J6 - Retour à Digoin
Jeudi. La journée s'annonce belle, mais pour un temps seulement : la météo est censée virer à la pluie très rapidement. Il faut donc profiter du ciel bleu ! Ce matin, nous prenons le petit déjeuner face au lac de Villerest... et c'est parti pour une belle descente vers Roanne ! Après avoir passé les jardins ouvriers, fait un petit détour pour éviter les escaliers sous le pont du chemin de fer, je suis surprise par la platitude de la Loire à cet endroit - le quai du Commandant de Fourcauld. Après avoir pédalé quelques centaines de mètres de plus, nous comprenons pourquoi : c'est (à nouveau...) un bassin de rétention qui produit de l'énergie hydroélectrique. Cette fois-ci la retenue est d'à peine quelques mètres de haut... ce qui suffit à donner à la Loire un air de lac placide, qui ne lui sied pas du tout.

Nous avons presque fini de passer Roanne par ses bords de Loire, et ah ! Voilà quelqu'un qu'on a déjà dépassé deux fois : le gars en fauteuil ! Cette fois-ci, nous discutons un peu : mais comment a-t-il fait pour être déjà là ?! Il nous explique sa logistique : parcours dans la journée, retour en stop jusqu'à sa voiture, hébergement, et rebolotte. Sauf qu'hier, après la montée jusqu'à Saint Jobard, il a compris que ce serait un peu dingue quand même de continuer ce tracé qui monte et descend un peu trop fort pour le fauteuil... il a donc repris ce matin par Roanne. Son objectif : arriver si possible jusqu'à l'océan... cette année, ou une suivante, il verra bien, il ne se met pas la pression. Il connaît le parcours, il l'a déjà fait il y a quelques années, dit-il, en vélo. Je n'ai pas osé lui demander de préciser s'il avait à cette époque encore l'usage de ses jambes ou si c'était un vélo à mains. Nous nous souhaitons bonne route, et poursuivons la nôtre. Je me dis que des histoires comme la sienne mériteraient d'être mises en avant.
Notre tracé descend maintenant le canal. Le soleil commence à nous cuire un peu, nous prenons une courte pause à l'écluse située juste avant Briennon, pour enduire tous les bouts de peau exposés au soleil et nous réhydrater. Arrivés au niveau de Briennon, nous quittons le canal et traversons la Loire vers Pouilly-sous-Charlieu. En sortie du pont, un étrange tracé nous conduit à faire un tour de plusieurs centaines de mètres pour... simplement traverser la route. Incroyable. On prend vraiment les vélos pour des imbéciles... et il faudrait quand même pas ralentir le trafic de voitures, ne serait-ce que quinze secondes !
Au niveau de l'embranchement entre la voie vélo « officielle » et la nouvelle voie pas encore ouverte (que nous avions « étrenner » avec un peu trop d'avance à l'aller), nous croisons deux jeunes mamies sur des vélos avec sacoches et sans assistance électrique. Des super mamies ! Elles viennent de tester, comme nous à l'aller, ce bout de voie (encore en travaux cent mètres plus loin) qui vue d'ici semble inviter à continuer tout droit... et elles se sont cassé le nez. Cet endroit mal indiqué va faire des dégâts cet été ! Et peut-être pendant encore bien des années...
Nous les quittons, et prenons résolument la voie V71 qui remonte maintenant absolument tout droit vers le nord. Nous prenons une pause au parc d'Iguerande (coucou au pommier que j'ai libéré du fil de fer qui portait l'étiquette avec son petit nom, mais qui l'enserrait maintenant au niveau du tronc à tel point de déformer sa croissance), qui aujourd'hui est à la fois tout écrasé de chaleur et très animé : une ass'mat' y a amené gambader et jouer les enfants dont elle a la garde.
La chaleur devient assez intense, mais nous pédalons vite et bien, voilà qu'on dépasse la petite ville de Marcigny - à sa sortie, nous doublons une mamie à vélo qui tracte un « bob » (sa remorque à une route) tout en écoutant... du Bob (Marley) ! Arrivés à Baugy, nous nous installons au pied de l'église, table au soleil et avec vue sur Loire, pour déjeuner. Parfait !
Et c'est reparti : des kilomètres tout plats jusqu'à Saint-Yan, puis une légère montée jusqu'à Paray-le-Monial que cette fois-ci nous ne visitons pas, et hop, un dernier effort pour rejoindre Digoin. Avant de nous installer au camping, petit détour par l'énorme Leclerc situé en zone, et nous voilà avec de quoi manger pour ce soir. Au camping, juste après nous arrive une petite famille de vélo-randonneurs, les parents ont la trentaine, les enfants semblent encore jeunes mais sont tous les deux à vélos, le plus grand a même des saccoches. Barbu, des cheveux longs maintenus en catogan, une musculature fine qui tient plus du grimpeur de parois que du cycliste... bref, un corps svelte de sportif ascète... il n'y a pas photo : Monsieur mérite le surnom de « Jésus ». Madame est tout aussi svelte et musclée. Ce soir, elle profite visiblement de la viste d'une amie venue les rejoindre, pendant que Monsieur va gérer toute la logistique. Tiens, les enfants dorment en Hubba ! Décidément, ce sont des vrais.


Après l'installation, un apéro en terrasse au camping et la douche, nous faisons une nouvelle petite balade en ville, où nous repassons par l'église, et devant un immeuble art déco à vendre - le sol du rez-de-chaussée, visiblement un ancien magasin, est pavé en carreaux de ciment d'époque. Nous revenons manger au camping, qui décidément propose une infrastructure sympa pour les itinérants. Ce soir, comme annoncé, le temps est en train de virer au gris.
> Villerest - Digoin
82 km 5h07
camping 16,60 €
leclerc 22 €