Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

mardi 16 juin 2026, 21:20

vers Paimpol (finalement : Bréhec)

Jour 12 : mardi.
Aujourd'hui finit le repos, on reprend le vélo ! J'avais prévu un tracé hors EV4 pour découvrir une autre partie de la côte de granit rose, mais nous n'avons (je n'ai ?) plus envie de faire trop de vélo dans la journée. On reviendra avec nos pieds (et Partner) une prochaine fois pour découvrir tout ça une autre fois. Pour l'instant l'objectif, c'est de pas trop se dégoûter du vélo...

Départ du camping sur la route principale, vers Louannec : une fois passé le bourg, le tracé s'éloigne des grands axes pour leur préférer les petites routes de campagne. Après les premiers kilomètres de franche montée, la suite est longuement vallonnée. C'est interminable quoique généralement raisonnable - sauf, biensûr, quand on croise des petits cours d'eau. En particulier l'étang de Boisriou, situé à une douzaine de kilomètres de notre départ, nous offre certes une belle (et courte) descente mais surtout une belle remontée - je ronchonne.

Tréguier Vers le km 20, ça descend enfin vers Tréguier. Nous empruntons l'ancienne « passerelle Saint François » - restaurée et réouverte il y a quelques années après avoir été longtemps abandonnée et fermée. Nous jetons un petit coup d'oeil à la ville, qu'on sait déjà jolie. Côté ouest, une église désacralisée semble abriter un théâtre - c'est inattendu. Au centre, il y a du monde assemblé près de la cathédrale, et un corbillard : un enterrement. Je me dis que Pierre, notre maraîcher qui vient de Paimpol (« sur la route entre Paimpol et Tréguier » nous dit-il toujours) pourraît bien être là : non seulement le bonhomme est tellement loquace qu'il doit connaître tout le monde par ici, mais en plus il a l'âge auquel malheureusement on a tendance à avoir connu ceux qui disparaissent...

Nous posons les vélos pour quelques courses à une boulangerie : d'autres cyclos rando sont aussi arrêtés là. L'un d'eux avise nous selles en cuir, et me demande de quelle marque il s'agit... Je remarque aussitôt que ce monsieur a mis une protection sur la sienne - alors qu'il ne doit pas être arrêté depuis plus de quelques minutes ! Nous avons à faire avec un freak du matériel. Bon, si ce n'est que lui avoue avoir une Brooks - argh, sans doute il ne sait pas que ces selles anglaises sont made in China. Nous sommes quand même assez fiers de nous asseoir pour notre part sur du made in France !

C'est reparti, longeant le jaudy, la rivière voisine, puis le traversant par un pont assez fréquenté. L'EV4 bifurque immédiatement pour quitter la départementale au plus vite, mais nous envoie sur une montée affreuse. Ça grimpe encore jusqu'à Trédarzec : la petite église nous inspire, nous décidons de manger ici. Sur la table de pique nique à l'ombre et près des toilettes publiques ? Non, nous trouvons mieux : juste derrière l'église, sur un banc, en plein soleil (qui cogne).

Trédarzec

Trédarzec

J'essaie d'appeler Pierre, mais je tombe sur la messagerie. Nous n'avons cherché à prendre rendez-vous pour éviter toute contrainte, mais nous pensons profiter de notre passage pour essayer de voir sa ferme. Nous verrons bien, mais ça semble compromis.

Nous reprenons la route sous la chaleur et le soleil. Une belle descente nous amène à Lézardrieux, mais là en plein centre du bled, nous nous trompons de chemin ! Il faut dire que le panneau était bien planqué (absent, quoi) et qu'on a filé du mauvais côté - au hasard, celui qui grimpe (fort). Monsieur est en forme et grimpe devant, je fais ce que je peux pour suivre en y mettant de l'énergie et de la sueur (et une bonne dose de gromelage). Arrivés en haut de la côte... oh oh... les panneaux n'indiquent clairement que des directions qui ne nous intéressent pas, et il n'y a plus de petit panneau vert indiquant une piste vélo. Là je gromelle vraiment, et demi-tour !

Après avoir apprécié la descente (faut pas rester aigri !) nous arrivons au pont, franchissons le Trieux, et poursuivons tranquillement jusqu'à Paimpol tout proche. Sur notre chemin, un intermarché : l'occasion d'y faire nos courses pour ce soir. J'y trouve presque tout, sauf les bières 50 cl en canette alu (moins lourdes à balader en vélo que les bouteilles en verre). À tout hasard, je demande à un employé : ils ont tout bonnement retiré le rayon, qui d'après lui était sujet à la fauche, et aussi était prisés par un "certain type de gens qui consomment localement, derrière le magasin, provoquent des problèmes, font la mendicité et font fuir les clients". Bon, ça sent un peu le mépris de classe. Il paraît que les bières reviendront quand ils auront des antivols... Au final, je ne prends pas de bière.

Une fois dehors, j'explique ça à monsieur. Juste à côté de nous, une dame bien amochée (elle boîte) qui tend la main, nous indique que si on cherche des bières en canette alu, il y en a au carrefour market un peu plus loin. Une petite pièce pour remercier, et on se remet en route avant d'être envahis par d'étranges cyclos : des couples équipés de vélos électriques de marque, certains tractent une remorque à chien... voilà bien notre monde. Au carrefour, nous trouvons effectivement les dites bières ; j'en profite pour ajouter une glace - nous la dégustons sur le port tout proche. Hors festival, l'endroit est moins sexy.

Port de Paimpol

Il est encore tôt, nous décidons de ne pas nous arrêter à Paimpol, mais de poursuivre jusqu'au prochain camping. Toujours prêts à jouer un peu avec le feu ! En sortant de Paimpol, une déviation nous met dans l'embaras - c'est le moment que choisit Pierre pour rappeler ! Pendant que je discute avec lui au téléphone, monsieur discute avec un riverain qui nous voit arrêté, et nous donne un bon tuyau pour sortir du traquenard avec en un minimum de mètres parcourus (en passant par le parc de la résidence voisine). Nous passons donc rapidement devant le camping du Cruckin (où nous avions prévu de nous arrêter) juste à côté de l'Abbaye de Beauport (qui semble devoir être visitée, mais que nous snobons pour cette fois-ci).

Commence alors un très beau parcours au-dessus des falaises, avec une vue entre autre sur l'île de Bréhat, et toute la côte... Nous tentons de visiter au passage une petite chapelle (fermée) : la chapelle Sainte Barbe. Le blabla sur le panneau nous interpelle :
« Construite au XVIIème siècle, la chapelle est vendue en 1794, comme bien d'église. (...) En 1829 la chapelle est rendue à la Paroisse de Kérity, les propriétaires en ayant fait don au Conseil de Fabrique (note: c'est-à-dire le conseil paroissial, ancêtre du conseil municipal).
Son pardon a lieu chaque année le jeudi de l'ascension. »
S'ajoute à l'histoire du monument, l'histoire de Sainte Barbe : « Sainte Barbe aurait vécu au milieu du IIIème siècle après J.C. Quand son père voulut la marier, elle décida de se consacrer au Christ. Pour la punir, son père l'enferma dans une tour, mais un prêtre chrétien réussit à la baptiser. Furieux, le père mit le feu à la tour. Barbe réussit à s'enfuir, mais fut trahie par un berger qui prévint son père. Ce dernier la traîna devant le gouverneur romain de la province, qui ordonna au père de trancher lui-même la tête de sa fille. Elle fut d'abord torturée, puis son père la décapita. Châtié par le Ciel, il mourut frappé par la foudre. Quant au berger qui l'avait dénoncée, il fut changé en pierre et ses moutons en sauterelles. Quand les chrétiens vinrent demander le corps de la jeune martyre, ils ne purent en parler que comme "la jeune femme barbare", d'où le nom de sainte Barbara qui lui fut donné.
Sainte Barbe protège de la foudre, mais elle est aussi la patronne, le modèle et la protectrice des architectes, des géologues, des pompiers, des mineurs et autres corporations liées au feu. Sainte Barbe est aussi la sainte patronne de l'École Polytechnique. »

Mais pourquoi châtier les moutons ? Ils n'ont rien à voir dans cette affaire ! Bref.

Pointe de Minard

On roule sur la route des falaises. Ça monte et ça descend mais c'est correct, sauf biensûr sur le finish de l'étape : nous choisissons de nous arrêter à Bréhec. Vu de loin mais aussi sur les cartes, notre choix naturel se porte sur le camping des Tamaris, qui est plus près de la mer. Mais finalement, le premier sur notre chemin (au terme d'une belle montée) est le Varquez, situé sur les hauteurs. Grand bien nous en a pris : accueil sympathique, et belle piscine, qui une fois de plus à cette heure-ci et en cette saison, pourrait aussi bien être considérée comme privée vu que je suis la seule à m'y baigner ! Dîner sur une table de pique nique, puis promenade digestive jusqu'au bord de mer - en chemin, nous nous félicitons de ne pas avoir retenu le camping des Tamaris : nous constatons qu'il est en accès 100% numérique automatisé avec caméra de vidéo surveillance.

66 km 5h14 ; balise des 800 km dépassée sur la corniche
intermarché Paimpol 28
Carrouf city Paimpol 4,60
Camping avant Plouha 17,82