vers Quimper
Jour 7 : jeudi.
Ce matin, grand soleil. Depuis le temps qu'on rempacte tout notre barde chaque matin, nous sommes des pro du rangement et du repliage de tente. Un gars du camping nous observe, quasiment admiratif, assis dans sa voiturette de golf :
« Waow, vous êtes rapides !
- c'est clair, on pourrait gagner facile au championat du monde de repliage de tente ! »
Un brin d'humour et d'humilité, ça fait pas de mal pour bien commencer la journée. D'ailleurs, elle commence super bien : les vélos chargés, un court échauffement de 5 km nous amène au sémaphore de Beg Meil : petit déjeuner face à la mer, ciel bleu, mer calme, les glénans au loin... En plus ce matin, nos provisions se composent de brioche et tablette de chocolat noir, arrosé de jus de pamplemousse : luxe.
La journée vélo commence alors officiellement : la V45 longe certes la côte qu'on ne voit pas ou très rarement (car cachée derrière une dune que nous ne faisons pas l'effort de franchir), mais surtout un marais : c'est plutôt nature, et à nouveau très encombré de campings (heureusement que nous sommes hors saison). Juste avant Mousterlin, on se permet de raccourcir la route en coupant à travers le marais - c'est indiqué pour piétons, mais ça passe sans aucune difficulté à vélo. Après Mousterlin, le tracé tournicote dans tous les sens, à ne plus savoir où on est, mais il suffit de se laisser porter par le chemin : d'un petit panneau vert à l'autre, nous voici à Bénodet. Avant d'entrer dans la ville, nous faisons une pause sur la corniche de Groasguen. Puis nous traversons la ville au plus près de la côte - sauf au niveau de la plage, où la piste cyclable est renvoyée du côté des voitures afin de réserver le trottoir aux piétons. On imagine assez facilement les accidents qui ont du avoir lieu quand l'espace était partagé... il est des usages qui ne peuvent pas cohabiter : un vélo n'a pas à ralentir ni encore moins mettre pied à terre, mais un piéton n'a pas à être mis en danger par un moyen de locomotion plus rapide, quel qu'il soit. Nous sommes pour prioriser les utilisateurs de l'espace public par leur fragilité. La règle serait simple : le plus fragile est prioritaire. En découle une gradation, du plus au moins prioritaire : piéton, vélo, moto, voiture, camion.
Bref, le temps de réfléchir à tout ça tout en pédalant, nous sommes au port de Bénodet, et quittons la ville par l'anse de Penfoul. Nous voici maintenant sur une départementale fréquentée et en légère montée - heureusement, une voie est réservée aux vélos, mais celle-ci se termine évidemment quand les choses se compliquent, c'est-à-dire quand on arrive au pont : là, non seulement on sent la pression des voitures qui ne pensent qu'à nous tailler un short, mais en plus, comme tout grand pont qui se respecte, la montée s'accentue fortement en début de pont. C'est qu'il faut bien franchir l'Odet ! Voilà, quand c'est fait, on est quand même soulagés. Il ne reste qu'à traverser Sainte-Marine (?!) et longer la plage de Kermor jusqu'à arriver aux abords de l'île Tudy. Là, pause déj ! Je pose le vélo sur un des bancs libres, face à la mer - il y en a une bonne dizaine dans le coin, tous libres. Mais visiblement, celui-ci devait être particulièrement attirant : une vingtaine de randonneurs à pied s'attroupent et parlent de manger juste là ! Bravo la tranquilité... on reprend le vélo et on se déplace de 50 mètres.

Pour un peu, après avoir mangé on serait restés là à faire la sieste. Soleil, petite brise, vue magnifique... mais bon, c'est l'idée d'un tour à vélo : on est toujours sur le vélo (m'enfin, c'est comme ça qu'on fait, nous - on n'arrive pas à rester plus de 30 min à la même place). Alors, c'est reparti. Une dizaine de kilomètres plus loin, nous voici à Pont-l'abbé : cette ville et son emblématique Pont Christ nous avait déjà plu, elle nous plait encore ! Nous faisons un petit tour dans le centre, avisons un super U où nous faisons quelques courses pour les pauses, le petit déjeuner de demain et surtout... la pause de maintenant ! Retour au pont avec de quoi faire une pause avec des glaces vanilles sur bâtonnets - c'est un peu l'orgie, il y a 4 parfums d'enrobage chocolat... noir, lait, lait aux éclats d'amandes, et blanc. Après ça, inutile de dire qu'il va falloir pédaler pour éliminer !

Justement, nous sortons de Pont-l'Abbé non pas par le sud (tracé de la V45 en direction de la pointe de Penmarc'h) mais par le nord : sur l'ancienne voie de chemin de fer qui mène à Quimper. S'en suit une vingtaine de kilomètres plutôt faciles, presque agréables avec un panorama de champs et de campagne. Seul bémol : au niveau de Kerbenhir, pas bien loin de Quimper, la voie fait l'objet d'une déviation - des travaux, sans doute. Sauf qu'elle est très mal indiquée, et nous nous retrouvons avec d'autres cyclos complètement en vrac dans une circulation pas du tout cycle-friendly... Nous retombons un peu plus loin sur nos pattes - et effectivement, la piste ici est toute neuve ! Sauf que c'est le GPS qui n'est pas très content : il semble que nous ne soyons plus sur le tracé prévu initialement. Je n'y prête pas trop d'attention, puisque la route, la vraie, celle sous nos roues, est belle et file visiblement droit sur Quimper. Sauf qu'une fois arrivés dans Quimper, ça se complique : comment rejoindre le camping alors que nous avons l'impression de ne jamais être là où le GPS nous dit... hey ! Mais ?... C'est le GPS qui se trompe, évidemment ! Après avoir redémarré le téléphone, voici que la cartographie colle beaucoup mieux avec la réalité ! En quelques coups de pédales, nous voici arrivés au camping.
C'est la première fois que nous campons dans une aussi grande ville - et dans un camping municipal aussi prêt d'un centre ville. La femme qui s'occupe de l'accueil est chaleureuse, même si le camping est complet ! Elle parle avec la voix rauque des gens qui ont trop fumé, pendant toute leur vie. Elle nous propose de planter la tente sur un petit bout de terrain, soit juste derrière l'accueil, soit au pied de l'immeuble des gendarmes - on prend l'option n°1. Sitôt dit, sitôt fait, puis direction la douche. Côté toilettes, pas de PQ, mais un des chiotes est à la turque (le must du vintage !). Le bloc sanitaire est vétuste à en faire peur - à tel point que l'espace d'un instant, on a l'impression qu'il n'y a même pas de douches dans ce camping ! Mais de l'autre côté du bâtiment, c'est magique : deux douches pour ces messieurs, deux douches pour ces dames, carrelées en dur, spacieuses, propres, et ... avec de l'eau chaude ! C'est la première fois que l'eau - sans être au niveau « homard rouge » - est aussi chaude depuis le début de notre tour.
Nous avions prévenu Patrick à notre arrivée au camping, et il vient nous chercher avec son énorme pick up - pour la peine, c'est nous qui sommes un peu en retard, on a j'imagine un peu trop abusé de la douche ! Lui n'a pas changé, toujours aussi symap et bavard. Il nous amène chez lui, nous fait visiter et raconte tous les travaux qu'il a fait depuis 2 ans - il l'a sacrément bien retapée, c'est bien fait, coloré et toujours avec goût. D'ailleurs, il remet déjà en vente sa nouvelle maison ! Cette fois-ci, il dit hésiter entre Tahiti et l'Algérie. Sauf qu'en fait il a déjà décidé : Tahiti, il a déjà fait. Maintenant, il part découvrir l'Algérie ! Du côté de Sétif. Nous restons absolument admiratifs devant sa capacité à toujours repartir et se relancer. Ce mec est infatigable ! Par contre nous, vers 22h on commence à largement sentir la fatigue... Patrick nous ramène au camping, et il faut pas longtemps pour qu'on dorme à poings fermés.
67 km 5h00 vers Quimper
Super U Pont l'Abbé 11,37
Camping municipal de Quimper 11,69