vers Nevez
Jour 5 : mardi.
L'avantage de ne pas dormir en tente, c'est qu'il n'y a pas besoin de la replier ! Nous sommes prêts en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « Hubba hubba ». En plus, petit déjeuner grand luxe avec une famille qui quoique matinale et time boxée (c'est un jour ouvré !), ne donne pas l'impression d'être pressée : no stress, tout est maîtrisé. On mange tranquille tout en partant à l'heure... et en plus tout le monde part à vélo ! Lorient est vraiement une ville vélo.
Nous sommes à vrai dire les derniers à décoller, car il faut quand même repositionner les saccoches. Ensuite, nous navigons dans Lorient avec le GPS, en rejoignant assez vite les grands axes, puisqu'ils sont sûrs pour les vélos ! On quitte la ville par le pont de Kermélo, et nous revoici sur la voie de la côte sud de Bretagne : la V45. On peut couper le GPS et arrêter de réfléchir... suivre les panneaux et profiter du paysage. Car la voie longe la côte, nous sommes maintenant exactement de l'autre côté de la rade, au même niveau que Port Louis où nous étions la veille. Le panorama est un peu voilé et le soleil un peu timide. Après avoir dépassé déjà 4 ou 5 plages « de ville », nous faisons une halte à Lomener, face à son petit port.

Ensuite, c'est une belle matinée de vélo touristique : toujours le long de la côte, qui est magnifique, encore plutôt sauvage bien qu'entrecoupée de villages plutôt balnéaires. Nous passons devant Fort Bloqué sur sa petite île. Nous pédalons contre le vent, heureusement pas aussi violent qu'au 2e jour, et parfois sur une piste légèrement envahie par le sable, mais en général très roulable.
À Guidel-Plages nous faisons une pause pour quelques courses, puis nous gagnons le port : j'ai prévu de traverser la Laïta via le passeur pour éviter un détour et faire d'aujourd'hui une « petite » journée vélo. Le temps d'arriver au port, je vois bien d'où devrait partir la petite vedette du passeur, mais celle-ci n'y est pas : elle est en train de partir... et de remonter la Laïta ! Je discute avec d'autres clients potentiels qui s'interrogent devant un panneau qui annonce une « croisière » à 11h. La prochaine navette serait donc à 14h, ce qui nous fait 3 heures d'attente pour traverser ?! Je vais voir la capitainerie pour vérifier que j'ai bien compris. Deux hommes sont installés à leurs bureaux, l'un semble plutôt désolé de la situation, l'autre me répond. Il insiste lourdement sur le fait qu'eux ne sont pas responsables du passeur, que celui-ci est une compagnie privée, qu'ils n'ont pas à prendre les réclamations, qu'ils en ont tous les jours (!) et que si on n'est pas contents il faut se plaindre à cette boîte, pas à eux !
Je compatis, mais en même temps je sais qu'il est dans l'erreur : croit-il vraiment qu'engueuler un vélo rando servira à ce que les 1.000 suivants ne viennent pas lui dire que le passeur ne fait pas son taf !?... Hey ho, chacun de nous ne fait que passer par ici une fois dans sa vie, ce n'est pas nous qu'il verra dans 5 min ou demain, mais un autre randonneur. Nous n'avons pas une sorte de conscience collective qui prévienne tous les autres randonneurs qu'il faut éviter ce service moisi ou plutôt inexistant de 10h à 14h ! Alors oui, chaque vélo randonneur suivant fera comme nous, il leur demandera des informations et s'étonnera que le service soit ainsi suspendu... alors à la capitainerie ils feraient bien de chauffer eux-mêmes les oreilles du passeur, s'ils veulent gagner en tranquilité ! Parce qu'un passeur qui fait dans la croisière pendant la moitié de son temps ne rend pas un service de passeur.
Bref, il ne nous reste plus qu'à faire le détour que je souhaitais éviter. Sur le GPS, une petite route ou peut-être un sentier permet de couper à travers la forêt et au plus près de l'eau pour rejoindre le pont sans passer par Guidel : tentons. Évidemment, c'est un chemin carossable mais en très mauvais état, avec une descente gravel qu'il vaut mieux faire lentement pour ne pas exploser les pneus. Heureusement, la remontée se fait sur un terrain un peu meilleur, et est pédalable. Au final, c'est presque charmant et bucolique. La suite l'est moins : maintenant, nous sommes sur la départementale. Nous traversons la Laïta, et depuis le pont nous apercevons le passeur qui fait sa croisière, la petite navette pleine de touristes. Nous continuons sur cette route heureusement peu passante et au dénivelé peu exigeant jusqu'au village suivant, Clohars-Carnoët. Il est l'heure de prendre la pause déjeuner : les bancs installés au pied de l'église feront parfaitement l'affaire. Le soleil est sorti et tape plutôt fort : c'est estival. Pour ne rien gâcher, les vélo randonneurs qu'on avait aperçus à Guidel-Plages, et qui avaient les mêmes projets que nous, on pris la même décision de plan B : ils nous rejoignent et nous discutons agréablement pendant le déjeuner. Ils sont de Poissy, sont arrivés en TGV avec leurs vélos de ville équipés à l'arrache (caisses en plastique à l'avant, barda en ouaille à l'arrière, sandales de randos pour Mme) mais sous leur apparence de bobos décontractés se cachent des serial randonneurs qui font souvent ce genre de petite escapade d'une semaine.
Malheureusement le plan B via le pont impliquait de faire une croix sur le Pouldu et l'atelier de Gauguin. Il faudra penser à revenir visiter une autre fois... à pied. Pour l'heure, nous tirons tout droit, jusqu'à Moëlan-sur-Mer où nous rejoignons notre tracé. À la sortie du village, une belle descente nous amène au cul d'un bras de mer où se jette un petit bout de rivière, après quoi évidement il faut remonter tout le dénivelé perdu ! Ensuite rebelotte, descente, côte, ... ah, tiens, le soleil nous a quitté, remplacé par des nuages qui rapidement lâchent une belle averse : ça tombe bien, voici que la route passe dans une petite forêt. Petit arrêt sur la route, le vélo toujours entre les jambes, nous nous équipons de nos K-Way et préférons attendre 5 minutes que ça passe. Et là, qui voit-on passer sur cette petite route déserte ? Les bobos, équipés eux aussi en parkas légères, tous souriants sous la pluie ! Perso, je pense qu'on a fait le bon choix : la pluie se calme déjà, s'arrête presque, nous ressortons des bois quasi secs. Encore une descente et nous voici à Pont-Aven : nous faisons crochet vers le centre de la ville. Nous n'allons pas faire du lèche-vitrine dans les galeries d'art, mais jeter un oeil, prendre la température, l'ambiance, un petit tour...


Nous ressortons, la petite journée tire maintenant à sa fin. Il reste à gagner Nevez pour y faire quelques courses : alors que nous empaquetons nos emplettes dans les sacoches, un vélo randonneur étranger hyper sérieux (vélo gravel visiblement hors de prix, tenue réglementaire du cyclo randonneur ultra sportif, équipement minimaliste) s'arrête juste à côté de nous, on se salue. Nous ne sommes pas tout à fait de la même planète, mais nous savons respectivement qui nous sommes et ce qu'on a en commun. C'est plutôt sympa, comme impression. Enfin, rejoindre le camping. Vu le nombre de campings dans ce coin, je n'ai pas fait de sélection par avance : il faudra choisir sur place, du côté de Raguénez.
À l'approche de Raguenez, sur notre gauche une pancarte indique « Plage de Tahiti » : ça s'annonce plutôt bien ! Nous l'ignorons, et bientôt c'est le Camping du vieux verger. Le nom est tentant, d'autant plus que je crois me souvenir qu'ils font accueil vélo... mais la route les sépare de l'océan : je me dis que nous pouvons plutôt tenter un camping qui a un a accès direct à la plage. Nous voici donc au camping de l'océan, et nous n'allons vraiment pas le regretter ! D'abord, l'accueil est chaleureux et familial - il est tenu par deux soeurs et leurs parents. Le père adore les fleurs, et ça se voit : nous n'avons jamais vu un camping aussi bien fleuri, avec des massifs de fleurs magnifiques et variés, et des rosiers un peu partout ! Les essences plantées sont variées, pour preuve notre emplacement est délimité de son voisin par... un palmier. Ensuite, le bloc sanitaire est « en dur » et très bien entretenu, de plus à l'étage au-dessus, une salle de jeux est laissée à disposition une table de ping pong et deux baby foot en accès gratuit. Enfin, bien sûr, un accès direct à l'océan, via un sentier qui amène à l'extrémité de... la plage de Tahiti. Cependant l'eau est peut-être un peu froide en cette saison... qu'importe : il y a une piscine couverte, et à cette heure-ci, en cette saison, elle est comme privatisée ! Le soleil brille encore, et ainsi protégé du vent, le fond de l'air est estival. Mais ? En plus il y a deux ou trois buses de refoulement assez puissantes pour permettre de se masser un peu le dos et les cuisses, pas mal pour détendre les muscles après une journée de vélo ! Que demande le peuple ? Ce camping entre dans la liste des campings à refaire, sans hésitation.

Installation, douche, piscine, balade vers l'océan, dîner face à l'océan, baby foot, ... la soirée est idéale.
59 km 4h56 jusqu'à Nevez : plage de Tahiti
Carrouf Guidel plages 8,63
intermarché 26,28
Camping de l'océan 16,50









