Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

jeudi 5 mars 2026, 21:28

Com' com'

Nous avons assisté au Conseil Communautaire du 05 mars 2026. Le dernier de l'année. Un ami nous a fait suivre le rapport de présentation quelques jours avant, nous précisant que ça parlerait assainissement... un mail à la presse, un mail à tous les maires (aucune réponse), prêts ?

On arrive en avance, il est à peine 17h50 pour rencontrer un journaliste un peu avant. Le lieu de RDV, au CALM (Comme à la maison), est... fermé le jeudi soir. Le serveur dit partir bientôt et nous propose néanmoins de nous servir des bières à emporter. Nous lui répliquons que nous préférons patienter encore un peu : effectivement, le journaliste arrive avec un peu de retard, et nous voici avec des bières dans des gobelets, installés en arrière terrasse...

18h35 : nous rejoignons la salle du conseil. Environ la moitié des élus sont présents. Au centre, dans son fauteuil de président, Regeard ressemble un peu à un clodo - le côté barbe mal rasée peut-être. La plupart des présents ont de l'âge : à part deux ou trois, tous semblent avoir plus de 50 ans, et la majorité de l'assemblée est manifestement à la retraite. Nous reconnaissons facilement Piot, Dumas, et le maire de Combourg Joël Le Bescot. Nous identifions rapidement les élus de Dingé, dont la maire Annabelle Quentel (les deux quittent le conseil avant la fin) car la ville est souvent citée dans les projets ; et le maire de St Brieux des Iffs, « Rémi » (ici, on s'appelle par nos prénoms, pas de chichi : nous sommes entre amis), car il est un des seuls à avoir posé des questions (pertinentes, qui plus est !) et à avoir osé voter contre une délibération.

D'abord lecture du rapport d'activité 2025 : sur fond de document de com' bigaré et aux chiffres imprimés en gros et en couleurs, chacun des VP fait son petit show. Tout ce qui est en croissance est positif : il y avait plus de demandeurs d'emplois au salon de l'emploi ? c'est positif !... Puis on passe aux affaires.

La 1ère délibération vise à terme à intégrer le terrain de rugby de Lanhélin aux équipements de l'interco. Regeard en profite pour faire une petite sortie réac' : « les jeunes ont bien besoin de sortir le nez de leurs écrans ! »

Ce soir Regeard s'est extasié sur le fonctionnement d'une « démocratie saine »... nous n'avons rien vu de tel. Très peu de questions et de remarques, une seule délibération a fait l'objet de quelques abstentions, et une seule autre délibération d'un unique vote contre. Personne ne moufte, tout passe velours, la formule « qui vote contre, qui s'abstient, merci à tous » est débitée mécaniquement et sans pause : c'est évident, c'est une chambre d'enregistrement.

Et pourtant. Au moins deux délibérations sentaient la corruption à plein nez. La première, c'est une indemnisation de la société RAHUEL BOIS à hauteur de 130.000 € suite à la vente ratée d'un terrain dans la ZA de Cuguen, dont le compromis avait été signé en juin 2025. Deux jours avant la signature finale, il aurait été découvert (mais par qui ?) sur une cartographie existante (mais laquelle ?) non répertoriée ni utilisée par les différents actueurs de la vente, une zone humide sur la parcelle promise à RAHUEL. Pas moins de 4000 m² sur les 11000...

Seul le maire de Combourg leur fait remarquer avec raison à quel point ils ont merdé dans cette affaire : m'enfin, des entreprises sont déjà installées, et il suffit d'ouvrir les yeux sur la végétation d'une parcelle (ajoncs) pour savoir qu'elle est humide... Regeard s'est simplement désolé qu'une zone humide désormais ne pouvait donc plus être « compensée » (c'est-à-dire : détruite) pour plus de 999 m² et que cela restait insuffisant sur ce terrain.

Les conseillers de l'assemblée semblaient découvrir cette affaire ce soir-là, et le fait que la négociation ait été menée uniquement par Regeard, sans transparence. Elle semble bien sûr efficace - passer de 2 millions d'euros de demande d'indemnisation de préjudices à 150 mille euros d'indemnisation, ce n'est quand même pas le même chiffre... mais entre temps, on met sous le tapis quelques questions essentielles, dont : comment le PLUi, aux dires de leurs responsables eux-mêmes, pouvait-il ne pas reprendre certaines zones humides connues précédemment (il a été spécifié plusieurs fois qu'il s'agissait d'une information visuelle sur la cartographie, qui manquait). Sachant que les zones humides sont le point principal qui rend inconstructible un terrain, et que la loi désormais les protège du fait de leur utilité dans la régulation hydrique. Alors, qui avait intérêt à oublier cette donnée ?...

NDRL : dans un article du 13 août 2026 sur Reporterre on peut lire : « Le 30 décembre 2006, une loi sur l’eau et les milieux aquatiques (Lema) était adoptée en France, qui transposait dans le droit une directive européenne visant à restaurer l’état écologique des masses d’eau douce d’Europe d’ici à 2015. (...) Certains syndicats agricoles n’ont pas vu cette ambition d’un bon œil, notamment la FNSEA (...) un tour de passe-passe résolut le dilemme : de cours d’eau, les petits ruisseaux devinrent des « fossés », « canaux » ou « ravines », privés de la protection instaurée par la loi de 2006. Résultat : plus de bandes-tampons obligatoires pour les préserver des constructions et autres barrages hydrauliques, plus d’encadrement des épandages de pesticides. Sortis du droit, ils furent aussi effacés des cartes administratives hydrologiques que l’on commençait alors à réaliser. Dans certains départements, la moitié d’entre eux ont tout simplement été rayés des cartes. »
Est-ce que la disparition d'une zone humide n'aurait pas avantagé tout le monde ?...
Lire aussi : contexte et nouvelle carto.

Avec la mise au vote de cette délibération, il était demandé de valider l'accord qui entérinait que RAHUEL renonce « à tout recours et à toute démarche d'aucune sorte qui aurait pour objet ou effet de rechercher la responsabilité la Communauté de Communes BRETAGNE ROMANTIQUE à raison des faits exposés. » Qui donc pourrait bien encore chercher des poux après ça ?

Enfin, Regeard a interpellé deux fois la « presse locale » pour qu'elle ne parle pas de cette affaire avant 3 mois, quand la délibération votée aura effectivement été entérinée et que l'indemnisation ne sera plus opposable. Toh !

À la fin du conseil, Loïc Regeard a repris la parole, car il fait partie des quatre maires ne se représentent pas - soit Marcel Piot (Bonnemain), Pierre Sorais (Trémeheuc ) et Rémi (St Brieuc des iffs), celui qui pose des questions... dommage.

Regard dit deux fois : faut laisser la place, non pas aux jeunes... mais aux autres ! Et pourquoi préciser ? Il ne veut pas de jeunes ? Il a dit aussi deux fois qu'il rêve d'une seule commune géante... qu'il y avait 25 communes, il n'y en a plus que 23 : à quand une seule ? ce qui signifie : plus de maires !... Centralisation du pouvoir ! Étrangement, il n'a pas été applaudit par l'assistance - seul un égaré ou deux a battu des mains avant peut-être de se rendre compte de ce qui venait d'être dit.

A suivi une petite cérémonie préparée par la VP Communication (Évelyne Simon-Glory) qui prend vraiment trop de place - aussi bien physiquement, corps, cheveux, gestes, que dans ses paroles !... Et surtout, qui est aussi responsable des systèmes d'information alors que visiblement, elle n'a aucune idée de tout ça. La famille de Regeard avait été invitée... et est entrée en fin de scéance sur les strapontins à côté de nous.

L'ancien président, Lefeuvre, était là pour l'occasion et offre une statue moche faite par des artistes locaux... mais au moins son discours est construit, cohérent, porté. Il montre en 5 min que la génération précédente, au moins, croyait en quelque chose... alors que l'actuelle ne semble que des gestionnaires de budgets, d'enveloppes, de petits fours et de maîtres en corruption. Mme Communication remet alors des planchettes de bois pyrogravées aux 4 maires sortant, quelle blague... puis demande à Regeard de regarder l'écran : et voilà qu'est projetée une vidéo visiblement faite par IA ridicule, images, chants, paroles, ... l'émotion désincarnée, le summum du plouc. Pire qu'un marriage.

Voilà donc ce qu'on retient de cette soirée : nous avons assisté à la structure hiérarchique du pouvoir, complètement déshumanisante : ici on ne considère ni les agents, ni les utilisateurs, on ne parle jamais d'humains, uniquement allocation budgétaire. Les VP parlent, mais face à eux pas de parole, du vide, rien. Que font ces gens ? Qu'ont-ils prévu ? Il n'y a aucune gestion de la cité, il est toujours question de "bien gérer" et d'être "bon gestionnaire" - seuls les chiffres comptent, pour le reste c'est du politique pur : vide de sens.

Le plus frappant est l'absence totale de démocratie, et... la corruption active sous couvert de la loi. Sur le marché de l'eau : suite à appel d'offre, deux entreprises chiffrent le chantier à 160 KE, une trosième chiffre 118 KE. Toutes sont sensées répondre "à minima" au cahier des charges. Une société de conseil analyse les propositions et montre qu'une des plus chères est la meilleure proposition, mais au final c'est celle à 118 qui est retenue - et Dumas admet (naïvement ?) devant le conseil communautaire que 120 était le budget décidé avant même de recevoir les réponses à l'appel d'offre... Alors, personne dans l'assistance pour dire que visiblement une boite savait quel chiffre il fallait annoncer pour être retenu ?

Ce conseil est irrespectueux pour les suivants (qui seront sans doute eux-même, ceci dit) : il a voté au moins 2 délibérations sur leur tête, forçant la main aux suivants. Dans ce processus il manque la force de proposition... qui est la démocratie. Les gérants gèrent entre eux : pas d'associatif, pas de citoyens - pardon : d'administrés ! ce mot dit bien ce que ça veut dire : nous sommes gérés par les gérants. Nous n'avons pas voix au chapitre. Même les élus ne disent rien : nous n'avons compté ce soir, de toutes les délibérations mises au vite, qu'une seule voix contre... la politique est morte !