sentier le long de l'Hyères par lequel nous sommes arrivés hier, et débouchons sur la départementale qu'on quitte immédiatement pour monter vers Plounévézel. Attends, monter ? Oui, monter, et pas qu'un peu : une jolie côte de 7-9% heureusement pas bien longue nous attend, sans échauffement ! En haut, elle amène à au « Centre missionnaire de Carhaix » : une oeuvre protestante un peu inattendue ici. Bref, encore quelques kilomètres sur une route tranquille, et nous voici sur l'EV1. Encore une route déjà parcourue précédemment : avec Étienne, sur un court tronçon avant qu'on ne bifurque vers Huelgoät.

Après une pause à Poullaouen pour faire quelques courses au mini-marché local (j'en ressors avec un pâté Hénaff et un avocat), nous roulons ce matin jusqu'à la gare de Scrignac qui a été aménagée en halte pour les vélo-voyageurs. Nous déjeunons dans ce cadre tranquille et un peu protégé du soleil - car il fait décidément chaud aujourd'hui. Ce matin nous n'avons roulé que 24 km mais ne sommes pas trop inquiets : la plus grande partie du parcours aujourd'hui est sur cette ancienne voie ferrée. Malgré tout, elle est relativement exigeante, car les pentes « douces » durent longtemps : quand ça monte, c'est sur des kilomètres et des kilomètres ! Nous croisons sur cette aire de pique nique un couple en tandem : ils sont partis de Tours, sont montés par la Mayenne puis jusqu'au mont St Michel, ont parcouru la côte, et rentrent maintenant par le canal puis la Loire. Verdict de Madame : « y'en a marre des routes tape-cul en Bretagne »... et c'est vrai : la Bretagne a peut-être développé ses voies vélos avant les autres régions, mais il est grand temps qu'elle réinvestisse car les revêtements des voies où sont relégués les vélos sont souvent pourris !

Nous reprenons la route : 9 km de montée (+110 m), suivis de 13 km de descente. Nous sommes aux portes de Morlaix, c'est le moment de reprendre une petite pause avant d'affronter la ville. Quelques coups de pédale plus loin, nous voici à proximité du centre, et tiens, les complications (attendues) commencent. Par contre, leur cause est inattendue : la route est fermée par une voiture de police pour cause de... gay pride ! Peut-être 200 personnes, ambiance festive mais particulièrement dense. On ne nous empêche pas d'y aller, mais c'est visiblement une mauvaise idée ! Nous faisons un léger contournement, et arrivons en plein centre derrière la manifestation, juste au bon endroit : au Monoprix. Damned : le Monop' n'a pas (plus ?) de rayon alimentation. Déception ! Il faut trouver autre chose. On se perd un peu, puis on trouve l'Intermarché contact local. Très bien ! J'en ressort avec un maximum de provisions, car demain c'est dimanche, et en bonus une glace au caramel beurre salé. On flingue sans sourciller le demi-kilo de crème glacée, elle aurait même presque un petit goût de trop peu !

On remonte sur les vélos, et quittons Morlaix par la rive Est de son port. Il ne reste qu'une grosse dizaine de kilomètres, mais les plus durs de la journée : ça commence d'ailleurs par une grosse montée pour arriver à Ploujean, un petit bled avec une belle église. Sur la place centrale, une épicerie solidaire : cool ! Ah, sur la porte, un écriteau : « fermé par manque de bénévoles ». Dommage. Belle descente ensuite vers le Dourduff, en particulier sur une voie gravillonnée qui court sous les arbres le long d'un estuaire. Est-ce ici que nous avions cassé la roue du vélo d'Antoine lors de notre premier tour en Bretagne, en 2015 ? Nous pensons identifier une portion du sentier qui pourrait tout à fait correspondre à un trou où s'embourber par temps de pluie... (NDLR : après vérification sur le blog, oui, c'est bien là !). Bref, pause pipi dans les bois, et on repart.

le Dourduff

Le Dourduff prend bien la lumière, d'ailleurs toute la côte est resplendissante... puis le tracé remonte au-dessus de la côte, toute en falaises : +70 m en 2 km. Pendant la dernière descente qui nous amène au camping, j'ai le temps d'apercevoir le Cairn de Barnenez : un mausolée mégalithique de 75 m de long... difficile de le louper dans le paysage. Le camping a une zone réservée aux randonneurs : sympa ! Par contre, elle est légèrement en pente... c'est moyen pour planter la tente. Une fois installés et propres, direction la mer, à pied : nous rejoignons le petit village de Kernelehen, et mangeons sur un banc face à cette baie.

anse de Térénez

Le soleil brille encore, mais le vent s'est levé, et la chaleur n'est plus du tout au rendez-vous, c'est tout l'inverse : même en polaire, on se pèle les miches. Après manger, nous marchons jusqu'au Cairn, que nous pensons naïvement pouvoir aller visiter. Que nenni ! C'est fermé et surtout soumis à droit d'entrée. Privatisé, quoi. Même si c'est par l'État, l'accès étant réglementé et payant, ce n'est plus vraiment public... Bref, nous rentrons au camping nous coucher.

61 km 4h30
votre marché à Poullouhen 4,09 (paté hénaf)
intermarché contact Morlaix 35
camping baie 18,22

vendredi 12 juin 2026, 21:20

vers Châteauneuf du Faou... et au-delà

Jour 8 : vendredi. Ce matin, le temps est gris. Les appli météo nous promettent un temps ensoleillé à partir 15h, mais en attendant c'est couvert et frisquet. Nous quittons le camping sans avoir petit déjeuné, mais nous arrêtons pour y remédier à 200 m de là, au premier espace vert avec banc que nous croisons - ça ne s'invente pas, c'est à l'intersection de la rue des Pélicans et de l'avenue des Cols Verts... 200 m de plus, et nous revoilà sur la piste cyclable qui est l'ancienne voie ferrée. Pas de bol, elle est rapidement interdite à la circulation (des travaux ?) et nous revoici dans le trafic. À la première occasion, nous suivons une voie verte le long de la petite rivière du Steir... que nous quittons par l'avenue des prés. Hey, mais c'est la rue de Patrick ! Nous sonnons pour lui faire un petit coucou avant de partir.

Nous sommes sur l'itinéraire balisé V2901 (?!...) qui nous fait sortir de Quimper par une belle route en forêt et en descente (ce qui ne fait qu'augmenter son charme !). Bon, à vrai dire, après ça remonte ! Arrivés au lieu dit Ty Planche, voilà ce qu'on attendait : le tracé d'une ancienne voie ferrée (Douarnenez - Guengat). L'entrée en matière est particulièrement ratée : un petit décroché très raide, sans revêtement et très érodé - du gravel plus plus, quoi. Chargé, c'est jamais très agréable. Mais bon, nous voici en site protégé, un peu en hauteur, avec vue sur la campagne environnante - ses talus, ses champs, ses fermes, ses goélands !

Après seulement 6 km, nous sortons déjà du tracé : pas de Douarnenez pour nous cette année, c'est direction Châteaulin. Du coup nous bifurquons à Plaisance vers le bourg de Plogonnec. Nous y faisons une pause pour visiter son église Saint Thurien.

Plogonnec

Plogonnec

À partir d'ici, ça monte et ça descend - mais surtout, ça monte ! Notre tracé passe en plein milieu de la campagne, c'est valonné, il y a parfois (très rarement) des vaches (chance : celles qu'on croise sont de petites vaches d'une race locale !). Après 6 km de montée, nous apprécions la symétrie exacte en descente - si ce n'est que les descentes sont toujours plus rapides, et semblent toujours trop courtes... surtout quand c'est pour enchaîner sur à nouveau 5 km de montée - et super salée, celle-ci, avec même un tronçon à 7-9%. Heureusement, juste avant nous avons pris une pause, le cul posé sur une pile de poteaux béton d'EDF en attente d'être posés (car dans ce genre de coin, si vous attendez un banc pour vous asseoir vous ne prendrez jamais de pause !). Arrivés au sommet (à une altitude de 211 m...) la descente est encore plus dingue ! Trois kilomètres descendus à fond les ballons, avec une portion à 15%. C'est grisant et un peu flippant.

Châteaulin

À la fin de cette descente, nous sommes arrivés à Châteaulin : nous traversons par la passerelle, qui semble accueillante aux vélos, mais c'est une mauvaise idée : à l'autre extrémités, des marches nous attendent avec juste une glissière pour descendre les vélos. Comme on est joueurs, on l'utilise (pied à terre, évidemment, car on n'est pas non plus suicidaires), en freinant les vélos au maximum. Juste à côté de l'église, nous faisons des courses à la supérette juste avant l'heure de fermeture : rik rak, on y trouve de quoi pique niquer pour ce midi. Nous allons grignotter ça juste à côté, le long du canal de Nantes à Brest - ici, le canal est l'Aulne canalisé.

le canal de Nantes à Brest

Ce matin nous avons parcouru 35 km essentiellement en montée. Il est 13h30 et quelques, et il nous reste presque 45 km de quasi plat pour finir la journée. Ça s'annonce bien ! Nous pédalons à un bon rythme, sur un tracé tout ce qu'il y a de plus étrange : ici, le canal fait tellement de boucles, que le soleil tourne en permanence autour de nous ! Nous alternons les directions : plein nord, plein ouest, plein sud, plein ouest, plein nord, plein ouest, plein sud, ... etc. Nous prenons une pause au village de Pont-Coban - et oui, il est 15h et la météo a mis dans le mille : le soleil brille, et même, il tape fort !

Nous reprenons la route pour abattre les derniers kilomètres qui nous séparent de Châteauneuf-du-Faou, notre destination. Il est encore tôt, et nous sommes un brin fâtigués, mais quand même assez partants pour continuer - surtout que le camping, qu'on voit de l'autre côté de la rive du canal, ne nous inspire pas plus que cela. Par ailleurs, on se dit que le camping que j'avais prévu à Morlaix (situé juste à côté de la 4 voies...) ne nous inspire pas plus : si on prend de l'avance sur le parcours aujourd'hui, demain nous pourrions dormir dans un autre camping, un peu plus loin... près de la mer, par exemple. Nous décidons de commencer par aller faire les courses pour ce soir dans cette ville : or, l'accès évident (la départementale) commence par une belle pente à 7-9%. Allez ! C'est là qu'on se rend compte qu'il fait sacrément chaud, et qu'on est quand même sacrément fatigués... Bref. Nous voici au U Express, tout neuf, mais aucun parking à vélo. Juste devant la porte, un chat attend patiemment, il me regarde arriver, je lui adresse la parole : « Ben alors chat, ça va ? Tu fais quoi ? Tu fais la mendicité ?!... » Il ne répond pas. Si jamais il fait la manche, dans tous les cas, il ne racole pas. Je rentre.

Quand je ressort, chat est toujours là. Je m'aperçois qu'en fait, il y a trois gamelles alignées derrière lui le long de la devanture du magasin : et oui, chat fait la mendicité ! Digne, discret, pas insistant, je dirais presque : confiant. D'autant que visiblement le gérant du magasin et son équipe sont sympas avec chat mendiant. Je suis presque déçue de pas lui avoir acheté une petite barquette de pâté pour chat, mais je me dis qu'il doit avoir son lot de clients qui s'occupent bien de lui. Ce chat a vraiment tout compris !

Retour vers le canal : dans ce sens c'est tout schuss en descente. Le prochain camping d'après l'appli est le camping « du Moulin vert » sur le domaine du château du Pratulo, à 22 km via le canal (seulement 12 par la route, mais ce n'est pas une option). Il est 17h et des brouettes, cela nous semble carrément accessible. C'est parti ! Nous arrivons à 18h30, pour découvrir... que le camping est fermé. Sur le chemin d'accès, un panneau « CAMPING FERMÉ» avec des caractères bien gros, bien gras, bien moches. Un second panneau, écrit en lettres cursives, stylées et toutes mimi, un brin précieuses « Mariage de Valentin et Coralie » (NDLR : par respect pour les mariés, les prénoms ont été changés). Donc, le château de Pratulo s'est recentré sur ses activités les plus lucratives : séminaires, conférences et mariages. Fini le camping et les vélos itinérants.

L'urgence : trouver un nouveau point de chute pour ce soir. Surtout qu'il commence à se faire tard, et que cette fois-ci, on en a vraiment plein les jambes ! D'après l'appli OSMAnd (mais peut-on vraiment lui faire confiance !?) le camping du Stang se trouve à moins de 4 km. Aucun numéro de téléphone n'est renseigné. Et nous sommes dans un des nombreux trous du c... de la France : aucun réseau téléphonique. Ce n'est pas très loin... tentons. Arrivés à proximité, toujours aucun panneau : nous décidons de changer de destination. Il faut remettre une pièce, et parcourir 12 km (et 80 m de dénivelé positif : c'est acceptable) pour atteindre le suivant, qui est juste à côté de Carhaix. Celui-là, nous son n° de téléphone est renseigné dans l'appli, alors nous appelons, car c'est sûr nous arriverons après l'heure de fermeture de l'accueil ! Au camping municipal de la vallée de l'Hyères, on nous répond pas de problème : placez vous sur un des emplacements entre 42 et 50, et on se voit demain. Voilà, on sait où on va dormir : on se sent déjà mieux.

Nous voilà repartis pour les 12 derniers kilomètres, sous la chaleur malgré la fin de journée, et avec encore pas mal d'énergie, même si franchement on commence à puiser dans les réserves et qu'on sent que ça se paiera certainement les jours suivants. Le tracé du GPS, calculé à la volée, nous fait passer par une petite route et des chemins ruraux (gravel !!!) qui longent la N164 puis s'en éloignent pour traverser Kergloff, et finalement repiquer vers... mais vers quoi au fait ? Mais où sommes-nous ? Nous accédons au camping par un sentier qui ne doit pas être bien souvent emprunté par les vélos (vu qu'on arrive par le nord, alors que l'EV1 passe à l'est du camping). Nous repérons rapidement les emplacements réservés aux cyclos randos, d'ailleurs c'est facile, il y en a bien une dizaine d'installé - on n'en n'a jamais vu autant jusqu'à présent ! Installation, douche, dîner, ... dodo.

35 km 3h35 pour arriver à Chateaulin... et en tout : 113 km en 7h30 ... TROP !
mini marché de Chateaulin 5,28
U express 23,08 Chateauneuf du Faou - chat mendiant !
camping du val de Hyères 11 (payé le lendemain)

jeudi 11 juin 2026, 21:20

vers Quimper

Jour 7 : jeudi.
Ce matin, grand soleil. Depuis le temps qu'on rempacte tout notre barde chaque matin, nous sommes des pro du rangement et du repliage de tente. Un gars du camping nous observe, quasiment admiratif, assis dans sa voiturette de golf :
« Waow, vous êtes rapides !

  • c'est clair, on pourrait gagner facile au championat du monde de repliage de tente ! »
    Un brin d'humour et d'humilité, ça fait pas de mal pour bien commencer la journée. D'ailleurs, elle commence super bien : les vélos chargés, un court échauffement de 5 km nous amène au sémaphore de Beg Meil : petit déjeuner face à la mer, ciel bleu, mer calme, les glénans au loin... En plus ce matin, nos provisions se composent de brioche et tablette de chocolat noir, arrosé de jus de pamplemousse : luxe.

La journée vélo commence alors officiellement : la V45 longe certes la côte qu'on ne voit pas ou très rarement (car cachée derrière une dune que nous ne faisons pas l'effort de franchir), mais surtout un marais : c'est plutôt nature, et à nouveau très encombré de campings (heureusement que nous sommes hors saison). Juste avant Mousterlin, on se permet de raccourcir la route en coupant à travers le marais - c'est indiqué pour piétons, mais ça passe sans aucune difficulté à vélo. Après Mousterlin, le tracé tournicote dans tous les sens, à ne plus savoir où on est, mais il suffit de se laisser porter par le chemin : d'un petit panneau vert à l'autre, nous voici à Bénodet. Avant d'entrer dans la ville, nous faisons une pause sur la corniche de Groasguen. Puis nous traversons la ville au plus près de la côte - sauf au niveau de la plage, où la piste cyclable est renvoyée du côté des voitures afin de réserver le trottoir aux piétons. On imagine assez facilement les accidents qui ont du avoir lieu quand l'espace était partagé... il est des usages qui ne peuvent pas cohabiter : un vélo n'a pas à ralentir ni encore moins mettre pied à terre, mais un piéton n'a pas à être mis en danger par un moyen de locomotion plus rapide, quel qu'il soit. Nous sommes pour prioriser les utilisateurs de l'espace public par leur fragilité. La règle serait simple : le plus fragile est prioritaire. En découle une gradation, du plus au moins prioritaire : piéton, vélo, moto, voiture, camion.

Bref, le temps de réfléchir à tout ça tout en pédalant, nous sommes au port de Bénodet, et quittons la ville par l'anse de Penfoul. Nous voici maintenant sur une départementale fréquentée et en légère montée - heureusement, une voie est réservée aux vélos, mais celle-ci se termine évidemment quand les choses se compliquent, c'est-à-dire quand on arrive au pont : là, non seulement on sent la pression des voitures qui ne pensent qu'à nous tailler un short, mais en plus, comme tout grand pont qui se respecte, la montée s'accentue fortement en début de pont. C'est qu'il faut bien franchir l'Odet ! Voilà, quand c'est fait, on est quand même soulagés. Il ne reste qu'à traverser Sainte-Marine (?!) et longer la plage de Kermor jusqu'à arriver aux abords de l'île Tudy. Là, pause déj ! Je pose le vélo sur un des bancs libres, face à la mer - il y en a une bonne dizaine dans le coin, tous libres. Mais visiblement, celui-ci devait être particulièrement attirant : une vingtaine de randonneurs à pied s'attroupent et parlent de manger juste là ! Bravo la tranquilité... on reprend le vélo et on se déplace de 50 mètres.

île Tudy

Pour un peu, après avoir mangé on serait restés là à faire la sieste. Soleil, petite brise, vue magnifique... mais bon, c'est l'idée d'un tour à vélo : on est toujours sur le vélo (m'enfin, c'est comme ça qu'on fait, nous - on n'arrive pas à rester plus de 30 min à la même place). Alors, c'est reparti. Une dizaine de kilomètres plus loin, nous voici à Pont-l'abbé : cette ville et son emblématique Pont Christ nous avait déjà plu, elle nous plait encore ! Nous faisons un petit tour dans le centre, avisons un super U où nous faisons quelques courses pour les pauses, le petit déjeuner de demain et surtout... la pause de maintenant ! Retour au pont avec de quoi faire une pause avec des glaces vanilles sur bâtonnets - c'est un peu l'orgie, il y a 4 parfums d'enrobage chocolat... noir, lait, lait aux éclats d'amandes, et blanc. Après ça, inutile de dire qu'il va falloir pédaler pour éliminer !

Pont l'Abbé

Justement, nous sortons de Pont-l'Abbé non pas par le sud (tracé de la V45 en direction de la pointe de Penmarc'h) mais par le nord : sur l'ancienne voie de chemin de fer qui mène à Quimper. S'en suit une vingtaine de kilomètres plutôt faciles, presque agréables avec un panorama de champs et de campagne. Seul bémol : au niveau de Kerbenhir, pas bien loin de Quimper, la voie fait l'objet d'une déviation - des travaux, sans doute. Sauf qu'elle est très mal indiquée, et nous nous retrouvons avec d'autres cyclos complètement en vrac dans une circulation pas du tout cycle-friendly... Nous retombons un peu plus loin sur nos pattes - et effectivement, la piste ici est toute neuve ! Sauf que c'est le GPS qui n'est pas très content : il semble que nous ne soyons plus sur le tracé prévu initialement. Je n'y prête pas trop d'attention, puisque la route, la vraie, celle sous nos roues, est belle et file visiblement droit sur Quimper. Sauf qu'une fois arrivés dans Quimper, ça se complique : comment rejoindre le camping alors que nous avons l'impression de ne jamais être là où le GPS nous dit... hey ! Mais ?... C'est le GPS qui se trompe, évidemment ! Après avoir redémarré le téléphone, voici que la cartographie colle beaucoup mieux avec la réalité ! En quelques coups de pédales, nous voici arrivés au camping.

C'est la première fois que nous campons dans une aussi grande ville - et dans un camping municipal aussi prêt d'un centre ville. La femme qui s'occupe de l'accueil est chaleureuse, même si le camping est complet ! Elle parle avec la voix rauque des gens qui ont trop fumé, pendant toute leur vie. Elle nous propose de planter la tente sur un petit bout de terrain, soit juste derrière l'accueil, soit au pied de l'immeuble des gendarmes - on prend l'option n°1. Sitôt dit, sitôt fait, puis direction la douche. Côté toilettes, pas de PQ, mais un des chiotes est à la turque (le must du vintage !). Le bloc sanitaire est vétuste à en faire peur - à tel point que l'espace d'un instant, on a l'impression qu'il n'y a même pas de douches dans ce camping ! Mais de l'autre côté du bâtiment, c'est magique : deux douches pour ces messieurs, deux douches pour ces dames, carrelées en dur, spacieuses, propres, et ... avec de l'eau chaude ! C'est la première fois que l'eau - sans être au niveau « homard rouge » - est aussi chaude depuis le début de notre tour.

Nous avions prévenu Patrick à notre arrivée au camping, et il vient nous chercher avec son énorme pick up - pour la peine, c'est nous qui sommes un peu en retard, on a j'imagine un peu trop abusé de la douche ! Lui n'a pas changé, toujours aussi symap et bavard. Il nous amène chez lui, nous fait visiter et raconte tous les travaux qu'il a fait depuis 2 ans - il l'a sacrément bien retapée, c'est bien fait, coloré et toujours avec goût. D'ailleurs, il remet déjà en vente sa nouvelle maison ! Cette fois-ci, il dit hésiter entre Tahiti et l'Algérie. Sauf qu'en fait il a déjà décidé : Tahiti, il a déjà fait. Maintenant, il part découvrir l'Algérie ! Du côté de Sétif. Nous restons absolument admiratifs devant sa capacité à toujours repartir et se relancer. Ce mec est infatigable ! Par contre nous, vers 22h on commence à largement sentir la fatigue... Patrick nous ramène au camping, et il faut pas longtemps pour qu'on dorme à poings fermés.

67 km 5h00 vers Quimper
Super U Pont l'Abbé 11,37
Camping municipal de Quimper 11,69

mercredi 10 juin 2026, 21:20

vers Fouesnant

Jour 6 : mercredi.
Hier était une petite journée (60 km), et aujourd'hui est prévu comme un jour de semi-repos : seulement une quarantaine de kilomètres. Nous partons ce matin avec le soleil et sans trop de vent (pour l'instant ?) - de vraies bonnes conditions, pour une fois. Ça tombe bien, parce qu'aujourd'hui on est un peu en mode tourisme... Et ça commence vite : à peine 5 km et on arrive à la pointe de Tremignon (oui, celle de la chanson...). Premier arrêt !

Trémignon

Trémignon

Trémignon

11 km de campagne après, nous voici aux abords de Concarneau. Pas de chance, le temps a déjà tourné, et nous voici à enfiler notre K-way près de l'église Notre-Dame de Lorette. Puis on file tout droit vers le port, en suivant une rue absolument toute droite peuplée de maisons de style lotissement sans aucune âme. Ah, voici le port. Nous prenons déjà le temps de reluquer les différents types de bateaux : militaires, de pêche, de compétition, ... et maintenant, à nous d'embarquer pour à peine de 200 m de « croisière » : à bord pour ce trajet, nous sommes 4 personnes et 4 vélos - les deux autres sont électriques. La navette nous permet de débarquer au bout de la ville close.

arrivée en bateau

la ville close

Nous choisissons de manger en dehors des remparts, avec vue sur le port. Un goéland rôde autour de nous, nous nous méfions car ces bestioles sont de vrais gloutons, et chapardeurs en plus ! Des touristes débarquent parfois par la porte des remparts et jettent un oeil sur le port. Une dame se prend au jeu de la photographe animalière avec son téléphone portable, pendant que son amie balance des frites au goéland, qui les gobe avec une agilté exemplaire. Pauvre monde.

le port

le rat des mers

la ville close

Suite à quoi, nous poursuivons : comme il est tôt et que l'étape est courte, j'envisage d'ajouter un petit circuit bonus dans Concarneau et de longer le port puis les plages. Sauf qu'arrivés au plus près de la mer, nous constatons que le vent souffle toujours très fort depuis le large. Nous n'avons pas envie de combattre contre les éléments, et repiquons pour retrouver le tracé. C'est d'abord une ancienne voie ferrée, facile, sans circulation. Puis une piste cyclable le long d'une route - je me souviens très bien de ce passage, dans l'autre sens cette descente agréable était une montée sans fin ! Et enfin, la montée ultime : du 15% au moins sur un petit tronçon qui nous amène à la Forêt-Fouesnant. Monsieur l'endure jusqu'au bout, je craque aux deux tiers (ce qui est très honorable, je trouve, en riverside millésime 1995 et chargement rando) et finis en poussant le vélo.

En quelques coups de pédale, nous voici face au Port-la-Forêt : ici, une pause s'impose. D'autant plus que la météo a encore changé, et en beaucoup mieux : le soleil s'est imposé, le vent est tombé. Après le mini-brownie réglementaire, je consulte mon téléphone pour m'apercevoir qu'il est toujours en mode avion. Sitôt connecté au réseau, voilà que j'ai des nouvelles de Cr, qui datent de ce matin 9h : il décommande le rendez-vous de ce soir (zut) mais se propose de nous voir dans l'après-midi. Hey bien ça tombe bien, nous sommes arrivés et nous ne sommes pas encore en milieu d'après-midi ! On se cale un lieu de RDV- à la digue (qui s'avère être sur notre itinéraire) - et hop, c'est reparti. À la digue, nous sommes synchro : nous arrivons en même temps. Il est venu en vélo lui aussi (mais électrique), et nous guide jusqu'à la pointe du Cap Coz. On largue les vélos, et on s'installe juste derrière sur des rochers, face à la mer et nez au soleil. Il fait partie de la team qui organise le bac dans son lycée : non seulement il a du sauter le déjeuner pour gérer l'événement et peut donc se permettre de prendre de la récup, mais en plus tant que l'épreuve dure, il n'a techniquement rien à faire. C'est donc le moment idéal pour se prendre une pause au soleil, au pied des vagues, entre anciens élèves !

Le temps dans ces cas-là passe toujours trop vite, et nous voici déjà à nous quitter. Il reprend la route vers le lycée, nous continuons notre route qui longe la plage du Cap Coz. Le camping de Kerscolper est situé dans la montée juste après. Après tant de belles expériences en camping cette année, nous sommes un peu décus par celui-ci. D'abord, c'est le plus cher. Ensuite, aucune tente en vue : le camping est bourré de campers et camping-cars, et tout est fait pour eux. Sans compter l'effet « waow » inversé : les haies de l'emplacement qu'on nous a attribué viennent d'être taillées, super, mais les déchets verts jonchent le sol, abandonnés. Enfin, dans le bloc sanitaire juste face à nous, seule une porte sur deux est ouverte, et un toilette fuit en permanence. Allez, au moins y'a du PQ, et si on avait voulu, il y avait une piscine - mais à vra dire, on n'a pas eu la curiosité d'aller voir. Parce que d'abord : s'installer, se doucher, et aller faire des courses ! Ici le supermarché est trop loin pour y aller à pied : on remet une pièce et on réenfourche les vélos. Certes, quand ils sont déchargés, c'est quand même autre chose, comme si il nous avait poussé des ailes ! Direction le U express local, ce qui nous fera passer devant le lycée de Cr. D'ailleurs cette route propose une piste cyclable non obligatoire signalée par un panneau bleu carré : celui qui indique une piste conseillée et réservée aux cycles - bien que les piétons y soient par ailleurs tolérés -, mais non obigatoire (corrolaire à la présence des piétons)... En sortie de rond-point, je n'ai tout simplement pas vu cette piste qui était de l'autre côté de la voie, et peu signalée depuis là d'où on venait. Il n'a pas fallu 200 m pour que des voitures - alors que le trafic n'était pas du tout dense et qu'il y avait largement possibilité de nous doubler - se mettent à nous klaxonner et même nous insulter ! Ces locaux (et leurs confrères par extension) sont entrés directement dans notre catégorie « pauvres cons ». Encore des gens qui pensent pouvoir « dresser » deux vélos de passage et imaginer que cela va avoir un effet sur tous les autres cyclos qui passeront ici dans la saison... Sans excuser ces débiles, nous avons tout de même tiré une théorie de cette expérience (couplée à deux ou trois autres observations du même phénomène les jours précédents) : toute infrastructure présentant un flou ou une incompréhension dans son interprétation conduit fatalement à un conflit, chacun s'imaginant dans son bon droit. Or, Cr nous en avait parlé et nous avons pu le constaté, il n'y a pas deux ronds points aménagés de la même manière pour les vélos, et certains le sont selon des principes originaux qui semblent très avantageux pour les vélos, mais assez incompréhensibles car sans référence au code de la route habituel et surtout... variables d'un endroit à l'autre. Comme si une expérience grandeur nature était en cours à Fouesnant : sur lequel des ronds points comptera-t-on le plus de mort à la fin de l'année ? Cela permettra de valider (ou invalider) les différentes solutions de circulations imaginées.

Bref, une fois les courses faites, retour au camping, puis retour (à pied cette fois-ci) à la plage de Cap Coz pour dîner. Le temps est maintenant un peu frais mais reste agréable. De retour au camping, il fait encore jour, et nous avons envie de nous détendre les jambes : allez, c'est parti pour une balade digestive d'une bonne heure : une boucle qui emprunte d'abord une route en forêt puis le sentier côtier. Après quoi, nous sommes décidément largement assez fatigués pour aller nous coucher en même temps que le soleil.

41,5 km en 3h34 (dont 6 km environ à vide)
Passeur à Concarneau 3
camping 22,42
Super U 12 (klaxonnés en chemin !)