Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

samedi 6 juin 2026, 21:20

vers La Roche Bernard

Jour 2 : samedi.
Le tracé du jour est l'exact inverse de celui d'hier : d'abord, du plat pendant près de 80 km le long du canal, et pour finir tout le dénivelé dans les 15 derniers km. C'est un gros kilométrage, mais qui semble complètement possible grâce à la grande partie plate : j'espère bien abattre ces kilomètres plats à environ 20 km/h.

Quand nous partons petit déjeuner, Patricia est prête depuis longtemps, mais elle attendait sagement à l'abri offert aux randonneurs que la météo soit plus clémente - ce matin, l'averse attendue est effectivement tombée à l'heure annoncée... Nous avons donc la chance de la saluer avant son départ. Nous discutons ensuite avec un couple de marcheurs qui remontent vers le Mont Saint Michel, et peut-être plus loin, si les douleurs dans le dos de Madame s'estompent... C'est ensuite à notre tour de partir - le ciel, bien qu'encore gris, n'est plus menaçant. Nous quittons Bourg-des-Comptes par la petite place où nous avons mangé la veille au soir, via une petite passerelle qui traverse la Vilaine. Le début du parcours est buccolique, avec souvent des roches sur la rive opposée, à minima des hauteurs boisées. Toujours présente, d'un côté ou de l'autre, la ligne de chemin de fer... Nous prenons une première pause à Guipry-Messac après 18 km.

l'écluse de la Molière

Guipry

Le vent souffle de plus en plus fort, nous devons fournir toujours plus d'effort pour avancer à une vitesse correcte qui ne s'approche en rien de mon pronostique... Vers midi, à l'approche du port de Beslé, je réclame une pause déjeuner : je n'en peux plus ! Après avoir sorti puis rangé les K-way en chemin pour une courte ondée, le soleil joue à cache avec des nuages blancs - et ne réchauffe pas vraiment. Difficile pour lui aussi de lutter contre le vent !

Il faut reprendre : on a fait seulement la moitié de la partie plate, sans compter qu'ensuite ça grimpera ! J'ai vraiment du mal contre ce gros vent, et surtout avec des rafales de 50 km/h qui nous freinent fortement. Quand je demande à quelle vitesse nous avançons, la réponse m'atterre : 17 km/h en pointe, et 12 km/h quand une rafale se pointe. Et cette vitesse d'escargot, c'est en mettant le paquet d'énergie ! Ce soir, on va bien dormir, c'est sûr...

Un peu avant le 60e kilomètre, nous sommes aux portes de Redon - ou plutôt, à ses pieds : le chemin de halage longe ici un mur derrière lequel se trouve le Boulevard de Bonne Nouvelle (!...). Un banc nous tend les bras, nous y posons les fesses et on fait péter les mini-brownies. Remis en selle, nous entrons dans Redon, et c'est plutôt du mauvais pied : déviation ! Nous nous retrouvons à grimper une côte avec les voitures, puis à devoir se retouver comme on peut avec le GPS parce que bien sûr la déviation vélo, elle n'est pas indiquée. On se retrouve à traverser une zone d'activité un peu glauque - après vérification, si si, c'est bien le chemin qu'emprunte la voie vélo V42... - pour finalement traverser l'Oust, puis une zone commerciale cette fois-ci, où les voitures ont visiblement envie de nous abattre !... Quand on rejoint la voie vélo en site propre le long de l'Oust, c'est pour s'appercevoir qu'il s'agit d'une voie gravel (pour ne pas dire une voie gravillonnée à l'abandon et complètement défoncée). Dès l'entrée, nous croisons deux vélos qui en reviennent : le premier, un vieux monsieur, nous crie « la piste est en très mauvais étaaaat ! » et effectivement, nous voilà partis pour quatre kilomètres de n'importe quoi, sans possibilité de s'échapper vers le réseau routier avant le bled de Rieux.

Là, à Rieux, nous reprenons la départementale : mieux vaut encore prendre le risque de se faire renverser par une bagnole que de continuer cette mauvaise blague le long de l'Oust ! Nous passons un pont à Cran, et reconnaissons le passage étrange qu'on a déjà emprunté il y a quelques années... j'ai comme l'impression que nous avions déjà à l'époque le vent contre nous ! Le parcours tire des bords à angle droit le long de l'Oust à travers des champs qui semblent plus ou moins abandonnés. Nous sommes soulagés quand nous en voyons le bout - nous venons d'ajouter à la liste du jour encore 7 km bien déplaisants. Courage, nous voici enfin aux 15 derniers km avec dénivelé !

Les deux premières côtes se passent, mais la 3ème ravive largement mes souvenirs : elle commence par une magnifique descente vers le petit cours d'eau du Rofo, mais après avoir perdu 30 m d'élévation, il faut en regagner 40 ! La, je craque et je finis à pied en poussant... Il y a encore 5 ou 6 petites montées, avant d'affronter la dernière : juste après avoir traversé la voie express de Nantes à Brest (beaucoup moins buccolique que le canal du même nom), il s'agit de remonter encore de 30 m avant de descendre vers les berges de la Vilaine, en plein de coeur de la Roche Bernard. Ouf, c'était la dernière, et nous voici arrivés au camping - qui a l'air bien plein déjà. Heureusement, il y a largement de la place pour nous... La jeune fille à l'accueil me propose d'aller choisir un emplacement, mais je n'ai pas le courage : j'accepte celui qu'elle m'attribue. Une fois sur place, nous changeons d'avis : la pelouse est toute râpée sur celui-ci ! Nous prenons une place voisine et retourne l'en informer : elle enregistre la modification avec un grand sourire. Soleil, sourire, que demande le peuple ?

Nous plantons la tente, nous installons, puis plaçons les cadenas sur les vélos : nous voilà partis à pied dans la petite ville, par le centre, pour visiter un peu et faire notre ravitaillement habituel. Le bourg est tout en dénivelé, c'est mignon et plein de charme. Nous atterrissons au Carrefour market, non sans nous être étonnés de la présence d'un mini carrefour à moins de 100 m de là sur notre chemin. Étrange politique de canibalisme intra-marque... bref. Nous trouvons tout ce dont nous avons besoin, et rentrons avec en prime une petite balade par la rue de la Quenelle, et une petite grimpette sur les rochers de la défense du vieux port, pour son panorama.

la Roche Bernard

Panorama

À côté de notre emplacement, un nouveau venu s'installe et débarque son matériel de son petit van. Surprise : « Monsieur, vous avez exactement le même vélo que moi ! » Et hop, on papotte. Son précédent vélo ayant cassé et la réparation étant trop coûteuse, il s'est acheté celui-ci pour 40 euros.

Il est largement l'heure de manger. L'endroit étant toujours éventé, nous partons donc bien couverts choisir un banc avec vue sur le port de plaisance. Ce soir, comme prévu, nous ne faisons pas de vieux os : au dodo !

95 km 6h34
vu : la v42 est naze entre redon et le pont
camping 11,30 (PQ, bloc sanitaire OK, eau presque chaude)
carrouf 31,40