J3 - La Loire
mardi. Nuit tranquille dans ce camping encore très vide. Après avoir replié une tente très humide, nous voici repartis : le temps est encore un peu gris, mais le ciel déjà assez clair. Nous parcourons, en légère descente, les quelques kilomètres qui nous ramènent à la V71 que nous avions quitté hier pour rejoindre Charlieu. C'est juste après le tunnel qui passe sous la départementale, que nous trouvons un emplacement correct pour le petit déjeuner : une table, un peu de soleil, du calme.
Nous reprenons la route et arrivons rapidement dans Pouilly-sous-Charlieu. Là, notre voie protégée retombe sur une rue passante, et le sol semble indiquer qu'il faut la suivre vers la droite. Pourtant, une autre voie vélo s'offre à nous juste devant : nous traversons la route, et continuons tout droit. Il ne faut que quelques centaines de mètres pour tomber sur un os : le tronçon suivant est fermé par des barrières grillagées et marqué « en travaux ». Pourtant le bitume neuf est tellement tentant... nous décidons de tenter la chance et passons à côté des barrières - des traces de roues indiquent que nous ne sommes pas les seuls à agir ainsi.
Nous remarquons assez vite que la route est belle est bien terminée, mais qu'à plusieurs endroits de barrières en bois ont été posées au sol en vue d'être montées et placées. Après quelques tronçons parcourus sans encombre, nous tombons effectivement sur une équipe qui travaille à positionner ces barrières... nous saluons, passons au pas, demandons quand sera ouverte la voie (réponse : dans une semaine ou deux), et jusqu'où va la voie (réponse : Vougy). Le chef demande à ses ouvriers si la barrière a bien été refermée derrière eux.
Au tronçon suivant, nous voyons au loin une autre équipe au travail. Cette fois-ci, nous quittons plutôt la voie pour ne pas perturber plus les travailleurs, et retournons sur la départementale. D'ailleurs, nous ne sommes plus très loin de Vougy, et nous allions bientôt dans tous les cas devoir passer sur cette route. Après avoir regardé la carte, il est dommage que le tronçon ouvert soit si court, car il s'agit de la suite de la voie ferrée Paray-le-Monial / Le Coteau, c'est-à-dire que le tracé amène jusqu'au sud de Roanne.
Sur cette départementale D482, un coup de peinture « sécurise » un espace pour les vélos, et de fait, à part un camion hollandais ou deux qui fait l'effort d'éloigner un peu de nous, tous les autres restent dans leur voie et nous passent juste à côté : ils considèrent que la bande cycliste est suffisante... alors qu'elle ne permet pas pour les camions de respecter la distance de sécurité, qui est de 1,50 m sur les routes de campagne !
Après quelques kilomètres à ce régime, nous traversons la Loire et retrouvons son canal, celui qui passe par Digoin et rejoint Roanne. Pourquoi aucun tracé vélo ne semble l'indiquer ? Le chemin de halage serait-il interrompu ou non roulable sur certains tronçons ? Il serait tentant d'aller un jour vérifier. En tout cas, nous voici à nouveau en sécurité, à plat, et au bord de l'eau. Nous approchons de Roanne, avec comme à proximité de toute ville, un peu plus de promeneurs, un peu plus de voitures, et finalement : la ville.
Au niveau du quai du Canal, nous bifurquons vers Roanne, en direction du Lidl le plus proche de notre tracé (la ville en compte pas moins de quatre). Il est situé au coeur d'un quartier moche d'immeubles trop hauts, et du coup le parking est protégé de barrières automatiques - à coup sûr, les parkings des immeubles d'habitation sont largement insuffisants pour garer facilement dans le secteur.
Après avoir fait le plein de denrées pour ce midi, ce soir et le lendemain matin, nous repartons par une rue principale, qui sans nous amener au centre de la ville, nous en fait ressortir à proximité du pont, et via un grand parc qui s'étend vers le sud. Plus loin, surprise : la voie vélo le long de la Loire, pour passer le pont du chemin de fer, nous propose de descendre des escaliers ! Une petite rigole permet de faire passer les vélos, mais la manoeuvre reste délicate avec des vélos chargés et pesants : maîtrise des freins pour descendre, gros effort pour pousser le vélo à la remontée. Au retour, nous verrons à faire un petit détour pour ne pas avoir à rejouer cette bêtise.
Toujours sur la levée, nous passons ensuite le long de jardins ouvriers. À la sortie desquels, un panneau indique de remonter vers l'ouest, vers une côte... comme mon tracé diffère, nous suivons le mien ! Nous suivons donc la Loire sur une petite départementale pour l'instant (il est midi passé) peu fréquentée. Elle aussi finit par monter : en haut, nous arrivons au barage de Villerest, et nous installons dans un parc face à la retenue d'eau. Parfait, puisque c'est l'heure de manger ! En plus depuis la montée, le ciel s'est largement dégagé, le soleil est sorti et avec l'effort physique nous avons (enfin) presque trop chaud.
Quand nous repartons, le soleil règne en maître dans le ciel, et nous avons enfin des conditions estivales : tartinage de crême solaire, lunettes de soleil, pulls et kway enfin rangés dans le packetage pluôt que sur le dos. Les conditions viennent de changer du tout au tout !
L'après-midi commence donc par une très grosse montée sous le soleil, mais bien repayée par une longue descente - ici, contrairement à la Bretagne, les pentes sont pas très violentes (4-6%) mais durent plusieurs kilomètres. C'est assez creuvant mais cela permet de prendre le rythme, et au final : ça passe ! Sans presque trop s'arrêter, et sans avoir besoin de pousser la machine - ce qui sur des pentes brusquement très raides mais courtes, arrive souvent du côté des abers bretons.
J'ai repéré sur la carte que chaque bled traversé se situe sur les hauteurs : nous avons donc à nouveau fait l'effort pour arriver à Saint-Jean Saint-Maurice-sur-Loire. À cette heure-ci le village est tout endormi et paisible, en son centre trône littéralement son église.

Nous continuons en descente vers le second village, qui semble plus touristique (tour médiévale ? église ?) et qui offre en tout cas une belle vue sur la campagne (qui ressemble presque à une vue de la Toscane, il ne manque que les cyprès) et où on devine à peine les gorges de la Loire. Nous croisons un groupe d'élèves, l'un d'eux nous lance « bonne chance ! », et un autre l'interroge immédiatement sur le sens de ses paroles... effectivement, pas besoin de chance, au mieux peut-être du courage, mais si on est déjà arrivés là... c'est qu'on en a, non ?
Cette descente nous amène à un tout petit court d'eau, le Ris Serpentin, qui se jette à peine plus loin dans la Loire, mais elle nous ne la voyons toujours pas. De là, une grosse remontée - dans le style des abers bretons, justement - nous permet de ressortir du creux. Après quelques « crêtes » nous passons dans un petit bois agréable à traverser, puis atteingnons la petite ville de Bully. Un couple de cyclorandonneurs y prennent déjà la pause sur la place de l'église, nous engageons la conversation. Ils viennent des environs de Saint Étienne, sauf qu'ils trichent : ils sont en vélo électriques. Ils ont un passé de vélorandonneurs « musculaires » mais cette année, ils ont décidé de partir un mois entier et de faire un grand tour : la Loire presque dans son entier, repiquer vers la Rochelle via la vélofrancette, repasser à l'est avec le canal des deux mers, et remonter par la via Rhona. Un beau programme !


Ils partent donc vers le nord, et nous reprenons vers le sud : en quelques kilomètres, la route nous redescend enfin vers la Loire, qu'on traverse au pont de Presle.

Contre mes attentes, la Loire est large et calme. Après réflexion, c'est l'effet de la retenue d'eau de Villerest : autant pour le mythe du fleuve sauvage... entièrement noyé et endigué dans sa jeunesse, là où il devrait être tempétueux et rapide. Dommange. La route serpente ensuite en hauteur des bords de Loire, avec des montées à nouveau assez sévères qui offrent de belles vues sur une campagne très vallonnée et très nature. Nous arrivons rapidement au camping de Mars, implanté juste au-dessus d'une base nautique (aviron) mais au milieu de nulle part. La tente une fois plantée, nous profitons du beau temps pour faire un tour dans la piscine du camping - l'eau est un peu fraîche mais agréable.
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Une petite balade en campagne, et nous allons manger avec vue sur Loire. L'endroit est d'un calme absolu, en tout cas une fois que les tracteurs ont fini leurs manèges - l'un qui retourne la terre, l'autre qui retourne du foin... Quand le soleil ne nous réchauffe plus et commence à piquer du nez, nous partons faire de même.
> Charlieu - Camping de Mars
> 56 km en 4h06
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