Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

mercredi 17 juin 2026, 21:20

vers Val André

Jour 13 : mercredi.
Ce matin avant de partir, je suis assez curieuse pour demander le score de l'équipe de France au match de la veille, puisque le bar du camping diffusait la coupe du monde... Bref, sans trop de surprise la France a gagné. Nous commençons donc la journée par quelques coups de pédale, à la recherche d'un lieu sympa où petit déjeuner. Il ne faut pas bien longtemps pour le trouver : nous croisons sur notre chemin la chapelle de saint Samson. Un banc en énorme rondin : parfait ! Alors que nous fouillons les sacs pour sortir de quoi manger, monsieur ne trouve pas l'avocat que j'ai acheté hier. Serait-il perdu !? Où l'a-t-on oublié ? Ce sera le drame (tout relatif) de la journée...
La chapelle est fermée, mais un panneau nous raconte son histoire : « Édifiée en bordure de l'ancien chemin conduisant du bourg de Plouha au port de Bréhec et sensiblement à mi-distance, la chapelle de Saint Samson a une origine très ancienne. Elle est mentionnée sur les plus vieux titres de Plouha. La ferme de Kermouster (devenue Kersaozon) située à proximité, rappelle qu'il y a eu là un petit monastère dont la chapelle fut dédiée à Saint Samson, peut-être par des moines dolois.
Au XVIIe siècle, des mariages y étaient célébrés et des inhumations faites. Tombée en ruines, elle fut reconstruite avec ses deux ailes et bénie le 2 août 1732.
Vendue sous la révolution, la chapelle fut acquise par Guillaume Dolo et Marie-Anne Le Mezec qui en firent don à la fabrique (conseil paroissial).
Restaurée en 1885 et ses ailes supprimées, la chapelle présente actuellement un plan rectangulaire (...) Près de la chapelle on remarquait, jusqu'au milieu du siècle dernier, un pan de mur avec portillon et tourelle, seuls vestiges du manoir de Kersoazon construit à la fin du XVIe siècle.
Le pardon a lieu le dernier dimanche de juillet. »

Chapelle Saint Samson

Aujourd'hui, je n'ai pas de jambes. Ça tombe mal, c'est typiquement le jour où il vallait mieux en avoir ! Rien que pour arriver à Saint Quay il faut passer trois petites rivières - autant de descentes (chouette) et de remontées (sacrément salées). Heureusement, le soleil brille, la mer est belle, le coin est vraiment pas mal ! Une petite erreur d'aiguillage (qui nous coûtera quelques mètres de dénivelés supplémentaires) nous amène à la plage du Palus, qui bien qu'en galets, est du genre féérique ce matin - grâce à la lumière et le calme qui règne ici.

plage du Palus Arrivés à St Quay, nous prenons la pause derrière la plage du Châtelet, sur le « chemin de ronde » - drôle de nom pour une croisette ! Et là, surprise : à environ 500 m, on aperçoit des dauphins ! Ils sont 4 ou 5, et font des sauts dignes des parcs aquatiques... sauf qu'ils sont libres. Assez rapidement, un bâteau les repère et s'approche : raté, c'est justement ce qu'il ne faut pas faire (toujours laisser les dauphins s'approcher, mais ne pas aller à leur rencontre) et ils s'en vont.

Saint Quay

Saint Quay

Nous repartons aussi : quelques montées dans les villages proches de ces stations balnéaires, pour déboucher sur un Binic très ensoleillé. Nous nous installons sur une table près de la plage. Ça sent les vacances ! La lumière est ébouissante, la plage immense, les passants ne sont pas nombreux mais il y en a suffisamment, en particulier des enfants accompagnés par leurs grands parents, pour que ce soit un festif.

Binic

Nous reprenons la route pour une quinzaine de kilomètres qui montent, essentiellement - avec évidemment en bonus au début, toujours un petit passage à 15% qui oblige à pousser le vélo chargé. Prochain arrêt : Saint-Laurent de la Mer. Nous avons pour objectif d'aller saluer les propriétaires précédentes de notre maison... D'abord, essayer de retrouver la rue... nous nous souvenons qu'il faut d'abord rejoindre la place principale, celle avec la Poste : la voilà ! Il ne reste qu'à descendre vers la mer... une rue nous dit quelque chose... est-ce que ce serait pas cette maison, là, avec un fauteuil placé dans la marquise, et plein de livres ? On sonne. Dominique arrive par le garage - si je l'avais croisée n'importe où ailleurs que chez elle, physionomiste comme je suis je ne l'aurais pas reconnue. Ça tombe bien elle ne nous remet pas :
« - Je peux vous aider ? Vous êtes perdus ?... »
Quand nous lui révélons notre identité, quelle surprise ! Plutôt bonne semble-t-il, même si elles étaient sur le point de partir à la pêche à pied avec leur petite fille. Nous discutons néanmoins un bon quart d'heure avec Dominique, qui nous fait aussi un tour du propriétaire - elle a fait pas mal de travaux, qui se trouvent être à peut près les mêmes que ceux qu'elle a fait dans sa précédente maison : du lambris, un escalier de meunier pour accéder aux combles qu'elle est en train d'aménager (cette fois-ci avec de plus grands vélux), et une salle de bain (de bien meilleur facture). Mais cette fois-ci, c'est placo et non plus mur en chaux. Il faut dire que c'est une maison en parpaings : inutile de s'embêter à rénover à l'ancienne.

Il est temps de les laisser partir à la plage (d'ailleurs, c'est à peine si nous avons entre aperçus Monique), et nous de reprendre la route. Ici, nous avons une bonne idée de ce qui nous attend : Saint Brieuc, c'est tout en dénivelé. D'abord, le tracé nous fait passer par le port (tranquille !) puis on traverse la petite rivière (quelque peu envahie par les algues vertes sur ses rives) et là, on attaque une très belle côte. Sur la redescente, on croise un jeune cyclo rando à l'arrêt sur le bas-côté de la route (on ne peut pas vraiment appeler ça une rue, même si on est encore en ville), il trifouille sur la roue arrière de son vélo. Je propose à monsieur qu'on aille lui donner un coup de main (enfin, surtout monsieur, parce que moi je ne m'occupe pas - encore ? - de mécanique). Le gamin a la roue qui touche son porte-bagage... forcément, ça gêne pour avancer. C'est sans doute l'énorme côte qu'il vient de faire pour arriver là qui a achevé de faire jouer tout ce qui pouvait jouer sur le vélo (le VTT de sa mère !). Monsieur sort une clé, dévisse d'un côté de la roue, visse de l'autre, et la fait ainsi se déplacer un peu sur l'axe... assez pour que le porte bagage ne frotte plus, et, magie ! il semble qu'il n'y ait même pas besoin de régler les vitesses : il arrive toujours à les passer. On se quitte en se souhaitant bonne route !

Nous longeons ensuite le fond de la baie de Saint Brieuc... sous la chaleur, nous arrivons face à une déviation, qui nous oblige à prendre un sentier gravel, qui nous amène à un cimetière : sur le banc à l'ombre, juste à côté de l'entrée, nous prenons une pause bienvenue. Les quelques visiteurs nous saluent, ils ont tous très chaud, comme nous. Après cette petite pause, nous avons droit à 4 km de plat : c'est là que nous rattrapent les freaks de la selle ! Monsieur d'abord, qui sur le plat fonce bien qu'il soit en musculaire, suivi par madame, qui pédale sans effort sur son VAE. Nous les suivons dans la petite côte qui mène à Hilion, et là la différence est flagrante : monsieur sort les muscles et la cardio, il peine, alors que madame est détendue, elle pédale le dos bien droit, tout en avançant bien plus vite que lui. C'est à vous dégoûter du vélo.

Nous les laissons ici, où ils vont faire étape, et nous poursuivons. Plutôt que de dormir avant Saint-Brieuc comme prévu initialement, nous poussons ce soir jusqu'à Pléneuf Val-André, petite commune balnéaire avec un port de loisirs. Il nous reste donc 17 km à parcourir sur des petites routes tranquilles, avec des montées et des descentes certes mais pas excessives - heureusement, car la chaleur commence à nous avoir à l'usure. Arrivés à Val-André, nous passons le port, et nous dirigeons vers le boulevard qui longe la plage par l'arrière - c'est-à-dire la première rue sans la vue sur mer - pour faire les courses au supermarché.

Après quoi, il ne reste plus qu'à décider du camping où planter la tente... nous décidons d'appeler pour vérifier les disponibilités sans faire de kilomètres inutiles. Je commence par appeler celui situé le plus proche de la plage, et je tombe sur le répondeur qui se met à chanter « do yoooo do yoooo do yoooo Val André ? po po po pom, do yooo do yooo... » sur l'air bien connu des gendarmes à Saint Tropez. Je raccroche immédiatement ! J'appelle alors le camping du Minihy. Ça décroche tout de suite, la voix est accueillante, y'a de la place - nous n'avons plus qu'à remonter jusqu'à lui. Le camping est effectivement très tranquille : pas grand monde ici en cette saison. Le bloc sanitaire est tout confort, le proprio très aimable, il y a même deux emplacements spéciaux pour les randonneurs, assortis chacun d'une table de pique nique. Sympa !

Val André

Après l'installation et la douche, nous descendons avec de quoi manger jusqu'à la croisette locale - et c'est vraiment à cela que cela ressemble. Un joli front de mer de presque 2 km avec une plage en contre bas et une longue promenade en haut, avec des bancs tous les 10 mètres... que demande le peuple ? Du soleil, la mer bientôt pleine, un seul bémol : il y a un poil trop de vent pour que ce soit parfait (heureusement nous avons pensé à nous couvrir). On en profite pour appeler Étienne histoire de prendre des nouvelles. Après quoi nous marchons un peu sur la promenade en front de mer, puis rentrons sagement nous coucher : nous avons besoin de repos.

80 km en 6h
retrodor 6,11
carrouf 8
camping 19,31