Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

mardi 9 juin 2026, 21:20

vers Nevez

Jour 5 : mardi.
L'avantage de ne pas dormir en tente, c'est qu'il n'y a pas besoin de la replier ! Nous sommes prêts en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « Hubba hubba ». En plus, petit déjeuner grand luxe avec une famille qui quoique matinale et time boxée (c'est un jour ouvré !), ne donne pas l'impression d'être pressée : no stress, tout est maîtrisé. On mange tranquille tout en partant à l'heure... et en plus tout le monde part à vélo ! Lorient est vraiement une ville vélo.

Nous sommes à vrai dire les derniers à décoller, car il faut quand même repositionner les saccoches. Ensuite, nous navigons dans Lorient avec le GPS, en rejoignant assez vite les grands axes, puisqu'ils sont sûrs pour les vélos ! On quitte la ville par le pont de Kermélo, et nous revoici sur la voie de la côte sud de Bretagne : la V45. On peut couper le GPS et arrêter de réfléchir... suivre les panneaux et profiter du paysage. Car la voie longe la côte, nous sommes maintenant exactement de l'autre côté de la rade, au même niveau que Port Louis où nous étions la veille. Le panorama est un peu voilé et le soleil un peu timide. Après avoir dépassé déjà 4 ou 5 plages « de ville », nous faisons une halte à Lomener, face à son petit port.

plage de Toulhars

Ensuite, c'est une belle matinée de vélo touristique : toujours le long de la côte, qui est magnifique, encore plutôt sauvage bien qu'entrecoupée de villages plutôt balnéaires. Nous passons devant Fort Bloqué sur sa petite île. Nous pédalons contre le vent, heureusement pas aussi violent qu'au 2e jour, et parfois sur une piste légèrement envahie par le sable, mais en général très roulable.

À Guidel-Plages nous faisons une pause pour quelques courses, puis nous gagnons le port : j'ai prévu de traverser la Laïta via le passeur pour éviter un détour et faire d'aujourd'hui une « petite » journée vélo. Le temps d'arriver au port, je vois bien d'où devrait partir la petite vedette du passeur, mais celle-ci n'y est pas : elle est en train de partir... et de remonter la Laïta ! Je discute avec d'autres clients potentiels qui s'interrogent devant un panneau qui annonce une « croisière » à 11h. La prochaine navette serait donc à 14h, ce qui nous fait 3 heures d'attente pour traverser ?! Je vais voir la capitainerie pour vérifier que j'ai bien compris. Deux hommes sont installés à leurs bureaux, l'un semble plutôt désolé de la situation, l'autre me répond. Il insiste lourdement sur le fait qu'eux ne sont pas responsables du passeur, que celui-ci est une compagnie privée, qu'ils n'ont pas à prendre les réclamations, qu'ils en ont tous les jours (!) et que si on n'est pas contents il faut se plaindre à cette boîte, pas à eux !

Je compatis, mais en même temps je sais qu'il est dans l'erreur : croit-il vraiment qu'engueuler un vélo rando servira à ce que les 1.000 suivants ne viennent pas lui dire que le passeur ne fait pas son taf !?... Hey ho, chacun de nous ne fait que passer par ici une fois dans sa vie, ce n'est pas nous qu'il verra dans 5 min ou demain, mais un autre randonneur. Nous n'avons pas une sorte de conscience collective qui prévienne tous les autres randonneurs qu'il faut éviter ce service moisi ou plutôt inexistant de 10h à 14h ! Alors oui, chaque vélo randonneur suivant fera comme nous, il leur demandera des informations et s'étonnera que le service soit ainsi suspendu... alors à la capitainerie ils feraient bien de chauffer eux-mêmes les oreilles du passeur, s'ils veulent gagner en tranquilité ! Parce qu'un passeur qui fait dans la croisière pendant la moitié de son temps ne rend pas un service de passeur.

Bref, il ne nous reste plus qu'à faire le détour que je souhaitais éviter. Sur le GPS, une petite route ou peut-être un sentier permet de couper à travers la forêt et au plus près de l'eau pour rejoindre le pont sans passer par Guidel : tentons. Évidemment, c'est un chemin carossable mais en très mauvais état, avec une descente gravel qu'il vaut mieux faire lentement pour ne pas exploser les pneus. Heureusement, la remontée se fait sur un terrain un peu meilleur, et est pédalable. Au final, c'est presque charmant et bucolique. La suite l'est moins : maintenant, nous sommes sur la départementale. Nous traversons la Laïta, et depuis le pont nous apercevons le passeur qui fait sa croisière, la petite navette pleine de touristes. Nous continuons sur cette route heureusement peu passante et au dénivelé peu exigeant jusqu'au village suivant, Clohars-Carnoët. Il est l'heure de prendre la pause déjeuner : les bancs installés au pied de l'église feront parfaitement l'affaire. Le soleil est sorti et tape plutôt fort : c'est estival. Pour ne rien gâcher, les vélo randonneurs qu'on avait aperçus à Guidel-Plages, et qui avaient les mêmes projets que nous, on pris la même décision de plan B : ils nous rejoignent et nous discutons agréablement pendant le déjeuner. Ils sont de Poissy, sont arrivés en TGV avec leurs vélos de ville équipés à l'arrache (caisses en plastique à l'avant, barda en ouaille à l'arrière, sandales de randos pour Mme) mais sous leur apparence de bobos décontractés se cachent des serial randonneurs qui font souvent ce genre de petite escapade d'une semaine.

Malheureusement le plan B via le pont impliquait de faire une croix sur le Pouldu et l'atelier de Gauguin. Il faudra penser à revenir visiter une autre fois... à pied. Pour l'heure, nous tirons tout droit, jusqu'à Moëlan-sur-Mer où nous rejoignons notre tracé. À la sortie du village, une belle descente nous amène au cul d'un bras de mer où se jette un petit bout de rivière, après quoi évidement il faut remonter tout le dénivelé perdu ! Ensuite rebelotte, descente, côte, ... ah, tiens, le soleil nous a quitté, remplacé par des nuages qui rapidement lâchent une belle averse : ça tombe bien, voici que la route passe dans une petite forêt. Petit arrêt sur la route, le vélo toujours entre les jambes, nous nous équipons de nos K-Way et préférons attendre 5 minutes que ça passe. Et là, qui voit-on passer sur cette petite route déserte ? Les bobos, équipés eux aussi en parkas légères, tous souriants sous la pluie ! Perso, je pense qu'on a fait le bon choix : la pluie se calme déjà, s'arrête presque, nous ressortons des bois quasi secs. Encore une descente et nous voici à Pont-Aven : nous faisons crochet vers le centre de la ville. Nous n'allons pas faire du lèche-vitrine dans les galeries d'art, mais jeter un oeil, prendre la température, l'ambiance, un petit tour...

Pont Aven

Pont Aven

Nous ressortons, la petite journée tire maintenant à sa fin. Il reste à gagner Nevez pour y faire quelques courses : alors que nous empaquetons nos emplettes dans les sacoches, un vélo randonneur étranger hyper sérieux (vélo gravel visiblement hors de prix, tenue réglementaire du cyclo randonneur ultra sportif, équipement minimaliste) s'arrête juste à côté de nous, on se salue. Nous ne sommes pas tout à fait de la même planète, mais nous savons respectivement qui nous sommes et ce qu'on a en commun. C'est plutôt sympa, comme impression. Enfin, rejoindre le camping. Vu le nombre de campings dans ce coin, je n'ai pas fait de sélection par avance : il faudra choisir sur place, du côté de Raguénez.

À l'approche de Raguenez, sur notre gauche une pancarte indique « Plage de Tahiti » : ça s'annonce plutôt bien ! Nous l'ignorons, et bientôt c'est le Camping du vieux verger. Le nom est tentant, d'autant plus que je crois me souvenir qu'ils font accueil vélo... mais la route les sépare de l'océan : je me dis que nous pouvons plutôt tenter un camping qui a un a accès direct à la plage. Nous voici donc au camping de l'océan, et nous n'allons vraiment pas le regretter ! D'abord, l'accueil est chaleureux et familial - il est tenu par deux soeurs et leurs parents. Le père adore les fleurs, et ça se voit : nous n'avons jamais vu un camping aussi bien fleuri, avec des massifs de fleurs magnifiques et variés, et des rosiers un peu partout ! Les essences plantées sont variées, pour preuve notre emplacement est délimité de son voisin par... un palmier. Ensuite, le bloc sanitaire est « en dur » et très bien entretenu, de plus à l'étage au-dessus, une salle de jeux est laissée à disposition une table de ping pong et deux baby foot en accès gratuit. Enfin, bien sûr, un accès direct à l'océan, via un sentier qui amène à l'extrémité de... la plage de Tahiti. Cependant l'eau est peut-être un peu froide en cette saison... qu'importe : il y a une piscine couverte, et à cette heure-ci, en cette saison, elle est comme privatisée ! Le soleil brille encore, et ainsi protégé du vent, le fond de l'air est estival. Mais ? En plus il y a deux ou trois buses de refoulement assez puissantes pour permettre de se masser un peu le dos et les cuisses, pas mal pour détendre les muscles après une journée de vélo ! Que demande le peuple ? Ce camping entre dans la liste des campings à refaire, sans hésitation.

plage de Tahiti

Installation, douche, piscine, balade vers l'océan, dîner face à l'océan, baby foot, ... la soirée est idéale.

59 km 4h56 jusqu'à Nevez : plage de Tahiti
Carrouf Guidel plages 8,63
intermarché 26,28
Camping de l'océan 16,50

lundi 8 juin 2026, 21:20

vers Lorient

Jour 4 : lundi.
Hier, le camping de Ste Anne d'Auray étant fermé (définitivement et depuis peut-être 2 ans maintenant, nous dit-on à Kergo, bien qu'il semble que la nouvelle équipe municipale souhaite le réouvrir cet été), nous avons du choisir un camping 15 km plus au sud de la route prévue initialement. Inutile de penser retrouver le tracé préparé soigneusement avant de partir : nous allons improviser, et même en profiter pour passer par le sud - c'est l'occasion ! Car en préparant l'itinéraire, je m'étais refusée cette option... essentiellement faute d'avoir obtenu toutes les informations nécessaires sur les deux traversées en bateau qu'elle comporte, et surtout doutant de leurs horaires. Mais franchement, il faut savoir reconnaître quand le destin se propose de vous remettre sur les rails !

Le nouveau plan, c'est donc de passer par Étel, traverserla rivière grâce au passeur, puis rejoindre Port Louis, d'où on peut normalement traverser grâce au réseau de transport de Lorient pour le prix d'un billet de bus. Pensez donc, la dernière fois qu'on avait envisagé aller par là-bas, j'avais commandé des cartes Korrigo (la « carte de billettique multimodale utilisée en Bretagne », dixit wikipedia... ) juste pour prendre ce bateau ! Et ces cartes, j'ai pensé à les prendre avec nous cette année - juste au cas où. Sans que je sache comment les charger, mais bon, il doit bien y avoir des bornes, ou un truc comme ça ? On verra.

Ce matin, nous quittons le camping sous un ciel gris, annonciateur de pluie. Direction, Ploërmel toute proche : nous y sommes en deux coups de pédales. Au centre, un camion-nacelle est garé tout contre l'église, sa nacelle dépliée ou bout d'un très long bras : deux ouvriers nettoient le clocher des herbes et arbustes qui y poussent. C'est la première fois que je vois un tel entretien ! Nous sortons du bourg en traversant la voie ferrée, et retrouvons aussitôt la V45 qui longe un parc - c'est là que nous avions mangé sous la pluie ! La voie zigue zague sur des petites routes, pour nous amener sur une piste cyclable qui longe une départementale affreuse. Cet endroit n'est pas beau mais mémorable (par sa médiocrité, justement) et est resté dans nos mémoires. Il permet malgré tout d'arriver très rapidement à Erdeven, où nous comptons faire des courses. Plutôt que de s'éloigner du tracé pour rejoindre un supermarché, nous choisissons le petit coccimarket qui a l'avantage d'être sur notre chemin.

Nous n'avons pas le temps de pédaler plus de 200 m ni même de sortir de Erdeven qu'il se met à pleuvoir copieusement. Nous nous abritons sous un grand arbre dont les frondaisons dépassent son jardin et abrite aussi le trottoir, et pour plus de précautions, nous sortons aussi notre K-Way. Nous patientons 5 minutes que le plus gros passe, puis quand ça se calme un peu, nous partons. Évidemment, ça s'énerve à nouveau avant même qu'on arrive à Étel, d'ailleurs, ça ne s'arrange pas du tout ! Il est midi et ça drache fort, avec vent fort en provenance du sud ouest... Que faire ? Nous avions envisagé de manger au bord du plan d'eau... et nous voyons que deux tables sont déjà occupées, malgré la pluie ! Décidément, les bretons ne reculent devant rien. Faisons pareil : nous avisons une table relativement protégée par des arbres, et allons nous y installer. Sur le plan d'eau, deux jeunes gens débutent en planche à voile - quelle drôle d'idée de s'entraîner avec un vent si violent quand visiblement, ils ne maîtrisent pas du tout leur voile ! C'est gamelle sur gamelle...

Le déjeuner finit, nous nous déplaçons sous d'autres arbres aux branches plus épaisses, ... nous passons un peu le temps, nous attendons une accalmie promise par Météo France - son service de prévision des averses à 5 min près est toujours appréciable dans ces cas là ! Quand la pluie se calme effectivement, sans toutefois s'arrêter encore, mauvaise surprise : une énorme chiasse de pigeon orne la selle (heureusement protégée par un « slip » en plastique) et le sac sanglé sur le porte bagage. Beurk ! Vite, du PQ pour nettoyer tout ça... et quitter vite le dessous des arbres ! Quand on y pense, on aurait certes préféré que ce pigeon vise un peu plus loin (à 10 cm près, c'était sur le sol...), mais on se dit aussi que ça aurait aussi pu être bien pire (vu que nos têtes étaient juste à 50 cm de là...).

Il suffit de longer la pièce d'eau, et nous voici au port. D'abord, identifier le bout de quai où accoste le passeur - pas trop compliqué. Sur son panneau, on croit d'abord à une blague : il faut agiter un petit drapeau jaune pour faire signe qu'on veut traverser. Inutile de se fatiguer : il n'est pas encore 14h... il ne reste qu'à attendre le début du service. Deux randonneurs (à pied) se joignent à nous dans notre attente. En face, de l'autre côté de la rivière, on voit bien le bateau du passeur, mais toujours personne. Je trouve sur internet la compagnie qui opère, et appelle. On me dit que le marin sera bientôt là. Hum hum. Nous, ça fait un moment qu'on se pèle les miches à Étel : on voudrait vraiment pouvoir traverser et passer à autre chose !

14h30 voici qu'en face ça bouge : le marin a rejoint son bateau ! Houra ! Le voilà qui arrive vers nous. Nous embarquons tous les quatre, payons la modique somme de la traversée, et en quelques minutes, nous sommes de l'autre côté. Le marin est sympa, c'est juste que ce matin il n'y avait personne et qu'il ne s'est visiblement pas pressé pour revenir à son poste qui ces temps-ci est... « contemplatif », d'après ses propres termes. Il nous conseille de rejoindre Gâvres plutôt que Port Louis à vélo, car la petite bande de terre entourée d'eau nous laissera plus de souvenirs qu'une énième route à travers la campagne. J'entends, et vérfie d'abord qu'on pourra bien prendre le bateau pour Lorient depuis ce point encore plus éloigné : comme on est déjà à quai, il regarde lui aussi sur son téléphone et me crie « ligne B4 !! ». Alors oui, on peut faire Gâvres - Port Louis en bateau, c'est noté, tentons ça.

La pluie a cessé, mais le vent souffle encore fort. Nous pédalons dans la campagne en direction de Plouhinec - car apparamment d'après la carte, impossible de se rapprocher avant de la mer. Nous sommes un peu intrigués, et rejoignons la plage dès qu'on peut : une route en cul de sac mène à la plage du Magouëro. Et évidemment, si on ne peut pas longer la côte entre cette plage et le début de la langue de terre qui mène à Gâvres, c'est que c'est un terrain militaire ! Un complexe de tir... mazette. Nous allons voir la mer, puis remontons à vélo vers notre objectif. Nous passons à côté d'une base militaire (fusilliers marins et commandos, s'il vous plaît !) et arrivons au début de cette langue de terre qui mène à Gâvres. Sauf que le vent ici, qui vient de l'océan sans rien pour l'arrêter, souffle très fort, et contre nous. Il n'y a peut-être que 5 km à parcourir, mais c'est assez peu tentant... d'autant que la mer est basse, et que la baie de Locmalo est donc juste une étendue de vase. Ce n'est pas l'idéal pour le dépaysement et le côté « langue de terre au milieu de la mer ».

Allez, demi-tour, remontons plutôt vers Port Louis. En passant à nouveau devant la base militaire, une vision un peu étrange : un militaire qui pisse en se grattant les fesses... Bref. Il faut passer par Plouhinec pour rattraper une bête départementale, et entrer dans Port Louis. Au niveau de la plage de la Côte Rouge, orientée plein sud vers Gâvres, nous prenons une pause goûter au soleil... La journée a beau avoir été courte, la pluie et le froid nous ont quand même bien entamés. Nous faisons ensuite un petit tour en vélo dans la petite ville, avant de rejoindre le port. C'est du quai principal que part la navette vers Lorient. Un panneau nous inquiète : il faut apparamment payer avec une CB sans contact (on n'a pas de sans contact) ou une application mobile (on n'a pas de compte google sur notre téléphone : elle ne fonctionnera pas). Hum hum. On verra ?

Les horraires sont vraiment pas mal : il y a deux navettes par heure. Il n'y a donc pas trop à attendre, et d'ailleurs la traversée a du succès : au moins une trentaine de personnes ont embarqué, dont une dizaine de vélos. La plupart ont leur titre de transport habituel... Finalement aucun problème : on peut régler la traversée en liquide. La navette nous dépose au port de pêche. Le temps de se remettre en selle, de lancer le GPS et nous voici partis en ville. Il semble que Lorient propose des pistes cyclables absolument partout ! Nous suivons donc les grands axes... dans le centre, les vélos et les bus sont même prioritaires sur tout le reste ! Ici, une fois n'est pas coutume, ce ne sont pas les voitures qui nous font le plus peur... mais le comportement des vélos électriques, qui surgissent de partout, coupent les trajectoires, se faufilent à une vitesse impressionnante. Nous arrivons chez avec seulement 5 minutes d'avance sur l'horraire prévu. Elle arrive elle-même dans la foulée : les vélos dans le local vélo, les saccoches avec nous, nous sous la douche, ... Hop, une agréable soirée entre amis peut commencer ! :-)

44 km en 3h26
Coccimarket 9,30
Passeur 8
IziLo 3

dimanche 7 juin 2026, 21:20

vers Ste Anne d'Auray

Jour 3 : dimanche.
Le vent est tombé dans la nuit, ce matin est tranquille, mais gris - en contrepartie ? Sans pourtant être trop matinaux, comme c'est dimanche et que nous sommes les seuls vélorando du coin, nous sommes les seuls à nous activer ce matin pour ranger et plier le barda : tous les campers et autres véhicules somnolent encore...

Vers 9h nous prenons notre petit déjeuner sur le même banc (ou presque) que la veille. Le monsieur qui a le même vélo Riverside rouge vient à passer avec son chien : il constate qu'effectivement c'est bien le même, bien que celui d'Antoine ait été il faut bien l'admettre, quelque peut modifiée !

Bon, c'est parti ! Aujourd'hui nous quittons pour quelques temps les grandes véloroutes officielles, histoire d'aller un peu plus vite. D'abord, ressortir de la Roche Bernard par le haut : hop, direct une grimpette sans avoir le temps de trop s'échauffer... car nous partons par le pont - les ponts, encore un genre de route qui nous fait flipper, car ils sont très rarement prévus de telle sorte que les vélos roulent en sécurité à côté des voitures. Celui-ci n'est pas trop long ni trop fréquenté à cette heure-là : ça passe sans encombre... puis hop, nous quittons immédiatement la route principale : descente tout schuss sur une route qui plonge à travers bois pour passer sous la voie express. Nous sommes suivis par une bande d'une dizaine de motards qui nous doublent un à un, et certains nous saluent sympatiquement, dans le style « potes en deux roues ». Juste après être passés sous la voie express, un tourne à gauche un peu raide permet de rejoindre une voie vélo locale qui relie la Roche Bernard à Muzillac par le réseau secondaire et le tracé d'une ancienne voie ferrée. Bon plan !

Après le bourg de Muzillac, l'ancienne voie ferrée continue mais prend maintenant le nom de V45 : retour au tracé officiel du tour de Bretagne. Nous prenons un pause peu après, dans une zone boisée qui propose des tables de pique nique. Un rouge gorge s'approche au plus près, presque prêt à tout pour grapiller quelques miettes !

un rouge gorge très familier

Plus ou moins à partir de Ambon, c'est une partie du tracé que nous avons déjà suivie dans le passé, en venant par Questembert - nous avons donc une petite impression de déjà vu. En particulier, au niveau de la traversée de marrais. Un peu après, le tracé suit le réseau secondaire de telle sorte qu'il est bien difficile de savoir vers où on va : un coup à droite, un coup à gauche, plein sud, ouest, plein nord... sans le GPS on pourrait facilement se croire perdus. Nous dépassons une pommeraie où les arbres sont arrosés (cela nous avait choqué à l'époque... nous nous en souvenons parfaitement !) puis une station d'épuration (en vélo, on voit tellement de choses inintéressantes qui passent inapperçues...), puis une chapelle - hey, stop ! Pour une fois qu'il y a un truc mignon sur le chemin.

Les vélos posés en vrac sur le muret tout proche, nous allons voir la chapelle Sainte Hélène (elle a aussi une petite fontaine qui lui est dédiée en contre bas). La porte est ouverte, je rentre. Dedans, c'est simple mais pas non plus quelconque. Je m'approche de l'autel et constate qu'une hirondelle cherche à sortir : elle s'entête à voleter contre le vitrail de gauche... J'ouvre un petit portillon qui protège la zone dédiée au clergé, et m'approche : le vitrail n'est pas très haut, et en montant sur le banc juste en dessous je peux atteindre l'oiseau - qui évidemment prend peur, et change de vitrail plutôt que de sortir. Maintenant, l'hirondelle volette sur le vitrail opposé ! Carramba, raté ! Alors rebelote : je monte sur le banc de droite. J'essaie de la prendre dans ma main, mais elle ne se laisse pas trop faire... forcément. Comme les choses sont bien faites, j'avise une sorte de petit panier en métal posé au pied du banc : parfait ! Je piège l'hirondelle avec et la décolle du vitrail. Dans la chapelle, une seconde hirondelle est entrée, et elle tournoie en poussant des petits cris - je pense que maman encourage le petit égaré à la suivre... et voilà, il s'envole et la suit ! Elles sont sorties. Antoine me taquine et me surnome Ste Florence, Sainte patronne des animaux.

l'entrée vue de dehors

l'entrée vue de dedans

Il ne reste que quelques kilomètres pour Surzur, petit bourg où on s'installe pour manger sur un banc devant l'église, en plein centre du bourg. Quelques paroissiens s'attardent un peu, ils ont l'air un peu trop endimanchés : un baptème, peut-être ? La boulangerie est encore ouverte et attire quelques derniers clients, mais pour la fleuriste c'est l'heure de fermer boutique. Imperturbable, nous dégustons une boîte de sardine avec du pain - une nouveauté dans nos piques niques, et ça nous plaît bien cette année. Nos préférées : celles au piment !

En sortant de Surzur, on ne suit pas le tracé de la V45, trop tortueux, nous filons droit sur Theix. Nous y retrouvons la V45 que nous suivons jusqu'à Vannes : Nous bifurquons plein nord au rond point d'Arcal (?!) vers le cimetière de Calmont. Qui dit cimetière dit bancs, qui dit banc dit pause : on s'arrête pour prendre un peu d'eau et un mini brownie. On voit passer quelques badeaux, en famille, bon enfant, avec des maillots de quoi : foot ? rugby ? oui, rugby : du RC Vannes. Certains ont un petit drapeau breton qui dépasse du sac à dos (et là on pense fort à la chanson des Fatals Picards). Y'avait quoi aujourd'hui ? On découvrira un peu plus loin dans Vannes, sur les panneaux d'affichage de la ville, que le club vient de gagner la finale de D2 : ils entre dans le Top 14 l'année prochaine ! Alors forcément, ça doit être la fiesta.

De notre côté, on ne fait que passer : on longe le port, puis on essaie de passer par le centre. Comme il fait beau et qu'on est dimanche, il y a un paquet de gens qui baguenaudent, alors on évite la voie piéton principale (qui avait l'air bien sympathique), et remontons (au sens figuré : en montée !) l'avenue qui mène à la mairie, même si avant tombée dessus on fait un petit détour justement par le centre (dont les routes sont pavés : vélo pas welcome). Devant la mairie, des originaux (ou une troupe qui s'entraîne ?) sont déguisés en costume grand siècle (crénoline, ...), ont branché de la musique sur haut parleur (il me semble reconnaître Offenbach) et dansent en cadence.

Encore quelques centaines de mètres en zone péri-urbaine, à la fois aménagée pour les vélos et à la fois délicate à traverser (voitures omniprésentes et pressées, feux rouges pour vélos, traversées et inversions de voies...), et nous arrivons au début de la voie verte qui relie Vannes à Sainte Anne d'Auray, notre destination. Au début, c'est un tracé typiquement pour une sortie du dimanche (ça tombe bien, on est dimanche) en famille : un parc de jeux, des arbres, ... Mais rapidement, c'est du n'importe quoi : des descentes en épingles pour remonter de la même façon juste 50 mètres après, et des traversées de zones marécageuses (asséchées en cette saison) sur des pontons en bois qui tous, sont précédés d'un panneau : « CYCLISTES, PIED À TERRE »... est-ce vraiment une voie vélo ?! Du côté du Moulin de l'Évêque (à 6 km environ de la fin de cette voie), on craque et on prend la départementale 19 qui passe par Mériadec. Hop, là c'est tout droit, plus de pontons, plus de montées inopinées à 15% (même si ça grimpe encore bien) : on arrive à Ste Anne d'Auray rapidement, sous le soleil, fatigués mais contents d'arriver. Nous traversons la petite ville en direction du camping, pour un finish vers 17h30. Pas mal !

Sauf que le camping a l'air complètement mort. Les emplacements sont tondus, pour certains en tout cas, mais l'accueil est fermé et ne semble pas avoir été ouvert cette année. Les portes du bloc sanitaire sont fermées. Hum hum. La batterie du téléphone est bientôt vide : les bornes électriques fonctionnent ! Hee ha : déjà, chargeons le téléphone, et avisons. Pour tenir conseil correctement, nous grignottons des bretzels. Personnellement, je suis assez fâtiguée et carrément prête à planter la tente ici, pisser dans le bois, et ne pas prendre de douche. Monsieur lui veut un camping, un vrai, un ouvert, avec une douche ! OK. Regardons la carte, cherchons un camping, et appelons. Nous en trouvons seulement au sud côté plages (je le savais déjà : plus au nord, rien), et en choisissons un au sud de Ploermel : le camping de Kergo. Il faut remettre 15 km dans le compteur.

Alors, dès que le téléphone a assez de batterie, c'est reparti ! Il est un peu plus de 18h. J'ai branché le GPS, et chaque fois qu'un kilomètre est effacé, j'annonce : « plus que xxx kilomètres ! » et ça m'aide vraiment à remettre un regain d'énergie. Nous fonçons sur les pistes cyclables des environs d'Auray, traversons la ville par la gare, reconnaissons quelques lieux au passage (souvenirs...), rejoignons pour un temps la V45 (encore elle !) que nous lâchons à Guervec pour nous échapper vers la route de Quiberon... c'est-à-dire une départementale hyper passante. Heureusement nous ne l'empruntons pas longtemps : au premier embranchement à droite, nous fuyons à l'anglaise par les petites routes et arrivons au camping. Ouf !

Même si nous avons vraiment bombé et qu'il est à peine plus de 19h et des poussières, comme prévu (nous avions prévenu de notre arrivée un peu tardive) l'accueil est fermé. Conformément aux indications qui m'ont été données, je rappelle pour prévenir de notre arrivée : un homme vient nous accueillir, nous enregistrer et prendre le paiement, et prend aussi le temps de nous accompagner jusqu'à la cabane de l'accueil vélo dont il nous donne les clés - à l'intérieur, des chaises, et des prises électriques pour charger le téléphone. Luxe. Nous choisissons notre emplacement, il nous souhaite une bonne soirée, et nous commençons à déballer.
« Tu sais qu'on n'a pas de bières ?...

  • ... ?
  • Il y avait des bières et du cidre à l'accueil, t'as dit qu'on n'avait besoin de rien...
  • Mais nan ... la c****.... Tu crois que c'est pas abuser de le rapperler !?
  • Meuh non. »
    Hop, et me voilà à rappeler et à retourner à l'accueil, acheter une bouteille de bière et une bouteille de cidre (pourquoi choisir ?). Pendant ce temps, Monsieur monte la tente, sort des chaises, nous installe au soleil. Nous prenons notre douche (mi-chaude... mais surtout à température variable) dans un bloc sanitaire qui, une fois de plus, comporte du PQ. C'est con à dire, mais vu que certains campings n'en proposent plus, nous sommes agréablement surpris de voir que jusqu'à présent, nous n'avons pas eu à utiliser notre mini-réserve de PQ.

Antoine a mis les chaises au soleil, et pas n'importe où : dans une vaste prairie arborée, qui peut être en été est envahie de campers, mais qui présentement est vide et enchanteresse. Une chaise pour table, deux autres pour s'asseoir, du sauciflard de Régis Senan « la charcuterie des druides » qui est notre référence pendant nos tours Bretagne tout simplement parce qu'il n'y a pas de nitrite dedans (et que c'est bon aussi, évidemment). Le temps de dîner, et le soleil nous quitte déjà. Ensuite, nous prenons à peine le temps de faire le tour du camping, d'aller se brosser les dents, et hop, au lit : après une journée comme ça, le sommeil n'attend pas.

89 km en 6h34
vu : la voie Vanne > Ste Anne est naze : ne JAMAIS la refaire.
camping Kergo à Ploermel 16,20
boissons au camping 7,50

samedi 6 juin 2026, 21:20

vers La Roche Bernard

Jour 2 : samedi.
Le tracé du jour est l'exact inverse de celui d'hier : d'abord, du plat pendant près de 80 km le long du canal, et pour finir tout le dénivelé dans les 15 derniers km. C'est un gros kilométrage, mais qui semble complètement possible grâce à la grande partie plate : j'espère bien abattre ces kilomètres plats à environ 20 km/h.

Quand nous partons petit déjeuner, Patricia est prête depuis longtemps, mais elle attendait sagement à l'abri offert aux randonneurs que la météo soit plus clémente - ce matin, l'averse attendue est effectivement tombée à l'heure annoncée... Nous avons donc la chance de la saluer avant son départ. Nous discutons ensuite avec un couple de marcheurs qui remontent vers le Mont Saint Michel, et peut-être plus loin, si les douleurs dans le dos de Madame s'estompent... C'est ensuite à notre tour de partir - le ciel, bien qu'encore gris, n'est plus menaçant. Nous quittons Bourg-des-Comptes par la petite place où nous avons mangé la veille au soir, via une petite passerelle qui traverse la Vilaine. Le début du parcours est buccolique, avec souvent des roches sur la rive opposée, à minima des hauteurs boisées. Toujours présente, d'un côté ou de l'autre, la ligne de chemin de fer... Nous prenons une première pause à Guipry-Messac après 18 km.

l'écluse de la Molière

Guipry

Le vent souffle de plus en plus fort, nous devons fournir toujours plus d'effort pour avancer à une vitesse correcte qui ne s'approche en rien de mon pronostique... Vers midi, à l'approche du port de Beslé, je réclame une pause déjeuner : je n'en peux plus ! Après avoir sorti puis rangé les K-way en chemin pour une courte ondée, le soleil joue à cache avec des nuages blancs - et ne réchauffe pas vraiment. Difficile pour lui aussi de lutter contre le vent !

Il faut reprendre : on a fait seulement la moitié de la partie plate, sans compter qu'ensuite ça grimpera ! J'ai vraiment du mal contre ce gros vent, et surtout avec des rafales de 50 km/h qui nous freinent fortement. Quand je demande à quelle vitesse nous avançons, la réponse m'atterre : 17 km/h en pointe, et 12 km/h quand une rafale se pointe. Et cette vitesse d'escargot, c'est en mettant le paquet d'énergie ! Ce soir, on va bien dormir, c'est sûr...

Un peu avant le 60e kilomètre, nous sommes aux portes de Redon - ou plutôt, à ses pieds : le chemin de halage longe ici un mur derrière lequel se trouve le Boulevard de Bonne Nouvelle (!...). Un banc nous tend les bras, nous y posons les fesses et on fait péter les mini-brownies. Remis en selle, nous entrons dans Redon, et c'est plutôt du mauvais pied : déviation ! Nous nous retrouvons à grimper une côte avec les voitures, puis à devoir se retouver comme on peut avec le GPS parce que bien sûr la déviation vélo, elle n'est pas indiquée. On se retrouve à traverser une zone d'activité un peu glauque - après vérification, si si, c'est bien le chemin qu'emprunte la voie vélo V42... - pour finalement traverser l'Oust, puis une zone commerciale cette fois-ci, où les voitures ont visiblement envie de nous abattre !... Quand on rejoint la voie vélo en site propre le long de l'Oust, c'est pour s'appercevoir qu'il s'agit d'une voie gravel (pour ne pas dire une voie gravillonnée à l'abandon et complètement défoncée). Dès l'entrée, nous croisons deux vélos qui en reviennent : le premier, un vieux monsieur, nous crie « la piste est en très mauvais étaaaat ! » et effectivement, nous voilà partis pour quatre kilomètres de n'importe quoi, sans possibilité de s'échapper vers le réseau routier avant le bled de Rieux.

Là, à Rieux, nous reprenons la départementale : mieux vaut encore prendre le risque de se faire renverser par une bagnole que de continuer cette mauvaise blague le long de l'Oust ! Nous passons un pont à Cran, et reconnaissons le passage étrange qu'on a déjà emprunté il y a quelques années... j'ai comme l'impression que nous avions déjà à l'époque le vent contre nous ! Le parcours tire des bords à angle droit le long de l'Oust à travers des champs qui semblent plus ou moins abandonnés. Nous sommes soulagés quand nous en voyons le bout - nous venons d'ajouter à la liste du jour encore 7 km bien déplaisants. Courage, nous voici enfin aux 15 derniers km avec dénivelé !

Les deux premières côtes se passent, mais la 3ème ravive largement mes souvenirs : elle commence par une magnifique descente vers le petit cours d'eau du Rofo, mais après avoir perdu 30 m d'élévation, il faut en regagner 40 ! La, je craque et je finis à pied en poussant... Il y a encore 5 ou 6 petites montées, avant d'affronter la dernière : juste après avoir traversé la voie express de Nantes à Brest (beaucoup moins buccolique que le canal du même nom), il s'agit de remonter encore de 30 m avant de descendre vers les berges de la Vilaine, en plein de coeur de la Roche Bernard. Ouf, c'était la dernière, et nous voici arrivés au camping - qui a l'air bien plein déjà. Heureusement, il y a largement de la place pour nous... La jeune fille à l'accueil me propose d'aller choisir un emplacement, mais je n'ai pas le courage : j'accepte celui qu'elle m'attribue. Une fois sur place, nous changeons d'avis : la pelouse est toute râpée sur celui-ci ! Nous prenons une place voisine et retourne l'en informer : elle enregistre la modification avec un grand sourire. Soleil, sourire, que demande le peuple ?

Nous plantons la tente, nous installons, puis plaçons les cadenas sur les vélos : nous voilà partis à pied dans la petite ville, par le centre, pour visiter un peu et faire notre ravitaillement habituel. Le bourg est tout en dénivelé, c'est mignon et plein de charme. Nous atterrissons au Carrefour market, non sans nous être étonnés de la présence d'un mini carrefour à moins de 100 m de là sur notre chemin. Étrange politique de canibalisme intra-marque... bref. Nous trouvons tout ce dont nous avons besoin, et rentrons avec en prime une petite balade par la rue de la Quenelle, et une petite grimpette sur les rochers de la défense du vieux port, pour son panorama.

la Roche Bernard

Panorama

À côté de notre emplacement, un nouveau venu s'installe et débarque son matériel de son petit van. Surprise : « Monsieur, vous avez exactement le même vélo que moi ! » Et hop, on papotte. Son précédent vélo ayant cassé et la réparation étant trop coûteuse, il s'est acheté celui-ci pour 40 euros.

Il est largement l'heure de manger. L'endroit étant toujours éventé, nous partons donc bien couverts choisir un banc avec vue sur le port de plaisance. Ce soir, comme prévu, nous ne faisons pas de vieux os : au dodo !

95 km 6h34
vu : la v42 est naze entre redon et le pont
camping 11,30 (PQ, bloc sanitaire OK, eau presque chaude)
carrouf 31,40

vendredi 5 juin 2026, 21:20

vers Bourg-des-Comptes

Jour 1 : vendredi.
Les saccoches sont quasi prêtes depuis hier soir : il ne reste qu'à y ajouter la nourriture de ce midi (cuisinée aussi la veille), et quelques extras qui rendent les pauses plus sympas, comme les mini-brownies) puis les placer sur les vélos. Le temps de mettre la maison en mode hibernation pour 15 jours... voilà, nous avons évidemment dépassé l'horraire de départ prévu : il est déjà 10 heures quand nous enfourchons nos montures. Mais Ben me dit : « Qui est déjà parti à l'heure en bikepacking ? »

Pour démarrer, la météo est souriante : du soleil, quelques nuages blancs, il fait doux, rouler est agréable. Nous avons pris la direction de Trémeheuc et de ses éoliennes, que nous avons déjà suivi avant-hier lors de notre 2e (et dernier) petit entraînement. Sauf que cette fois-ci, arrivés à Lanrigan, nous continuons tout droit et traversons ce petit bourg - c'est bien la première fois qu'on passe par là, alors qu'on n'est qu'à 10 km de chez nous...

Toujours droit vers le sud, encore quelques km et nous dépassons Dingé - pas loin après, nous empruntons un réseau encore plus secondaire en tournant au « Pont de la chaussée ». Une amie habite par là, près de la rigole de Boulet : nous passons la voir à l'improviste - et bien sûr, comme elle n'était pas prévenue, elle n'est pas là. Ça fait environ une heure qu'on roule : une gorgée d'eau, et on repart.

Au 20e km environ, nous rejoignons le canal aux Cours Gallais : nous avons à priori fait le plus dur pour ce qui est du dénivelé (3 ou 4 petites côtes pas méchantes du tout), car nous serons maintenant toujours près de l'eau. Juste après avoir dépassé Montreuil-sur-Ille, nous prenons la pause et un goûter du matin un peu tardif sur une table de pique-nique.

Nous poursuivons ensuite à un bon rythme jusqu'à Betton : le vent s'est un peu levé, mais pas très fort, et nous sommes encore frais comme des gardons - nous appuyons et sommes à la vitesse nominale de nos vélos (environ 20 km/h). Manu dirait qu'on a mis « tout à droite », plateau 3 et vitesse 7. C'est au niveau du plan d'eau de Betton qu'on s'arrête : ici, ça sent déjà la grande ville. C'est-à-dire qu'il y a des gens qui se promènent, qui mangent sur les aires de pique-nique, et qu'il y a des panneaux pour dire aux vélos de pas rouler trop vite... respectons les autres usagers, merci ! Il est donc temps de s'attabler nous aussi : cake sucré-salé, fin de pot de crème fraîche à finir en guise de produit laitier, un peu de dessert... nous sommes en mode « énergie énergie énergie » ! Juste à côté de nous, une canne caquète - peut-être espère-t-elle qu'on lui balance un bout de pain ?!

Nous voilà repartis, direction Rennes. À son approche, toujours le long du canal, voilà que le chemin de halage est encombré d'un jeune homme, le cul par terre, une jeune femme accroupie à ses côtés, un vélo en vrac derrière elle. Nous ralentissons, et nous arrêtons. Il a le nez et la bouche en sang. Son casque sur la tête, il n'a pas vraiment l'air dans son assiette, mais ne se plaint pas. Elle nous dit que les secours sont prévenus, ils vont arriver sous peu... Elle ne connaît pas l'ado ensanglanté, elle vient juste de le voir tomber - il l'appelle son ange gardien. Nous leur laissons un paquet de mouchoir pour qu'il puisse s'éponger et appuyer un peu à la demande du secouriste qu'ils ont eu au téléphone (le garçon dit « ça va faire mal ! »), c'est tout ce que nous pouvons faire. Un cyclo au look plus pro que nous (c'est pas difficile) arrive juste derrière : il s'enquiert auprès du jeune homme de ce qui a fait tomber - un trou dans la route ? Non : simplement, un insecte lui a fait peur et il a fait n'importe quoi...

Nous reprenons notre route. La ville surgit bientôt, avec d'abord une sorte de lotissement moderne et sans âme, nous avons l'impression de reconnaître le quartier écolo-bobo que nous avons frôlé une fois en voiture, avec des amis. Ensuite, c'est la ville, et il faut faire attention à la circulation, même si des pistes cyclables semblent présentes sur tout notre chemin - après tout, il a été préparé de telle sorte que nous soyons toujours en sécurité. Si ce n'est qu'assez rapidement, nous suivons plus facilement les pistes face à nous plutôt que le tracé GPS, dont on ne voit pas bien dans la « vraie vie » s'il est vraiment meilleur que la large piste qu'on a devant nous... on retombe malgré tout sur nos pieds. Le passage vers la Villaine est un peu chaotique, c'est une question de 3D : pas facile de comprendre que les ponts, les voies, le chemin, ne sont pas sur le même plan, et qu'il faut faire des tours et détours pour retrouver le chemin de halage. Ouf, nous y voici, et ça commence à sentir la fin - la preuve, sur la rive d'en face, des immeubles plutôt richons qui ont vue sur la rivière et la friche industrielle... le luxe écolo-bobo, à nouveau ?

Patatras, nous tombons sur une déviation : le chemin de halage est fermé pour travaux au niveau du stade. Il faut contourner, mais la déviation n'est pas très bien flêchée. Tiens, d'autres cyclo-rando devant nous, là-bas ! On les reconnaît de loin à du jaune fluo qui recouvre les saccoches sur les porte-bagages... nous suivons à distance et nous retrouvons comme eux au coeur de la circulation - avec, bonus, une piste cyclable qui traverse une départementale. Du côté de Sainte-Foix, il me semble reconnaître cette rue : nous sommes venus il y a quelques années, à la recherche de graines - mais le tiers lieu ou ferme partagée n'était pas du tout ce qu'il nous fallait. Cette fois-ci, c'est une dame d'un certain âge qui vient visiblement de tomber à vélo. Elle est assise comme elle peut sur le petit trotoir qui borde cette rue passante, le genou eraflé, mais surtout un peu désorientée. Heureusement, là encore c'est une jeune femme qui a pris les choses en main : elle a appelé les pompiers, ils vont arriver.

Encore quelques centaines de mètres, et nous voyons qu'il est possible de rejoindre le canal : ouf, nous voici à nouveau en dehors du trafic. Pas bien loin, nous avisons un espace avec une table de pique nique : le Moulin d'Apigné. Ce sera parfait pour une pause : nous venons de passer le pire de la journée, à savoir, la traversée d'une grande ville ! Qui est toujours ce qu'on redoute le plus - d'une part pour le danger que représentent l'entassement au mètre carrés d'autant de voitures, vélos, piétons, et d'autre part car c'est toujours une perte de temps sans nom. Bref, nous sommes bien contents de sortir les mini-brownies pour fêter ça dans ce drôle d'endroit, à la fois terrain vague et lieu d'eaux.

le moulin d'Apigné

Nous observons alors un étrange petit jeu... Par le pont, arrive un groupe de personnes que rien ne semble pouvoir relier entre eux : des jeunes femmes dont certaines ne semblent pas du tout habillées pour une escapade sportive en plein air (mais qui s'approchent au pas de course), quelques jeunes hommes pas très impliqués, des plus vieux (des retraités ?) qui suivent avec une certaine nonchalance, une sorte d'excitation malgré tout, un suspens, ... La jeune fille la plus rapide se dirige avec assurance vers un escalier placé sur la berge et qui descend jusqu'à l'eau - la rive de la Vilaine est de l'autre côté du terrain, nous la perdons de vue. Elle remonte avec une enveloppe dans la main : ce petit groupe jouerait-il à du géo-catching ? Est-ce une sortie empowerment de Pôle Emploi ?! Je penche pour du team building, peut-être dans un cadre associatif ? L'équipe repart d'où elle est venue. Deux minutes plus tard, voici qu'un autre groupe débarque ! Et va chercher lui aussi l'envelope cachée sur la berge, au même endroit. De notre côté, nous sommes en train de ranger nos quelques affaires, et d'enfourcher nos vélos... En quelques coups de pédales, je rejoins le groupe alors qu'il est sur le départ et a déjà franchi le pont.
« Bonjour, que faites-vous ? Il y a des enveloppes cachées ?

  • c'est un jeu ! Nous sommes deux équipes, nous c'est les rouges !... Nous sommes une société de logistique. Vous connaissez ?
  • euh, je ne suis pas de Rennes !... »
    Et voilà : c'est bien du team building.

chemin de halage

Nous suivons à nouveau le chemin de halage : il nous reste à peu près 25 km à couvrir aujourd'hui, ça va le faire tranquille. Cependant, nous constatons rapidement que le vent a forci, et est contre nous. Le soleil est maintenant caché derrière des nuages, plutôt blancs, pas menaçants. Cela n'empêche pas de filer plutôt vite, et de profiter du paysage, plutôt plaisant sur cette partie : les rives sont arborées, parfois elles font mine d'être un peu sauvage, alors que l'autre côté longe au plus près la voie ferrée. Nous arrivons rapidement à Bourg-des-Comptes où nous rejoignons le « Camping des deux moulins ». Des enfants vêtus de T-shirts oranges y courent dans tous les sens, jouent au badminton, au balon, ... que de vie dans ce petit camping ! On nous informe qu'il s'agit de petits haïtiens - classe verte ou échange culturel ? Ils viennent ici chaque année. La tenancière me suggère de planter la tente vers le fond du camping pour être plus au calme et me rassure : à 21h, ils dormiront à poings fermés !

Nous dépassons un emplacement où trône déjà une Hubba Hubba (tiens, c'est plutôt rare de rencontrer une jumelle !), choisissons un emplacement à peine plus au fond, et nous installons. Une fois les vélos déchargés, la tente plantée et la douche prise, nous partons à pied découvrir le petit bourg et faire quelques courses. La place de la courbe est accueillante - petit resto (fermé), tablées et chaises, et même tables de pique nique avec vue sur la rivière - mais vide de vie. Nous remontons la rue du même nom, puis trouvons rapidement le Carrefour Contact.

Nous revenons au camp, trions les achats pour ne prendre que ce qui est nécessaire pour ce soir, et repartons dans l'objectif d'aller manger le long de l'eau - mais d'abord, nous pensons nous offrir une barquette de frittes à la petite fritterie du camping... Voilà, c'est commandé. Installée à une des quatres tables, la propriétaire présumée de la Hubba Hubba... je tente ma chance :
« Je voulais vous dire - et c'est pas seulement parce qu'on a la même ! - votre tente est vraiment superbe. » Ça c'est de l'entrée en matière... forcément, nous avons discuté équipement, matériel, passage de Rennes, parcours à venir, ... puis d'où on vient, ce qu'on fait dans la vie, nos noms, toussa, toussa... le tout en mangeant nos frittes. Nous avons eu du mal à nous lâcher, mais il fallait bien aller manger !

Nous revenons à la place de la courbe, et nous approchons de la Vilaine : nous nous installons sur un banc qui donne sur le quai, devant deux bâteaux amarrés - tiens, nous avons vu l'un d'eux franchir une écluse cet après-midi. Il ne fait pas chaud, et nous sommes bien couverts, avec pull et coupe-vent. Une fois le dîner terminé, nous ne demandons pas notre reste : retour au camp. La tente encore ouverte, Patricia n'est pas encore couchée - je m'approche, et on se retrouve à discuter une bonne demi-heure si ce n'est plus... Finalement, elle me demande c'est quoi ce petit grigri à mon poignet. Alors que nous sommes plutôt dans la même tendance écolo-bobo, je prends un malin petit plaisir à répondre « oh, c'était 50 centimes sur Temu, j'ai craqué » plutôt que « je suis bouddhiste » (ou n'importe quel autre -isme...). Il faut voir la tête de Patricia : surprise et choc, elle ne l'avait pas vu venir celle-là ! Du coup nous discutons un peu de l'omniprésence du « made in china » (jusqu'à sa MSR Hubba Hubba bien que la marque soit américaine) et surtout à l'absence de fabrication française... et de la spécialisation française dans la distribution - qui conduit à l'inévitable blâme sur les acheteurs rationnels qui vont chercher des produits innovants et moins chers sur les sites chinois directement.

Le soir commence à tomber : il est grand temps que je rejoigne Monsieur qui est déjà couché.

86 km en 5h21
vu : 2 vélos à terre, rencontre Pat'
Camping 13,56 (PQ, douche OK, eau moyennement chaude, espace et services bien pensés pour les randonneurs)
carrouf 19,40
frittes 3

jeudi 4 juin 2026, 21:20

Big Bret Tour (quasi Tro Breizh)

Cette année, pour nos vacances à vélo, nous envisageons un grand tour de Bretagne. Ce n'est pas comme si nous n'avions pas déjà parcouru la Bretagne à vélo dans tous les sens, mais c'est un fait, il nous manque encore quelques tronçons. C'est l'occasion de les découvrir !

Comme d'habitude, et peut-être même pire encore que d'habitude, nous partons sans préparation physique. Cette année, nous n'avons même pas fait de sorties un peu sérieuses pour s'entraîner, voir se muscler un peu... ni même de première virée en vélo de quelques jours - puisque en mai, nous avons finalement laissé tombé notre idée de faire une boucle du côté du Lot, pour ne faire qu'une virée bagnole Bordeaux / Dordogne. Au final, nous n'avons fait in extremis que deux sorties de moins de 30 km : deux petites boucles qui nous ont mené du côté de Noyal s/ Bazouges. À peine de quoi tanner un peu la peau des fesses ! Lors de la première, nous avons été (re)voir le menhir de la butte, perdu dans la cambrousse.

menhir de la butte

Ce qui nous préoccupe le plus, c'est la météo : nous sortons à peine d'une canicule exceptionnelle en mai - un truc complètement inattendu ici, en Bretagne. Et nous savons depuis l'année dernière, que rouler quand il fait trop chaud est encore moins envisageable que de rouler quand il fait un peu trop froid : les dernièrs jours de notre retour par Vitré étaient particulièrement chauds. Se lever aux aurores, et suer tout l'après-midi, écrasés de chaleur et de fatigue, ... rien de très agréable. Pourrons-nous l'éviter ?

Le plan : faire le tour de Bretagne dans le sens horaire, mais sans les pointes.
L'objectif : essayer de voir des ami(e)s en chemin.
La durée : 15 jours.

La première amie sur notre chemin est de Lorient : notre date de départ est donc fixée en fonction de ses dispos début juin... sachant qu'il nous faut 4 jours pour nous y rendre. Allez, le RDV est fixé : c'est parti !

mardi 24 mars 2026, 21:20

De l'eau hydrocarburée

Cet après-midi, nous prennons le café chez Ben quand sa femme Herv' l'appelle : l'eau, annonce-t-elle, est contaminée sur tout le réseau de la Bretagne Romantique, il ne faut pas en boire. Une collègue à elle saurait de façon officieuse qu'il s'agit d'une pollution aux hydrocarbures : même nos filtres à eau (de type Berkley) ne serait pas opérants.

Elle se propose d'aller acheter des packs d'eau en sortant du boulot, et d'en prendre même pour nous. Affaire réglée... nous discutons tranquillement de choses et d'autres avec Ben, puis nous rentrons chez nous vers 16h. Sur mon téléphone, un message en absence : c'est la Saur, qui avec une voix de robot, annonce que suite à un incident, par mesure de précaution, il ne faut pas consommer l'eau, ni laver des légumes ou des fruits avec, ni cuisiner avec. Ah. On se dit que ce serait une bonne idée de faire des courses, finalement. Évelyne aussi a appelé : ils vont faire des courses aussi.

Nous demandons d'abord à Lynn si elle a bien eu le message - oui, mais elle n'a pas tout compris, peut-on donner de l'eau aux animaux ? Non, pour le chien Jack aussi, il faut de l'eau en bouteille... oh ! et pour le thé qu'elle vient juste de faire ! À part ça, elle a 13 bouteilles d'eau : pas de pénurie, elle peut voir venir.

Nous voilà partis, à Lidl il n'y a pas plus de monde que d'habitude, par contre tous les clients se baladent avec un caddie remplit de 4 à 6 packs d'eau... et le rayon a déjà été dévalisé : il ne reste plus que la plus coûteuse, de la Volvic, à 3 € le pack de 6 bouteilles. On en prend pour nous et les voisins. Puis on passe à Intermarché : ici, il y a beaucoup plus de monde que d'habitude pour cette heure-ci, et plusieurs caddies remplis de packs d'eau font la queue devant chaque caisse. Dans le rayon, beaucoup plus étendu qu'à Lidl, les eaux les moins chères sont déjà épuisées, mais il reste quand même quelques packs de deux marques pas trop chères : nous reprennons quelques packs.

Après quoi, directions chez Évelyne : la meilleure chose à faire c'est de ne pas boire d'eau ! Apéro autour d'une bouteille de vin blanc, pendant lequel nous discutons du monde qui vacille - la guerre en Iran, au Liban, la vague de chaud aux USA, la vague de froid qui vient en Europe, et l'eau polluée aux hydrocarbures... Et Cochet, qui prévoyait l'effondrement dans les années 20. Vers 17h, un autre message téléphonique tout aussi robotique annonce qu'il faut à partir de 18h se rapprocher de notre mairie, des packs d'eau seront distribués...

Après l'apéro, c'est distribution de packs aux voisins. En attendant demain, d'aller voir à la mairie pour récupérer d'autres packs - et peut-être avoir d'autres informations sur la nature et l'origine de l'incident qui conduit à non pas couper l'eau, mais conseiller aux 37000 personnes vivant sur notre territoire de ne pas s'en servir.

vendredi 6 mars 2026, 21:28

Municipales

Réunion d'information de la liste électorale concurrente à l'équipe sortante. Quatre tablées pour rencontrer les membres de la liste, sur 4 sujets :

  • sécurité (routière ?)
  • les aînés
  • jeunesse
  • « nos engagements » Rien ne nous intéresse... Nous allons au bar - vide, à part trois pilliers accoudés de l'autre côté, pour servir un verre. On reconnaît un voisin qu'on salue de la main, quand on passe en partner... mais on ne le connaît pas plus. On discute... ses deux fils ont fait du stock car, l'un en fait encore. Lui conduit un bus, actuellement il travaille le soir en remplacement du dernier train de la ligne qui va à Rennes. Il est là car sa femme se présente sur la liste ! Son nom : Alain Leroy. Et finalement, l'information vraiment sympa : c'est lui qui a planté les pommiers de notre verger ! Avec son père. Quand il avait 12 ans... ça remonte aux années 70... Après avoir bu un verre de cidre, et discuté pendant près d'une heure, nous finissons par glisser un mot dans la boîte à idées, et partons.
jeudi 5 mars 2026, 21:28

Com' com'

Nous avons assisté au Conseil Communautaire du 05 mars 2026. Le dernier de l'année. Un ami nous a fait suivre le rapport de présentation quelques jours avant, nous précisant que ça parlerait assainissement... un mail à la presse, un mail à tous les maires (aucune réponse), prêts ?

On arrive en avance, il est à peine 17h50 pour rencontrer un journaliste un peu avant. Le lieu de RDV, au CALM (Comme à la maison), est... fermé le jeudi soir. Le serveur dit partir bientôt et nous propose néanmoins de nous servir des bières à emporter. Nous lui répliquons que nous préférons patienter encore un peu : effectivement, le journaliste arrive avec un peu de retard, et nous voici avec des bières dans des gobelets, installés en arrière terrasse...

18h35 : nous rejoignons la salle du conseil. Environ la moitié des élus sont présents. Au centre, dans son fauteuil de président, Regeard ressemble un peu à un clodo - le côté barbe mal rasée peut-être. La plupart des présents ont de l'âge : à part deux ou trois, tous semblent avoir plus de 50 ans, et la majorité de l'assemblée est manifestement à la retraite. Nous reconnaissons facilement Piot, Dumas, et le maire de Combourg Joël Le Bescot. Nous identifions rapidement les élus de Dingé, dont la maire Annabelle Quentel (les deux quittent le conseil avant la fin) car la ville est souvent citée dans les projets ; et le maire de St Brieux des Iffs, « Rémi » (ici, on s'appelle par nos prénoms, pas de chichi : nous sommes entre amis), car il est un des seuls à avoir posé des questions (pertinentes, qui plus est !) et à avoir osé voter contre une délibération.

D'abord lecture du rapport d'activité 2025 : sur fond de document de com' bigaré et aux chiffres imprimés en gros et en couleurs, chacun des VP fait son petit show. Tout ce qui est en croissance est positif : il y avait plus de demandeurs d'emplois au salon de l'emploi ? c'est positif !... Puis on passe aux affaires.

La 1ère délibération vise à terme à intégrer le terrain de rugby de Lanhélin aux équipements de l'interco. Regeard en profite pour faire une petite sortie réac' : « les jeunes ont bien besoin de sortir le nez de leurs écrans ! »

Ce soir Regeard s'est extasié sur le fonctionnement d'une « démocratie saine »... nous n'avons rien vu de tel. Très peu de questions et de remarques, une seule délibération a fait l'objet de quelques abstentions, et une seule autre délibération d'un unique vote contre. Personne ne moufte, tout passe velours, la formule « qui vote contre, qui s'abstient, merci à tous » est débitée mécaniquement et sans pause : c'est évident, c'est une chambre d'enregistrement.

Et pourtant. Au moins deux délibérations sentaient la corruption à plein nez. La première, c'est une indemnisation de la société RAHUEL BOIS à hauteur de 130.000 € suite à la vente ratée d'un terrain dans la ZA de Cuguen, dont le compromis avait été signé en juin 2025. Deux jours avant la signature finale, il aurait été découvert (mais par qui ?) sur une cartographie existante (mais laquelle ?) non répertoriée ni utilisée par les différents actueurs de la vente, une zone humide sur la parcelle promise à RAHUEL. Pas moins de 4000 m² sur les 11000...

Seul le maire de Combourg leur fait remarquer avec raison à quel point ils ont merdé dans cette affaire : m'enfin, des entreprises sont déjà installées, et il suffit d'ouvrir les yeux sur la végétation d'une parcelle (ajoncs) pour savoir qu'elle est humide... Regeard s'est simplement désolé qu'une zone humide désormais ne pouvait donc plus être « compensée » (c'est-à-dire : détruite) pour plus de 999 m² et que cela restait insuffisant sur ce terrain.

Les conseillers de l'assemblée semblaient découvrir cette affaire ce soir-là, et le fait que la négociation ait été menée uniquement par Regeard, sans transparence. Elle semble bien sûr efficace - passer de 2 millions d'euros de demande d'indemnisation de préjudices à 150 mille euros d'indemnisation, ce n'est quand même pas le même chiffre... mais entre temps, on met sous le tapis quelques questions essentielles, dont : comment le PLUi, aux dires de leurs responsables eux-mêmes, pouvait-il ne pas reprendre certaines zones humides connues précédemment (il a été spécifié plusieurs fois qu'il s'agissait d'une information visuelle sur la cartographie, qui manquait). Sachant que les zones humides sont le point principal qui rend inconstructible un terrain, et que la loi désormais les protège du fait de leur utilité dans la régulation hydrique. Alors, qui avait intérêt à oublier cette donnée ?...

NDRL : dans un article du 13 août 2026 sur Reporterre on peut lire : « Le 30 décembre 2006, une loi sur l’eau et les milieux aquatiques (Lema) était adoptée en France, qui transposait dans le droit une directive européenne visant à restaurer l’état écologique des masses d’eau douce d’Europe d’ici à 2015. (...) Certains syndicats agricoles n’ont pas vu cette ambition d’un bon œil, notamment la FNSEA (...) un tour de passe-passe résolut le dilemme : de cours d’eau, les petits ruisseaux devinrent des « fossés », « canaux » ou « ravines », privés de la protection instaurée par la loi de 2006. Résultat : plus de bandes-tampons obligatoires pour les préserver des constructions et autres barrages hydrauliques, plus d’encadrement des épandages de pesticides. Sortis du droit, ils furent aussi effacés des cartes administratives hydrologiques que l’on commençait alors à réaliser. Dans certains départements, la moitié d’entre eux ont tout simplement été rayés des cartes. »
Est-ce que la disparition d'une zone humide n'aurait pas avantagé tout le monde ?...
Lire aussi : contexte et nouvelle carto.

Avec la mise au vote de cette délibération, il était demandé de valider l'accord qui entérinait que RAHUEL renonce « à tout recours et à toute démarche d'aucune sorte qui aurait pour objet ou effet de rechercher la responsabilité la Communauté de Communes BRETAGNE ROMANTIQUE à raison des faits exposés. » Qui donc pourrait bien encore chercher des poux après ça ?

Enfin, Regeard a interpellé deux fois la « presse locale » pour qu'elle ne parle pas de cette affaire avant 3 mois, quand la délibération votée aura effectivement été entérinée et que l'indemnisation ne sera plus opposable. Toh !

À la fin du conseil, Loïc Regeard a repris la parole, car il fait partie des quatre maires ne se représentent pas - soit Marcel Piot (Bonnemain), Pierre Sorais (Trémeheuc ) et Rémi (St Brieuc des iffs), celui qui pose des questions... dommage.

Regard dit deux fois : faut laisser la place, non pas aux jeunes... mais aux autres ! Et pourquoi préciser ? Il ne veut pas de jeunes ? Il a dit aussi deux fois qu'il rêve d'une seule commune géante... qu'il y avait 25 communes, il n'y en a plus que 23 : à quand une seule ? ce qui signifie : plus de maires !... Centralisation du pouvoir ! Étrangement, il n'a pas été applaudit par l'assistance - seul un égaré ou deux a battu des mains avant peut-être de se rendre compte de ce qui venait d'être dit.

A suivi une petite cérémonie préparée par la VP Communication (Évelyne Simon-Glory) qui prend vraiment trop de place - aussi bien physiquement, corps, cheveux, gestes, que dans ses paroles !... Et surtout, qui est aussi responsable des systèmes d'information alors que visiblement, elle n'a aucune idée de tout ça. La famille de Regeard avait été invitée... et est entrée en fin de scéance sur les strapontins à côté de nous.

L'ancien président, Lefeuvre, était là pour l'occasion et offre une statue moche faite par des artistes locaux... mais au moins son discours est construit, cohérent, porté. Il montre en 5 min que la génération précédente, au moins, croyait en quelque chose... alors que l'actuelle ne semble que des gestionnaires de budgets, d'enveloppes, de petits fours et de maîtres en corruption. Mme Communication remet alors des planchettes de bois pyrogravées aux 4 maires sortant, quelle blague... puis demande à Regeard de regarder l'écran : et voilà qu'est projetée une vidéo visiblement faite par IA ridicule, images, chants, paroles, ... l'émotion désincarnée, le summum du plouc. Pire qu'un marriage.

Voilà donc ce qu'on retient de cette soirée : nous avons assisté à la structure hiérarchique du pouvoir, complètement déshumanisante : ici on ne considère ni les agents, ni les utilisateurs, on ne parle jamais d'humains, uniquement allocation budgétaire. Les VP parlent, mais face à eux pas de parole, du vide, rien. Que font ces gens ? Qu'ont-ils prévu ? Il n'y a aucune gestion de la cité, il est toujours question de "bien gérer" et d'être "bon gestionnaire" - seuls les chiffres comptent, pour le reste c'est du politique pur : vide de sens.

Le plus frappant est l'absence totale de démocratie, et... la corruption active sous couvert de la loi. Sur le marché de l'eau : suite à appel d'offre, deux entreprises chiffrent le chantier à 160 KE, une trosième chiffre 118 KE. Toutes sont sensées répondre "à minima" au cahier des charges. Une société de conseil analyse les propositions et montre qu'une des plus chères est la meilleure proposition, mais au final c'est celle à 118 qui est retenue - et Dumas admet (naïvement ?) devant le conseil communautaire que 120 était le budget décidé avant même de recevoir les réponses à l'appel d'offre... Alors, personne dans l'assistance pour dire que visiblement une boite savait quel chiffre il fallait annoncer pour être retenu ?

Ce conseil est irrespectueux pour les suivants (qui seront sans doute eux-même, ceci dit) : il a voté au moins 2 délibérations sur leur tête, forçant la main aux suivants. Dans ce processus il manque la force de proposition... qui est la démocratie. Les gérants gèrent entre eux : pas d'associatif, pas de citoyens - pardon : d'administrés ! ce mot dit bien ce que ça veut dire : nous sommes gérés par les gérants. Nous n'avons pas voix au chapitre. Même les élus ne disent rien : nous n'avons compté ce soir, de toutes les délibérations mises au vite, qu'une seule voix contre... la politique est morte !

samedi 8 nov. 2025, 21:12

la Rouget

Nous étions aujourd'hui à la « Fête de la pomme et du patrimoine fruitier » pour faire identifier nos pommes à cidre. Nous avons fait choux blanc : ces messieurs étaient visiblement très calés, mais pas en pomme à cidre. Nous ne sommes pas venus pour rien, nous avons rencontré un pépiniériste sympa avec qui nous avons discuté une bonne heure ! Même si ce n'est pas sa spécialité, il nous a expliqué comment faire un pommage intéressant - c'est-à-dire le mélange de goûts des pommes pour faire un bon cidre - sachant que « bon » varie avec les régions et... les goûts. N'empêche ! Désormais on sait que nos jaunes précoces sont très amères, qu'elles sont parfaites (à notre goût en tout cas) avec les petites rouges qui sont sucrées, et qu'il faut relever le tout avec de l'acide, sinon le sucre fait « plat » au palais.

Et sinon, quelques infos sur la rouget, dont nous avons 3 arbres - à priori, des prime. Ces infos sur les Rougets de Dol ont été collectées par Jean-François Aubert, du pôle fruitier de Bretagne. Ces pommes ont deux fins : à couteau, et à cidre. Leur chair est acidulée, ferme, croquante, juteuse, sucrée, mais de structure grossière.

À l'origine, le seul type rouget de Dol petit est à l'origine (par semis de pépin) des Prime et Trois-quart pour sûr, et plus ou moins des autres types (mutations, hybridation).

  • la petit rouget / rouget de Dol petit est comme son nom l'indique... petite : 4-6 cm ; elle est bien rouge. Mûre en décembre, se conserve jusqu'en juin.
  • la Blanc ou Prime est la plus grosse : 10-12 cm. Beaucoup plus claire... et beaucoup plus précoce, elle se cueille dès début septembre, se presse dès fin septembre et se consomme jusqu'en janvier.
  • la Trois-quart est... entre les deux : 8-10 cm, elle se consomme entre novembre et mars-avril, et son épiderme est de couleur intermédiaire.

Les Rouget intermédiaires :

  • Curiot : à Miniac-Morvan, elle ressemble à la Prime en plus petit, à peine plus coloré, mais avec un goût un peu plus fin.
  • pointue ou de Meillac ou de l'intérieur : proche de la Prime en plus colorée et de forme plus cônique.
  • Dol de Rennes : entièrement rouge, elle se consomme de fin octobre à décembre, se conserve jusqu'en mars. Elle est cultivée au nord de Rennes.
  • de (Mr) Plainfossé : une variété sélectionnée par ce Mr au Mont-Dol... se conserve très bien.
  • Revers : celle-ci est cultivée en Normandie, plus fine elle se conserve jusqu'en mars-avril.
  • Martranche : cultivée dans le Coglais, elle ressemble au Trois-Quart.

Pour obtenir des greffons, rendez-vous aux mordus de la pomme début mars !