Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

mercredi 26 mai 2021, 21:17

QTBSO - Penmarch dans le froid

Ce matin, tout est encore très humide, herbe et toiles de tente - mais au moins, le crachin a cessé. Après un mini café chauffé avec ce qu'il reste de gel de combustible, nous plions bagages pour une journée qui doit nous faire longer toute la baie d'Audierne.

Le tracé de la littorale (V45) est d'abord plutôt champêtre : il nous fait battre la campagne d'un côté ou de l'autre de la départementale... Cela donne sacrément l'impression de ne pas avancer. Mais après 5 km nous voici face à l'océan, à la plage du Loc'h.

Plus loin, voici Primelin, et alors qu'à peine plus loin nous entrons dans un petit bourg, j'avise une étrange église dont le clocher ressemble presque à une tour fortifiée - et nous voici à poser les vélos contre un mur. Un monsieur nous dit d'en profiter : la présence de la voiture du conservateur de la chapelle Saint-Tuguen indique qu'elle est justement ouverte.

Étienne tente d'ouvrir la porte, rien. J'essaie à mon tour, surprise, la porte s'ouvre toute en grand : le conservateur est un petit farceur... Il nous fait un petit tour du propriétaire, et j'avoue que le nom de chapelle ne semble pas vraiment approprié - c'est bien plus grand. En fait, le nom de chapelle (sans doute mal traduit du breton) désigne le fait qu'il ne s'agit pas de l'église principale de la paroisse. Cependant, sa dimension correspond au succès historique de son pardon : Saint-Tugen était réputer vous protéger de la rage... Pour ne rien gâcher, mobilier, tentures, sculptures sont présentes en nombre et plutôt bien conservées.

Nous reprenons la route, et pendant 6 ou 7 km nous serpentons à travers des maisons secondaires de tout genre - vu le temps gris et le hors saison, l'ensemble fait une impression de désert. Nous voici maintenant à Sainte-Evette, d'où on pourrait embarquer pour l'île de Sein. Nous sommes tout proche d'Audierne, et c'est sa grande plage que nous admirons par temps gris...

La grande plage d'Audierne

Il ne manque que 4 km pour rejoindre le centre ville : longer la plage, puis remonter l'estuaire... la véloroute emprunte une passerelle en bois qui nous permet d'entrer dans Audierne par les berges du fleuve. Il est encore trop tôt pour manger, mais nous profitons de la vie commerçante du port pour nous offrir des sandwichs dans une boulangerie, au cas où ce serait compliqué de trouver un restaurant sur la route ce midi...

Nous quittons Audierne et son estuaire par, comme tout estuaire qui se respecte, une très belle côte... et à nouveau, nous traversons des quartiers entiers de maisons résidentielles dédiées aux vacanciers : deux bons kilomètres de vide. Le temps gris et le vent nous mettent à mal, finalement, nous aimerions nous arrêter pour manger... peut-être au bout de 4 km à Pors Poulhan ?... Non, les quelques établissements sont fermés en cette avant-saison. Nous rajoutons finalement 8 km d'efforts insensés, pédalés avec la rage au ventre pour trouver un restaurant et l'espoir fou de s'installer au chaud pour atteindre finalement Penhors. Un premier restaurant ne nous semble pas convenir, mais au bout de la plage, voici que la crêperie Pen ar Bed et sa terrasse toute en courrant d'airs nous tend les bras... que demande le peuple ? Un fish-and-ships figure au menu.

Nous sommes donc au pays du cheval d'orgueil de Pierre-Jakez Hélias... Nous n'irons en visiter que la petite église, en guise de balade digestive.

Nous reprenons les vélos, et il ne faut pas plus de 5 km pour que des ruines attirent notre attention : c'est la chapelle de Languidou.

La chapelle en ruines de Languidou

La balade se poursuit, le paysage est plus sauvage depuis Penhors, et après 7 km nous faisons une petite halte à la plage de Kermabec. Elle s'étend à perte de vue, mais le vent ne nous encourage pas vraiment à flâner le long des vagues... Nous reprenons la route, et 5 km nous amènent à un calvaire : celui de Notre-Dame de Tronoën à Saint-Jean-Trolimon. C'est une belle surprise, car apparamment c'est l'un des plus anciens et imposants. Un détail intriguant (vous en trouverez une photo ici), c'est une représentation de Marie allongée, seins nus sur sa couche à Béthléem...

Le calvaire

Un dernier effort sous le temps gris, et voici que les trois derniers kilomètres nous amènent enfin au camping de la Torche. Ici, c'est un camping de surfeur : c'est chic, il y a des haies, des arbres, et aussi... c'est pas donné. Nous n'aurons pas le choix d'un bungalow, la gérante a décidé pour nous : pour une nuit, nous aurons droit à une roulotte pour 70 €. J'ai dû lever un sourcil - ou les froncer tous les deux -, et elle m'a fait une légère ristourne, mais quand même, le résultat est là : il s'agit de la nuit la plus chère de la semaine, et dans l'espace le plus restreint qui soit. Car la roulotte, c'est tout en long : on passe son temps à se croiser, se gêner, se marcher sur les pieds. Sans compter que du coup Étienne n'avait pas vraiment de chambre, mais une sorte de couchette dans le couloir... côté confort, nous avions vu mieux.

Hauts les coeurs, une fois les tentes dépliées pour être mises à sécher, nous avons réenfourché les vélos et sommes partis nous ravitailler à Penmarc'h : un supermarché pour l'ordinaire, une épicerie fine pour quelques gâteaux bretons, et voilà comment rajouter facilement 10 km à une journée déjà bien chargée. Assez pour me rendre grognon - je ne sais plus pourquoi, mais c'est certain j'ai grogné. Je sais pas si Étienne s'en est aperçu, mais il s'est empressé de cuisiner dès notre retour à la roulotte ! Avec un chocolat et un bon dîner, tout est rentré dans l'ordre.

Les stats

> Étape : Plogoff - Penmarc'h 
> À vélo : 69 km en 4h44 (soit 14,6 km/h) 
> Camping de La Torche à Plomeur 
> On aime : l'abri en dur 
> On regrette : le prix excessif par rapport aux autres campings