Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

mardi 2 mai 2023, 19:12

Cot'5 - Barfleur

Mardi. Réveil pas si matinal, mais nous découvrons une fois prêts à partir que l'accueil ne sera pas ouvert avant 9h30... Comme une équipe d'électriciens fait le tour des installations, à priori deux opérationnels accompagnés d'un chef ou d'un donneur d'ordre, nous tentons notre chance auprès d'eux. En fait, le gars de la mairie vient de partir... ceci dit il n'était pas préposé au camping mais aux travaux, alors ça n'aurait pas changé grand chose. Mais le chef électricien prend les choses en main : il s'engage à transmettre notre paiement. Je calcule combien on doit d'après les tarifs affichés, et le lui remets la somme... Et hop, nous voilà partis. C'est fou qu'il reste encore des gens absolument prêts à rendre service !

La journée commence par une jolie petite montée - et alors qu'on peine déjà sur nos vélos chargés, une petite dame en électrique nous double tout en décontraction et nous lance un "bon courage" qui semble tout à fait sincère. Nous partons du niveau de la mer pour atteindre 140 m d'altitude en 5 km de distance : ça pique un peu. À défaut de table de pique nique, nous nous installons sur un des gros poteaux électriques en béton couchés sur le bord de la départementale, en attente de leur installation. Petit déj !

Pendant encore une dizaine de km, nous enchaînons montées et descentes, raides mais courtes. Sur ce tracé, nous passons par Gréville-Hague, et contournons la statue d'un (grand) homme sur la place principale de ce village. Nous apprendrons plus tard qu'il s'agit du peintre Millet, né dans un hameau tout proche, et connu pour ses tableaux Les Glanneuses et L'Angelus.

Après une ultime grosse descente, nous voici à proximité de Cherbourg, à plat. Arrivés à proximité de la plage de Urville-Nacqueville, nous faisons une pause mini-brownie - il nous faudra bien ça pour prendre en patience le passage de la ville, qui s'avère à la fois plutôt bien fait (des pistes cyclables en site propre et vue sur mer quasiment partout) et long, très long (6 km de ville au bas mot)... En chemin, nous faisons même quelques courses au Lidl du coin.

La piste vers Cherbourg

La traversée de Cherbourg se termine par la gare maritime qui charge et/ou décharge un énorme ferry, et il ne manque plus grand chose pour trouver à nouveau une plage et un banc pour s'installer et manger ce midi. C'est près de la zone d'activité de Colignon... mais vu d'ici, c'est dunes, digue, sable, mer, et vent à décorner les boeufs : on s'installe bien couverts dans nos coupe-vents. Et c'est reparti : sur la route, à nouveau quelques pentes qui font travailler les jambes. Au début, nous pouvons suivre une véloroute bien protégée qui suit la côte, soit par en haut, soit au plus bas, mais après Bretteville nous voici sur la D116... pas le choix.

Vrasville

Pour autant, c'est vraiment la route touristique : vue sur mer et petits sites mignons (comme l'Anse du Brick). Il nous manque du courage pour faire un détour vers le phare du Cap Lévi (ce n'était pas prévu au programme, déjà bien chargé). Un crochet nous amène un moment dans Fermanville (mais... pourquoi ? aucun intérêt !) avant de nous ramener sur la départementale.

Plus loin, c'est dans le petit village de Vrasville que nous prenons la pause : une église et deux bancs au soleil, c'est ce qu'il nous faut. Dans l'église, une statue de Ste Marie-Madeleine Postel (née Françoise-Catherine à Barfleur en 1756), et un petit texte qui relate la vie de cette religieuse, fondatrice de la Congrégation des sœurs des Écoles chrétiennes de la Miséricorde. Une sainte locale ! La statue tient contre elle une grande croix à l'inscription terrible : « Obéir jusqu'à la mort ».

Face à l'église, deux maisons bourgeoises quasiment identiques (l'un des deux modèles est en photo ci-dessus). Pourquoi ? L'une d'elle était le presbytère du curé, et quand l'église n'a plus eu de curé, la maison a été vendue à un particulier. Quand un nouveau curé a repris la charge de la paroisse, un nouveau presbytère a donc été construit pour lui, à l'identique !

Gatteville

Encore quelques km à lutter contre le vent, et nous voici à Gatteville-Phare : un village dont la grande église est recouverte d'un lichen orange du plus bel effet. Cette fois-ci nous acceptons de faire le (petit) détour nécessaire pour aller voir le phare de Gatteville, doublé du sémaphore de Barfleur.

Dernier effort, et Barfleur et son camping sont en vue. Alors que nous approchons de l'entrée, voici qu'un voile grisâtre s'avance vers nous, glissant au ras de l'eau. Sitôt rentrée dans le préfabriqué qui abrite temporairement l'accueil pendant des travaux, sitôt la grisaille envahit le ciel : la lumière et le bleu disparaissent, remplacés par le gris humide... reste le vent, qui rend les choses encore plus désagréables. Antoine a revêtu son coupe-vent quand je ressors avec le n° d'emplacement : ce soir, on dort au 25.

Barfleur

Le port de Barfleur

Une fois la tente montée et passés à la douche, la grisaille humide s'est envolée - le fort coup de vent y est certainement pour quelque chose. Nous marchons vers Barfleur, et flânons un peu : c'est un très joli village sur mer. Son église, son port, sa plage... tout est réussi. Nous poursuivons jusqu'au Carrouf local, un peu exentré, et revenons manger sur un banc, au soleil mais en plein vent - le fond de l'air est frais, et la mer est agitée. Ce soir non plus, nous ne ferons pas de vieux os... rapidement, c'est retour à la tente, se glisser dans les duvets, et dodo.

63 km 5h07
410 m de dénivelé