Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

lundi 8 juin 2026, 21:20

vers Lorient

Jour 4 : lundi.
Hier, le camping de Ste Anne d'Auray étant fermé (définitivement et depuis peut-être 2 ans maintenant, nous dit-on à Kergo, bien qu'il semble que la nouvelle équipe municipale souhaite le réouvrir cet été), nous avons du choisir un camping 15 km plus au sud de la route prévue initialement. Inutile de penser retrouver le tracé préparé soigneusement avant de partir : nous allons improviser, et même en profiter pour passer par le sud - c'est l'occasion ! Car en préparant l'itinéraire, je m'étais refusée cette option... essentiellement faute d'avoir obtenu toutes les informations nécessaires sur les deux traversées en bateau qu'elle comporte, et surtout doutant de leurs horaires. Mais franchement, il faut savoir reconnaître quand le destin se propose de vous remettre sur les rails !

Le nouveau plan, c'est donc de passer par Étel, traverserla rivière grâce au passeur, puis rejoindre Port Louis, d'où on peut normalement traverser grâce au réseau de transport de Lorient pour le prix d'un billet de bus. Pensez donc, la dernière fois qu'on avait envisagé aller par là-bas, j'avais commandé des cartes Korrigo (la « carte de billettique multimodale utilisée en Bretagne », dixit wikipedia... ) juste pour prendre ce bateau ! Et ces cartes, j'ai pensé à les prendre avec nous cette année - juste au cas où. Sans que je sache comment les charger, mais bon, il doit bien y avoir des bornes, ou un truc comme ça ? On verra.

Ce matin, nous quittons le camping sous un ciel gris, annonciateur de pluie. Direction, Ploërmel toute proche : nous y sommes en deux coups de pédales. Au centre, un camion-nacelle est garé tout contre l'église, sa nacelle dépliée ou bout d'un très long bras : deux ouvriers nettoient le clocher des herbes et arbustes qui y poussent. C'est la première fois que je vois un tel entretien ! Nous sortons du bourg en traversant la voie ferrée, et retrouvons aussitôt la V45 qui longe un parc - c'est là que nous avions mangé sous la pluie ! La voie zigue zague sur des petites routes, pour nous amener sur une piste cyclable qui longe une départementale affreuse. Cet endroit n'est pas beau mais mémorable (par sa médiocrité, justement) et est resté dans nos mémoires. Il permet malgré tout d'arriver très rapidement à Erdeven, où nous comptons faire des courses. Plutôt que de s'éloigner du tracé pour rejoindre un supermarché, nous choisissons le petit coccimarket qui a l'avantage d'être sur notre chemin.

Nous n'avons pas le temps de pédaler plus de 200 m ni même de sortir de Erdeven qu'il se met à pleuvoir copieusement. Nous nous abritons sous un grand arbre dont les frondaisons dépassent son jardin et abrite aussi le trottoir, et pour plus de précautions, nous sortons aussi notre K-Way. Nous patientons 5 minutes que le plus gros passe, puis quand ça se calme un peu, nous partons. Évidemment, ça s'énerve à nouveau avant même qu'on arrive à Étel, d'ailleurs, ça ne s'arrange pas du tout ! Il est midi et ça drache fort, avec vent fort en provenance du sud ouest... Que faire ? Nous avions envisagé de manger au bord du plan d'eau... et nous voyons que deux tables sont déjà occupées, malgré la pluie ! Décidément, les bretons ne reculent devant rien. Faisons pareil : nous avisons une table relativement protégée par des arbres, et allons nous y installer. Sur le plan d'eau, deux jeunes gens débutent en planche à voile - quelle drôle d'idée de s'entraîner avec un vent si violent quand visiblement, ils ne maîtrisent pas du tout leur voile ! C'est gamelle sur gamelle...

Le déjeuner finit, nous nous déplaçons sous d'autres arbres aux branches plus épaisses, ... nous passons un peu le temps, nous attendons une accalmie promise par Météo France - son service de prévision des averses à 5 min près est toujours appréciable dans ces cas là ! Quand la pluie se calme effectivement, sans toutefois s'arrêter encore, mauvaise surprise : une énorme chiasse de pigeon orne la selle (heureusement protégée par un « slip » en plastique) et le sac sanglé sur le porte bagage. Beurk ! Vite, du PQ pour nettoyer tout ça... et quitter vite le dessous des arbres ! Quand on y pense, on aurait certes préféré que ce pigeon vise un peu plus loin (à 10 cm près, c'était sur le sol...), mais on se dit aussi que ça aurait aussi pu être bien pire (vu que nos têtes étaient juste à 50 cm de là...).

Il suffit de longer la pièce d'eau, et nous voici au port. D'abord, identifier le bout de quai où accoste le passeur - pas trop compliqué. Sur son panneau, on croit d'abord à une blague : il faut agiter un petit drapeau jaune pour faire signe qu'on veut traverser. Inutile de se fatiguer : il n'est pas encore 14h... il ne reste qu'à attendre le début du service. Deux randonneurs (à pied) se joignent à nous dans notre attente. En face, de l'autre côté de la rivière, on voit bien le bateau du passeur, mais toujours personne. Je trouve sur internet la compagnie qui opère, et appelle. On me dit que le marin sera bientôt là. Hum hum. Nous, ça fait un moment qu'on se pèle les miches à Étel : on voudrait vraiment pouvoir traverser et passer à autre chose !

14h30 voici qu'en face ça bouge : le marin a rejoint son bateau ! Houra ! Le voilà qui arrive vers nous. Nous embarquons tous les quatre, payons la modique somme de la traversée, et en quelques minutes, nous sommes de l'autre côté. Le marin est sympa, c'est juste que ce matin il n'y avait personne et qu'il ne s'est visiblement pas pressé pour revenir à son poste qui ces temps-ci est... « contemplatif », d'après ses propres termes. Il nous conseille de rejoindre Gâvres plutôt que Port Louis à vélo, car la petite bande de terre entourée d'eau nous laissera plus de souvenirs qu'une énième route à travers la campagne. J'entends, et vérfie d'abord qu'on pourra bien prendre le bateau pour Lorient depuis ce point encore plus éloigné : comme on est déjà à quai, il regarde lui aussi sur son téléphone et me crie « ligne B4 !! ». Alors oui, on peut faire Gâvres - Port Louis en bateau, c'est noté, tentons ça.

La pluie a cessé, mais le vent souffle encore fort. Nous pédalons dans la campagne en direction de Plouhinec - car apparamment d'après la carte, impossible de se rapprocher avant de la mer. Nous sommes un peu intrigués, et rejoignons la plage dès qu'on peut : une route en cul de sac mène à la plage du Magouëro. Et évidemment, si on ne peut pas longer la côte entre cette plage et le début de la langue de terre qui mène à Gâvres, c'est que c'est un terrain militaire ! Un complexe de tir... mazette. Nous allons voir la mer, puis remontons à vélo vers notre objectif. Nous passons à côté d'une base militaire (fusilliers marins et commandos, s'il vous plaît !) et arrivons au début de cette langue de terre qui mène à Gâvres. Sauf que le vent ici, qui vient de l'océan sans rien pour l'arrêter, souffle très fort, et contre nous. Il n'y a peut-être que 5 km à parcourir, mais c'est assez peu tentant... d'autant que la mer est basse, et que la baie de Locmalo est donc juste une étendue de vase. Ce n'est pas l'idéal pour le dépaysement et le côté « langue de terre au milieu de la mer ».

Allez, demi-tour, remontons plutôt vers Port Louis. En passant à nouveau devant la base militaire, une vision un peu étrange : un militaire qui pisse en se grattant les fesses... Bref. Il faut passer par Plouhinec pour rattraper une bête départementale, et entrer dans Port Louis. Au niveau de la plage de la Côte Rouge, orientée plein sud vers Gâvres, nous prenons une pause goûter au soleil... La journée a beau avoir été courte, la pluie et le froid nous ont quand même bien entamés. Nous faisons ensuite un petit tour en vélo dans la petite ville, avant de rejoindre le port. C'est du quai principal que part la navette vers Lorient. Un panneau nous inquiète : il faut apparamment payer avec une CB sans contact (on n'a pas de sans contact) ou une application mobile (on n'a pas de compte google sur notre téléphone : elle ne fonctionnera pas). Hum hum. On verra ?

Les horraires sont vraiment pas mal : il y a deux navettes par heure. Il n'y a donc pas trop à attendre, et d'ailleurs la traversée a du succès : au moins une trentaine de personnes ont embarqué, dont une dizaine de vélos. La plupart ont leur titre de transport habituel... Finalement aucun problème : on peut régler la traversée en liquide. La navette nous dépose au port de pêche. Le temps de se remettre en selle, de lancer le GPS et nous voici partis en ville. Il semble que Lorient propose des pistes cyclables absolument partout ! Nous suivons donc les grands axes... dans le centre, les vélos et les bus sont même prioritaires sur tout le reste ! Ici, une fois n'est pas coutume, ce ne sont pas les voitures qui nous font le plus peur... mais le comportement des vélos électriques, qui surgissent de partout, coupent les trajectoires, se faufilent à une vitesse impressionnante. Nous arrivons chez avec seulement 5 minutes d'avance sur l'horraire prévu. Elle arrive elle-même dans la foulée : les vélos dans le local vélo, les saccoches avec nous, nous sous la douche, ... Hop, une agréable soirée entre amis peut commencer ! :-)

44 km en 3h26
Coccimarket 9,30
Passeur 8
IziLo 3