Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

dimanche 7 juin 2026, 21:20

vers Ste Anne d'Auray

Jour 3 : dimanche.
Le vent est tombé dans la nuit, ce matin est tranquille, mais gris - en contrepartie ? Sans pourtant être trop matinaux, comme c'est dimanche et que nous sommes les seuls vélorando du coin, nous sommes les seuls à nous activer ce matin pour ranger et plier le barda : tous les campers et autres véhicules somnolent encore...

Vers 9h nous prenons notre petit déjeuner sur le même banc (ou presque) que la veille. Le monsieur qui a le même vélo Riverside rouge vient à passer avec son chien : il constate qu'effectivement c'est bien le même, bien que celui d'Antoine ait été il faut bien l'admettre, quelque peut modifiée !

Bon, c'est parti ! Aujourd'hui nous quittons pour quelques temps les grandes véloroutes officielles, histoire d'aller un peu plus vite. D'abord, ressortir de la Roche Bernard par le haut : hop, direct une grimpette sans avoir le temps de trop s'échauffer... car nous partons par le pont - les ponts, encore un genre de route qui nous fait flipper, car ils sont très rarement prévus de telle sorte que les vélos roulent en sécurité à côté des voitures. Celui-ci n'est pas trop long ni trop fréquenté à cette heure-là : ça passe sans encombre... puis hop, nous quittons immédiatement la route principale : descente tout schuss sur une route qui plonge à travers bois pour passer sous la voie express. Nous sommes suivis par une bande d'une dizaine de motards qui nous doublent un à un, et certains nous saluent sympatiquement, dans le style « potes en deux roues ». Juste après être passés sous la voie express, un tourne à gauche un peu raide permet de rejoindre une voie vélo locale qui relie la Roche Bernard à Muzillac par le réseau secondaire et le tracé d'une ancienne voie ferrée. Bon plan !

Après le bourg de Muzillac, l'ancienne voie ferrée continue mais prend maintenant le nom de V45 : retour au tracé officiel du tour de Bretagne. Nous prenons un pause peu après, dans une zone boisée qui propose des tables de pique nique. Un rouge gorge s'approche au plus près, presque prêt à tout pour grapiller quelques miettes !

un rouge gorge très familier

Plus ou moins à partir de Ambon, c'est une partie du tracé que nous avons déjà suivie dans le passé, en venant par Questembert - nous avons donc une petite impression de déjà vu. En particulier, au niveau de la traversée de marrais. Un peu après, le tracé suit le réseau secondaire de telle sorte qu'il est bien difficile de savoir vers où on va : un coup à droite, un coup à gauche, plein sud, ouest, plein nord... sans le GPS on pourrait facilement se croire perdus. Nous dépassons une pommeraie où les arbres sont arrosés (cela nous avait choqué à l'époque... nous nous en souvenons parfaitement !) puis une station d'épuration (en vélo, on voit tellement de choses inintéressantes qui passent inapperçues...), puis une chapelle - hey, stop ! Pour une fois qu'il y a un truc mignon sur le chemin.

Les vélos posés en vrac sur le muret tout proche, nous allons voir la chapelle Sainte Hélène (elle a aussi une petite fontaine qui lui est dédiée en contre bas). La porte est ouverte, je rentre. Dedans, c'est simple mais pas non plus quelconque. Je m'approche de l'autel et constate qu'une hirondelle cherche à sortir : elle s'entête à voleter contre le vitrail de gauche... J'ouvre un petit portillon qui protège la zone dédiée au clergé, et m'approche : le vitrail n'est pas très haut, et en montant sur le banc juste en dessous je peux atteindre l'oiseau - qui évidemment prend peur, et change de vitrail plutôt que de sortir. Maintenant, l'hirondelle volette sur le vitrail opposé ! Carramba, raté ! Alors rebelote : je monte sur le banc de droite. J'essaie de la prendre dans ma main, mais elle ne se laisse pas trop faire... forcément. Comme les choses sont bien faites, j'avise une sorte de petit panier en métal posé au pied du banc : parfait ! Je piège l'hirondelle avec et la décolle du vitrail. Dans la chapelle, une seconde hirondelle est entrée, et elle tournoie en poussant des petits cris - je pense que maman encourage le petit égaré à la suivre... et voilà, il s'envole et la suit ! Elles sont sorties. Antoine me taquine et me surnome Ste Florence, Sainte patronne des animaux.

l'entrée vue de dehors

l'entrée vue de dedans

Il ne reste que quelques kilomètres pour Surzur, petit bourg où on s'installe pour manger sur un banc devant l'église, en plein centre du bourg. Quelques paroissiens s'attardent un peu, ils ont l'air un peu trop endimanchés : un baptème, peut-être ? La boulangerie est encore ouverte et attire quelques derniers clients, mais pour la fleuriste c'est l'heure de fermer boutique. Imperturbable, nous dégustons une boîte de sardine avec du pain - une nouveauté dans nos piques niques, et ça nous plaît bien cette année. Nos préférées : celles au piment !

En sortant de Surzur, on ne suit pas le tracé de la V45, trop tortueux, nous filons droit sur Theix. Nous y retrouvons la V45 que nous suivons jusqu'à Vannes : Nous bifurquons plein nord au rond point d'Arcal (?!) vers le cimetière de Calmont. Qui dit cimetière dit bancs, qui dit banc dit pause : on s'arrête pour prendre un peu d'eau et un mini brownie. On voit passer quelques badeaux, en famille, bon enfant, avec des maillots de quoi : foot ? rugby ? oui, rugby : du RC Vannes. Certains ont un petit drapeau breton qui dépasse du sac à dos (et là on pense fort à la chanson des Fatals Picards). Y'avait quoi aujourd'hui ? On découvrira un peu plus loin dans Vannes, sur les panneaux d'affichage de la ville, que le club vient de gagner la finale de D2 : ils entre dans le Top 14 l'année prochaine ! Alors forcément, ça doit être la fiesta.

De notre côté, on ne fait que passer : on longe le port, puis on essaie de passer par le centre. Comme il fait beau et qu'on est dimanche, il y a un paquet de gens qui baguenaudent, alors on évite la voie piéton principale (qui avait l'air bien sympathique), et remontons (au sens figuré : en montée !) l'avenue qui mène à la mairie, même si avant tombée dessus on fait un petit détour justement par le centre (dont les routes sont pavés : vélo pas welcome). Devant la mairie, des originaux (ou une troupe qui s'entraîne ?) sont déguisés en costume grand siècle (crénoline, ...), ont branché de la musique sur haut parleur (il me semble reconnaître Offenbach) et dansent en cadence.

Encore quelques centaines de mètres en zone péri-urbaine, à la fois aménagée pour les vélos et à la fois délicate à traverser (voitures omniprésentes et pressées, feux rouges pour vélos, traversées et inversions de voies...), et nous arrivons au début de la voie verte qui relie Vannes à Sainte Anne d'Auray, notre destination. Au début, c'est un tracé typiquement pour une sortie du dimanche (ça tombe bien, on est dimanche) en famille : un parc de jeux, des arbres, ... Mais rapidement, c'est du n'importe quoi : des descentes en épingles pour remonter de la même façon juste 50 mètres après, et des traversées de zones marécageuses (asséchées en cette saison) sur des pontons en bois qui tous, sont précédés d'un panneau : « CYCLISTES, PIED À TERRE »... est-ce vraiment une voie vélo ?! Du côté du Moulin de l'Évêque (à 6 km environ de la fin de cette voie), on craque et on prend la départementale 19 qui passe par Mériadec. Hop, là c'est tout droit, plus de pontons, plus de montées inopinées à 15% (même si ça grimpe encore bien) : on arrive à Ste Anne d'Auray rapidement, sous le soleil, fatigués mais contents d'arriver. Nous traversons la petite ville en direction du camping, pour un finish vers 17h30. Pas mal !

Sauf que le camping a l'air complètement mort. Les emplacements sont tondus, pour certains en tout cas, mais l'accueil est fermé et ne semble pas avoir été ouvert cette année. Les portes du bloc sanitaire sont fermées. Hum hum. La batterie du téléphone est bientôt vide : les bornes électriques fonctionnent ! Hee ha : déjà, chargeons le téléphone, et avisons. Pour tenir conseil correctement, nous grignottons des bretzels. Personnellement, je suis assez fâtiguée et carrément prête à planter la tente ici, pisser dans le bois, et ne pas prendre de douche. Monsieur lui veut un camping, un vrai, un ouvert, avec une douche ! OK. Regardons la carte, cherchons un camping, et appelons. Nous en trouvons seulement au sud côté plages (je le savais déjà : plus au nord, rien), et en choisissons un au sud de Ploermel : le camping de Kergo. Il faut remettre 15 km dans le compteur.

Alors, dès que le téléphone a assez de batterie, c'est reparti ! Il est un peu plus de 18h. J'ai branché le GPS, et chaque fois qu'un kilomètre est effacé, j'annonce : « plus que xxx kilomètres ! » et ça m'aide vraiment à remettre un regain d'énergie. Nous fonçons sur les pistes cyclables des environs d'Auray, traversons la ville par la gare, reconnaissons quelques lieux au passage (souvenirs...), rejoignons pour un temps la V45 (encore elle !) que nous lâchons à Guervec pour nous échapper vers la route de Quiberon... c'est-à-dire une départementale hyper passante. Heureusement nous ne l'empruntons pas longtemps : au premier embranchement à droite, nous fuyons à l'anglaise par les petites routes et arrivons au camping. Ouf !

Même si nous avons vraiment bombé et qu'il est à peine plus de 19h et des poussières, comme prévu (nous avions prévenu de notre arrivée un peu tardive) l'accueil est fermé. Conformément aux indications qui m'ont été données, je rappelle pour prévenir de notre arrivée : un homme vient nous accueillir, nous enregistrer et prendre le paiement, et prend aussi le temps de nous accompagner jusqu'à la cabane de l'accueil vélo dont il nous donne les clés - à l'intérieur, des chaises, et des prises électriques pour charger le téléphone. Luxe. Nous choisissons notre emplacement, il nous souhaite une bonne soirée, et nous commençons à déballer.
« Tu sais qu'on n'a pas de bières ?...

  • ... ?
  • Il y avait des bières et du cidre à l'accueil, t'as dit qu'on n'avait besoin de rien...
  • Mais nan ... la c****.... Tu crois que c'est pas abuser de le rapperler !?
  • Meuh non. »
    Hop, et me voilà à rappeler et à retourner à l'accueil, acheter une bouteille de bière et une bouteille de cidre (pourquoi choisir ?). Pendant ce temps, Monsieur monte la tente, sort des chaises, nous installe au soleil. Nous prenons notre douche (mi-chaude... mais surtout à température variable) dans un bloc sanitaire qui, une fois de plus, comporte du PQ. C'est con à dire, mais vu que certains campings n'en proposent plus, nous sommes agréablement surpris de voir que jusqu'à présent, nous n'avons pas eu à utiliser notre mini-réserve de PQ.

Antoine a mis les chaises au soleil, et pas n'importe où : dans une vaste prairie arborée, qui peut être en été est envahie de campers, mais qui présentement est vide et enchanteresse. Une chaise pour table, deux autres pour s'asseoir, du sauciflard de Régis Senan « la charcuterie des druides » qui est notre référence pendant nos tours Bretagne tout simplement parce qu'il n'y a pas de nitrite dedans (et que c'est bon aussi, évidemment). Le temps de dîner, et le soleil nous quitte déjà. Ensuite, nous prenons à peine le temps de faire le tour du camping, d'aller se brosser les dents, et hop, au lit : après une journée comme ça, le sommeil n'attend pas.

89 km en 6h34
vu : la voie Vanne > Ste Anne est naze : ne JAMAIS la refaire.
camping Kergo à Ploermel 16,20
boissons au camping 7,50