Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

vendredi 28 avril 2023, 15:12

Cot'1 - Jullouville

Le report du départ peut se résoudre de deux manières : décalage des 12 jours prévus, ou concaténation d'étapes. Nous optons pour une modification du tracé : le tracé du démarrage qui avait été prévu relativement tranquille pour se faire les jambes en douceur, se fera non pas sur 3 jours mais en 2.

Vendredi. Il fait blanc-gris, glauque et moche (il fait "bloche"), mais il ne pleut pas. L'objectif de la première étape n'est plus Pontaubault (50 km) mais Julouville (87 km). L'avantage c'est que ce matin, les vélos attendent prêts à partir, déjà chargés, dans la grangette. Il ne reste qu'à prendre le petit déjeuner et les enfourcher...

Les km qui nous séparent du Mont sont maintenant bien connus, même si le tracé est un peu modifié à chaque sortie - histoire de tester les différents chemins qui montent et descendent dans notre coin. Et justement, c'est dans la seule partie innovante du parcours - une belle descente sur route goudronnée vieillie et bosselée qu'il ne faudrait pas imaginer monter aussi chargés - qu'une des bouteilles d'eau (remplie de kéfir maison) chute du cadre du vélo d'Antoine... ça rognonne un peu mais rien de grave, la bouteille ne s'est pas explosée.

Le mont

Nous mangeons face au Mont Saint Michel dont l'archange se perd dans les nuages, le cul posé sur les marches du pont-barrage du Couesnon, comme à notre habitude. Il fait gris et frais, mais il ne pleut pas. En ce premier jour de rando, nous sommes encore fournis en produits faits maison : le traditionnel cake salé du départ, chèvre-pruneaux-lardons, et des creusois en dessert. Luxe.

Sauf qu'aujourd'hui, nous continuons vers l'est : le trajet repique face à la marrée humaine des touristes qui viennent du gigantesque parking à voitures, avant de quitter le site du Mont Saint Michel par une route fermée à la circulation, puis des voies cyclables - dont nous avons emprunté certains tronçons à pied il y a quelques années. L'un d'eux est en cours de réalisation ou de rénovation, et pour éviter l'énorme détour proposé par ces gens bien intentionnés qui réalisent les travaux mais ne font jamais de vélo, nous empruntons la départementale (heureusement pas trop fréquentée ce jour-là) pendant une dizaine de minutes avant de revenir en sécurité sur la véloroute.

Le pont

Vers 14h, nous sommes à Pontaubault, pour une pause mini-brownie installés sur une table d'une aire de pique nique géante face au pont emblématique du site, et petit tour aux toilettes publiques - on ne remerciera jamais assez les municipalités qui font le boulot en terme d'équipement ! Et elles ne sont pas si nombreuses sur notre trajet...

Les moutons de l'estuaire de la Sélune

Nous voici repartis, et là c'est free style : nous quittons le tracé de la Vélomaritime (EV4). Nous suivons la côte de l'estuaire de la Sélune puis celui de la Sée vers Avranches. Dans cette zone de prés salés, de nombreux moutons paissent tranquillement près de l'estran... tranquillement ? Non, en voilà un qui saute la clôture pour rejoindre un pré en bonne herbe bien verte dans les terres ! Je n'avais jamais vu un mouton sauter une barrière, mais maintenant les expressions de "compter les moutons" et "saute-mouton" prennent tout leur sens... ça saute joliment !

Aérodrome

Nous longeons ensuite le petit aérodrome d'Avranches d'où décollent au même moment trois petits avions - des leçons de pilotage, apparament. Là, nous traversons la Sée, et continuons à longer la côte jusqu'à la pointe du Groin - du petit grouin. Nouvelle pause sur un banc... Le temps s'est levé, il fait soleil, la vue s'étend sur tout l'estuaire : on est pas mal malgré les quelques montées qui commencent à couper les jambes.

Pointe du Petit Groin

Ça repart : nous passons près de l'écomusée, croisons des randonneurs de retour de la Baie, pantallon remonté bien haut sur les mollets et pieds encore tous boueux, faisons une halte pour la vue qui s'offre à nous depuis l'office de tourisme de Genêts (installé dans une ancienne chapelle ?), passons au cul des dunes de Dragey sans nous attarder (pas le temps... pas l'énergie - energy, energy!...), et nous arrêtons pour une nouvelle pause à la plage de Saint Jean le Thomas. Vu la côte qui nous attend pour monter sur la falaise qui surplombe la ville, un peu de sucre ne sera pas inutile... d'ailleurs nous décidons de ne pas suivre notre tracé, mais plutôt la départementale, dans l'espoir que la pente y soit suffisamment adoucie pour que cela passe plus facilement - et oui, ça tire sur les jambes, mais ça passe !

D'ici (c'est à dire des falaises de Chapeaux), il faut absolument admirer la vue, surtout que le temps est clair. Nous poursuivons vers Carolles, avant de repiquer vers les hauteurs de Jullouville, où se trouve le (LE) camping identifié dans le coin comme ouvert et acceptant les tentes. En fait, il fait essentiellement dans le mobil-home résidentiel, mais a gardé quelques emplacements - on ne va pas se plaindre, d'autant plus que le gars est particulièrement sympa et serviable : l'accueil est ouvert jusqu'à 21h30... wow. En plus il nous recharge le smartphone à l'accueil. Malgré tout la vue sur la mer est réservée aux campers plutôt qu'aux campeurs, il n'y a pas de tarif randonneurs, la douche se paie d'1 euro supplémentaire au jeton (ah oui, ça existe encore ?), mais après tout qu'importe : au moins elle est bien chaude, et les 6 minutes d'eau chaude promises s'avèrent non seulement suffisantes mais très agréables, dans un bloc sanitaire pas bien grand mais construit en dur, avec des murs habillés de vraie faïence, et ni frigorifié ni exposé à tous les vents.

Il est temps d'aller acheter un peu de pain à la ville plus bas, par contre nous arrivons trop tard pour nous fournir en bière au Super U : tant pis. Nous grignotons sur un banc de la promenade de cette petite ville balnéaire : face à la mer, face au vent, bien couverts dans nos coupe-vents. Le temps de remonter, récupérer le téléphone, et le soleil n'est pas encore couché que nous : oui.

91 km en 6h
264 m de dénivelés