Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

jeudi 18 juin 2026, 21:20

vers St Jacut de la mer

Jour 14 : jeudi.
Petite étape aujourd'hui, car hier nous avons largement avancé sur le planning en finissant à Val André plutôt qu'à St Brieuc. Mais ce n'est pas encore suffisant : j'en ai marre. En plus ce matin, il fait gris et moche, et pire : le brouillard s'est invité.

campagne avant Erquy

La route - comme d'habitude - passe essentiellement par les terres, mais quand elle va pour repiquer vers Erquy, vu le temps brouillasse, c'est sûr il n'y aura rien à voir : on fait la grève de la route vélo et on ne suit pas le panneau ! Au lieu de quoi on fonce tout droit. D'abord un peu de route sans trafic, puis un bout de départementale - on fait très attention au niveau du rond point... tiens, un lidl en construction ! et ça continue sur une route en graviers : débouchera-t-elle sans encombre sur l'EV4 ? On fait le pari... le chemin rural devient un sentier... et... banco ! nous revoici sur la vélo route ! Juste au début du marais des Salines. Ça c'est un paysage qui correspond bien au brouillard !

marais des salines

Sables d'Or les Pins

En ressortant du marais, nous quittons à nouveau la route pour nous approcher du front de mer du bled balnéaire de Sables-d'Or-les-Pins. Là, face à la mer, on comprend que ce ne sera pas la peine d'aller jusqu'au cap Fréhel... c'est à peine si on y verrait le phare ! Nous décidons d'écourter encore : coupons tout droit vers Matignon ! Nous voilà donc à pédaler sur les petites routes qui passent à l'ouest de Plurien, ... une averse nous surprend, nous nous abritons au mieux sous un bosquet en bord de route. Plus loin, vers le 20e kilomètre, on atteint une petite chapelle (St Sébastien de Pléhérel) près de laquelle se trouve un parking et des tables de pique nique. Pause ? On ne prend pas le temps de s'asseoir mais on grignotte quand même.

Nous sommes ici en pleine descente, nous allons suivre puis finalement rejoindre un petit cours d'eau en fond de val. En chemin, très exactement en sortie de virage après St Sébastien, je vois un petit animal au sol, je fais un écart pour ne pas l'écraser puis m'arrête. C'est une petite belette ! Elle a l'air bien mal en point... les yeux fermés, elle brasse l'air avec ses petites pattes, comme pour fuir. Le bas côté de la route semble avoir été tondu récemment... aurait-elle été choquée et/ou blessée par une épareuse ?

Placée comme cela sur la route, elle n'a aucune chance de survie : à la prochaine voiture qui passe, elle est idéalement placée de manière se faire écrabouiller en carpette. Monsieur me dit : « prend la avec des gants et mets la dans le talus ! » et moi je regarde mes gants vélos : ce sont des mitaines... pas vraiment le genre de gants qui protège des possibles morsures, ni des bestioles en tout genre que peut porter la petite bête ! Je prends alors ma « lingette pipi », accrochée à ma saccoche avant depuis le début de la rando, sans qu'elle n'ai jamais servi une seule fois. C'est l'occasion !

J'enveloppe la petite belette, et la prends dans mes mains... elle stresse un peu, mais pas vraiment plus que la seconde d'avant : elle fait toujours les mêmes gestes de fuite inutiles, puisque ses pattes s'activent dans l'air. C'est un petit mâle. Il se calme un instant, reprend ses mouvements... je le dépose délicatement près des herbes plus hautes, et sur les conseils de monsieur, je le recouvre d'herbes coupées pour le dissimuler aux prédateurs. Bonne chance petite belette...

Nous terminons la descente, croisons le Frémur, et remontons. Nous voici à Montbran, un minuscule village... et voilà qu'il se remet à pleuvoir. Nous avisons un abri bus et allons nous y réfugier. Un vélo rando y a déjà établi ses quartiers : un homme, sans doute retraité, habillé d'un grand poncho contre la pluie. Il est équipé d'un vélo électrique rustique, sans doute assez ancien. On discute... il a une voix toute douce. Presque 10 ans maintenant qu'il fait de l'itinérance avec son vieux vélo, qu'il a bricolé pour l'adapter au mieux à la randonnée. Hey, deux autres vélos qui arrivent ! Encore des retraités, pas tous jeunes, ces deux là, et pourtant en vélos musculaires. On se pousse un peu pour les accueillir, madame dit qu'elle veut repartir tout de suite, mais le monsieur est content de voir des gens : finalement le couple reste discuter avec nous. C'est amusant, ils ont les mêmes gants Crivit que nous, et globalement ce sont des gens qui s'équipent à pas cher, mais qui sont visiblement vraiment bien rôdés ! Ce sont des montagnards des Vosges, ils ont l'habitude du vélo. On discute équipement, parcours, qualité des revêtements et des routes, ... Tout le monde est d'accord pour dire qu'en Bretagne, les côtes sont déplaisantes : c'est pas tant qu'elles soient longues ou dures, c'est qu'il faut changer sans cesse de vitesse, car brusquement elles passent de 3% à 7% puis 5%... alors que presque partout ailleurs, la pente est stable pendant toute la montée - ce qui laisse la cardio s'adapter, et ne nécessite pas de jouer en permanence avec les manettes des vélos !

La pluie se calme un peu, le couple repart. Nous discutons encore un peu avec le monsieur à la voix douce, puis chacun reprend son chemin : nous avons choisi de suivre Pléboulle, puis de récupérer l'EV4 avec un tourne à droite qui a l'avantage d'être une belle descente (j'aime les descentes). Évidemment, ça remonte pour arriver à Matignon, notre 2e « point culminant » du jour à 75 m d'altitude (juste après Val André, nous avons frôlé les 85 m... mais sommes redescendus 4 fois au niveau de la mer).

À Matignon, un peu comme d'habitude, nous prenons du pain et un dessert à la boulangerie du centre, et mangeons abrités sous la halle, sur les marches. Un petit tour aux toilettes publiques confirme qu'en plus c'est propre et qu'il y a du PQ ! Il y a des petites villes qui sont proches de la perfection. Maintenant direction la zone commerciale pour faire les courses pour ce soir, et enfin nous passons à la boutique de notre réparateur vélo préféré, Ludovic Marquer, histoire de le saluer. Dommage, il a beau être 14h, la boutique est fermée. Nous n'avons pas la patience d'attendre, go ! D'autant que le soleil est en train de ressortir.

Le tracé file tout droit sur une ancienne route désormais réservée à la « mobilité douce », comme on dit. La route devient ensuite un chemin gravel en forêt, puis nous longeons l'Arguenon - avant de le traverser face au château du Guildo. Nous sommes déjà passés par ici, nous connaissons plutôt bien : là ça monte droit vers ledit château (qui n'est qu'une ruine). Holà, mais y'a marqué « ROUTE BARRÉE » ? Des travaux sont annoncés, un petit blabla écrit en caractères 12 (trop petit pour être lisible facilement) parle d'une déviation... mais où ? On n'a pas envie de réfléchir : on s'en fout, on passe. Au final, on a bien fait, les travaux sont visiblement finis - pas un seul camion ni travailleur. L'enrobé est flambant neuf.

Près du parking du château, nous croisons un groupe de jeunes filles toutes en vélo électrique de couleur identique, avec un petit barda pas vraiment adapté attaché derrière... 30 secondes plus tard, elles font demi tour et repassent dans l'autre sens en rigolant - elles sont perdues les minettes ? Elles s'arrêtent puis nous doublent en disant « Courage les sportifs ! » dans la petite côte... c'est moqueur ou sympa ? Va savoir. Elles ne me plaisent pas beaucoup ces pimbêches. Heureusement, nos routes se séparent immédiatement : elles continuent sur l'EV4 alors que nous bifurquons vers la presqu'île de Saint Jacut.

Nous rejoignons le camping municipal par des routes complètement vides de toute circulation... il fait beau comme si on était en été, et personne, personne... la presqu'île presque juste pour nous. À l'accueil du camping par contre, il y a quand même un peu de monde. Il y a un client qui veut réserver deux emplacements pour cet été, un autre qui a oublié sa prise électrique spéciale pour les bornes du camping... pas de bol, le camping en prêtait jusqu'à présent mais comme beaucoup ne pensaient pas à les rendre, ils ont arrêté : le gars a compris qu'il devra faire au saut aux supermarchés pour en acheter une. C'est notre tour : nous avons droit à un emplacement spécial pour randonneurs. Ça c'est nouveau aussi, parce que la dernière fois nous étions sur un emplacement « normal ». Nous profitons aussi du fait que le camping soit « accueil vélo » pour regraisser un peu les vélos... ah non : ici non plus, il n'y a plus de gras !

Après l'installation, je me dis que sur l'emplacement vélo où il n'y a pas de borne électrique, on n'a pas besoin ce soir de notre prise spéciale. Je retrouve le gars qui en avait besoin (il avait donné son n° d'emplacement à l'accueil), et lui prête. Le gars est tout content : il est rassuré, sa glacière va pouvoir garder le froid le temps qu'il aille faire ses courses.

Après la douche, nous partons faire le traditionnel tour de la presqu'île : on prend de quoi manger dans notre sac à dos, et c'est parti ! Un crochet par la plage de la Manchette face au camping, puis on passe par la plage de la Pissote... la mer est basse, on rejoint la plage suivante, celle du Châtelet, par le bas. Là on enchaîne petites rues et venelles, et nous voici à la cale de la Houle Causseul.

île des Ébihens

Ensuite, c'est un sentier qui borde la plage du Rougeret par en haut : elle donne plein nord, avec une vue magnifique sur l'île des Ébihens. Nous repassons par l'intérieur de la presqu'île pour atteindre son extrémité nord : la pointe du Chevet. C'est en plein vent, mais c'est beau : nous admirons la vue sur un banc pendant un bon bout de temps.

île des Ébihens

En revenant sur nos pas, au niveau des premières maisons, je vois un monsieur qui regarde par le trou de la serrure d'un garage... c'est une position que même les enfants savent être inopportune : tout le monde vous dira que c'est de la curiosité mal placée ! Alors je demande au monsieur ce qu'il y a à voir dans ce garage ? Et il me répond « rien d'intéressant, je voulais voir si il y avait pas par hasard une voiture de collection... parfois il y a des merveilles qui dorment, oubliées... » Et nous voilà à discuter. Les vieilles voitures, c'est sa passion. De fil en aiguille, il nous raconte qu'il travaillait dans le bâtiment et qu'en fin de carrière, il a été opéré d'une hernie, suite à quoi son employeur ne souhaitant pas le garder, il a été licencié... À Pôle emploi, sachant qu'il ne pourrait pas retravailler dans sa branche, il a été placé dans la case « handicapé ». C'est ainsi qu'il est arrivé tranquillement à l'âge de la retraite - en continuant à donner des coups de main dans le milieu associatif. Et là, ça devient marrant... quand il a fait son dossier pour la retraite il a dit : je suis handicapé, donnez moi une retraite « handicapé ». Sauf que nulle part, son handicap n'avait été précisé ni certifié ! D'ailleurs son médecin ne voulait pas prendre sur lui de faire un certificat... Alors il a insisté auprès de la caisse de retraite, et quelqu'un a craqué : aujourd'hui il a bien une retraite avec la mention « handicapé », mais sans la moindre idée de ce que pourrait bien être ce handicap ! Si ce n'est que ça a l'air assez invalidant pour être pris au sérieux. Bref, un jeune retraité heureux !

Nous nous séparons là, le retraité repart avec sa dame dans son camping car, et nous continuons jusqu'à l'église, puis passons devant l'abbaye : là, nous rejoignons la côte ouest. Nous suivons alors le sentier côtier... arrivés à un banc avec une super vue, nous décidons de manger là face à la mer et au soleil.

pointe du Béchet

une crique à St Jacut

Puis nous reprenons la balade jusqu'à la plage de la Banche. La mer est déjà bien remontée... Nous n'avons plus qu'à rejoindre le camping, situé plus ou moins au même niveau, de l'autre côté de la petite langue de terre.

43 km en 3h32
Super U Matignon 26
Camping municipal 12