Cot'4 - Le port du Hable
Lundi férié. Le bloche matinal est à nouveau au rendez-vous, et nous plions la tente et tout le barda sous ciel blanc. Une petite famille (recomposée ?) replit elle aussi bagages, mais à coup de jurons et d'insultes sournoises. Fin de vacances tendues ? À côté, nous sommes des maîtres zen. Il faut dire qu'on a loin d'avoir fini !
La journée de vélo commence par un retour en arrière de quelques centaines de mètres pour aller chercher quelques viennoiseries bien porkies à la boulangerie locale. Nous les dégustons face à la mer, sur un banc, accompagnées d'un jus de fruit.
Le tracé commence par suivre un chemin qui passe au pied des dunes de Biville. Elles se dressent sur notre gauche, elles nous surpassent largement derrière les arbres et le petit cours d'eau qui serpente au fond du val. La balade est plutôt agréable, quelques montées en mode gravel s'avèrent trop délicates avec nos vélos chargés, mais quelques dizaines de mètres pied à terre suffisent à nous amener jusqu'à Biville tout en ayant profité d'un vaste panorama sur les sommets des dunes.
Petite pause à Biville - nous avons une autonomie en sucre très réduite et grignottons à la moindre occasion ! Quelques coups de pédale plus loin, le tracé coupe à travers un petit aérodrome avec une descente bien franche et vue imprenable sur une réserve naturelle : celle de la mare de Vauville. Plage, prés enherbés avec moutons, étendues d'eau, tout s'étend enchevêtré à nos pieds. Magnifique.

Nous rejoignons Vauville toujours en descente, puis la véloroute bifurque vers le sommet des falaises via une route inhumaine, avec une pente classée 10-15% sur Brouter. Toh ! Là, c'est sûr il faut pousser les vélos. La route n'est pas large (pour sûr, deux voitures ne se croisent pas) mais ça n'empêche pas une voiture d'arriver derrière nous ! Et voilà que la conductrice s'arrête à mon niveau, baisse sa vitre et demande « vous allez voir les planneurs ?... ». Incompréhension la plus totale. « Des planneurs ? Euh, non, on suit la route ! - Ah, ben de toutes façons vous allez tomber dessus, il y a un rassemblement ! ». Et la voilà qui part. Nous poussons nos montures sur 200 m et arrivons finalement en haut... et oui : cinq ou six planneurs sillonnent le ciel, pilotés depuis le sol. Le rassemblement compte une vingtaine de voitures, et environ deux fois plus de bipèdes.

Nous faisons un petit détour pour allez voir ça, et retrouvons rapidement Mme qui vient rejoindre Mr, qui possède un planneur qu'il a fait voler ce matin pendant une heure. Mais il fait du vent et un froid de canard, il en a encore les yeux qui pleurent et les mains gelées ! Ils sont de Cherbourg, aiment venir marcher ici, participent à des rassemblement de planneurs un peu partout. Nous allons aussi jeter un oeil à la curiosité mégalithique locale : des pierres pouquelées (des dolmens façon allée couverte moyennement couverte). Mais c'est l'heure de manger pour leur groupe, et nous mettons les voiles : notre route nous ramène vers la mer avec une pente vertigineuse, dans un décor qui semble digne de l'Irlande ! Une vallée verdoyante, quelques maisons en granit, les falaises autour... la descente est magique, et très - trop ! - rapide.
Qui dit descente dit montée, et celle qui suit est rude - d'ailleurs, le soleil en a profité pour sortir, et nous surchauffer - il faut retirer une couche de vêtement, vite. En haut nous attend le panorama des Treize Vents, et un banc. On apprécie le banc ! Ça monte encore, mais plus raisonnablement, vers Herqueville, et à partir de là, on décide ne pas suivre la trace prévue, mais de continuer plein nord, pour longer l'usine de retraitement de la Hague au plus près. Bien sûr, le site est moche (dans le plus beau style industriel nucléaire), mais surtout, il est immense ! Nous le suivons sur une moitié de sa longueur (soit un gros km) avant de bifurquer.
La trace nous ramène sur des routes de campagnes, puis sur des chemins beaucoup plus adaptés à des VTT (voire à des randonneurs à pied...) qu'à nous. Mais pied à terre et en descente (et par temps sec), ça passe. Vu comment le terrain était raviné, ça n'aurait pas été la même histoire ni en sens inverse, ni dans des torrents de boue ! Au final nous poussons au moins 500 m il me semble, avant de rejoindre une route carrossable - notre premier contact avec la civilisation : deux jeunes gens qui prennent le soleil, le cul posé dans leurs transats, et les transats posés à 50 cm du cul de leur camper. Glandus !

Une rapide descente nous amène à un nouveau panorama, et bonheur, une table de pique nique : nous nous installons. Nous sommes rapidement rejoints par une famille de néerlandais qui avaient visé visiblement la même table, mais qui se la sont faite piquer sous le nez - comme ils sont en voiture et qu'ils respectent l'effort, ils ne font même pas mine de s'imposer ou de tenter de partager l'espace, et s'installent sur l'herbe, juste à côté. C'est enfin l'heure de grignotter le repas du jour, à base de pâté sur brioche puis de kiri.



Après cette pause réparatrice et un large tartinage de crême solaire (ça cogne sévère, et nous sommes déjà un peu rouges des jours précédents), nous reprenons la route essentiellement en descente et parfois en gravillons, vers Goury - son petit port et son phare. Encore un bien bel endroit ! Quelques coups de pédale plus loin, nous atteignons le cap de la Hague - où nous retrouvons les néerlandais croisés plus tôt. Le site est moins intéressant : un sémaphore, un bunker, rien qui mérite d'y rester trop longtemps. Nous remontons la pente vers Auderville, puis Saint Germain des Vaux après quoi les jambes sont encore mises à l'épreuve... Quelques km de bocage plus loin, c'est le lieu-dit Le Val, où se trouve la maison de Jacques Prévert. Le bonhomme avait bon goût ! C'est simple, verdoyant, bucolique et ça respire la paix. Ça donne envie de s'installer là, en fait.

Mais nous continuons : Omonville-la-Petite, une route qui essaie de suivre au mieux les lignes de niveaux, et puis bam ! Une côte à 15% dans les dents. Avec au-dessus un banc avec vue, sur lequel nous prenons une petite pause. Encore quelques efforts et quelques km et c'est Omonville-la-Roque, toute en descente, où nous trouvons rapidement le camping municipal - évidemment, personne à l'accueil en ce jour ferié, mais un écriteau qui invite à s'installer. Ce que nous faisons sans tarder !

Le camping est petit, et presque vide ; ses quelques occupants sont presque tous sont itinérants... mais piétons : ils parcourent le sentier des douaniers, chargés comme des mules. Nous faisons un petit tour au port, mais le vent fort et le soleil déclinant n'invitent pas à rester là pour manger notre pique nique du soir : nous préférons un terrain de jeux à peine plus abrité derrière ; avant de rejoindre la tente et de nous coucher encore plus tôt que des poules !
49 km en 4h46 / tot 305 km
730 m de dénivelé, 3 côtes à 10-15%