Pointe des espagnols
Mardi. Dernière journée complète sur la presqu'île : la météo nous promet que demain sera moins beau. À vrai dire, c'est malheureusement déjà le cas : où sont les 30° d'hier ? Même si le ciel est toujours clément, la température estivale s'est déjà envolée.
Aujourd'hui nous prévoyons de marcher sur la côte nord de Crozon : la pointe des espagnols. Nous quittons donc Camaret par le nord, passons la plage de Trez Rouz, et nous garons à l'ilot du Diable. Nous nous équipons légèrement : il est encore tôt, et nous comptons revenir à la voiture avant l'heure du déjeuner.
Le sentier commence par descendre vers une petite crique ouverte par l'arrivée d'un simple ruisseau, et remonte bien sûr aussitôt. Il débouche alors directement sur un vieux fort dont il ne semble rester que les enceintes en ruine - le fort de la Fraternité. Quel nom étrange pour un bâtiment militaire... mais, tiens, il y a des gens qui travaillent, là dedans ! Nous nous approchons d'une bâtisse au toit en pierres. Quelques personnes qui ne semblent pas être du métier - leur tenue est trop désinvolte, et leurs cheveux peut-être un peu trop grisonnants ? - s'activent ici, qui sur le toit, qui perché sur une échelle, à gratter les parois ou refaire les joints des pierres.
L'un d'eux nous interpelle, nous approchons : c'est une association locale, essentiellement des retraités, qui tente de maintenir dans un état de conservation correct le site. On nous explique qu'il s'agit d'un fort érigé pendant la révolution - d'où le nom étrange ! - qui bien que non usité depuis longtemps, n'est entièrement abandonné que depuis 1920. L'armée ne l'entretenait plus, et l'a cédé il y a peu : il fait maintenant partie du patrimoine... mais ne fait pas plus l'objet d'attention de la part des organismes civils. L'association lutte contre la végétation envahissante, et tente de préserver la seule bâtisse encore debout dans ce fort : la poudrière.
Après ces quelques échanges, nous continuons notre chemin. Rapidement, nous arrivons à un autre site militaire jusqu'à présent fermé au public : le fort des Capucins. Depuis peu, son accès est libre - mais pas encore sécurisé ni facilité. L'attrait de visiter un lieu abandonné nous titille, et le fait de voir que quelques personnes y sont effectivement descendues nous décide à y faire un tour.

La descente se fait par un accès rocheux pentu que je n'emprunterais pour rien au monde par temps pluvieux, tant la roche s'avère usée et glissante par endroits. Après une dizaine de mètres un peu périlleux, le chemin se fait plus facile et débouche sur un terre-plein intermédiaire. De là, deux volées d'escaliers nous amènent au pont qui relie l'île à la terre. Les parapets manquent, et pour me rassurer je marche exactement au milieu de la large voie pavée - j'ai toujours eu un petit vertige.
L'accès au fort est clairement interdit - de tout petits panneaux indique que c'est dangereux, risque de chutes de pierres, tout ça. Qu'importe, il n'y a pas de barrière et des gens sont déjà passés. La principale mesure, c'est que l'accès n'est surtout pas facilité : il faut passer sur un murret qui passe au-dessus d'une sorte de mini-tranchée. Il y a peut-être 1,50 m de profondeur, mais c'est sufffisant pour m'empêcher d'avancer les pieds. Je finis par m'accroupir, et voilà.
Juste à côté de l'accès, on peut descendre sous terre : au fort de la fraternité, on nous a expliqué que cela a été réalisé sur le tard, pour placer les canons au niveau des cuirassiers. Avant, les boulets étaient lancés chauds et en l'air, l'objectif était d'enflammer les bâteaux. Une fois les bâteaux recouverts de métal, les canons devaient faire feu à l'horizontal pour transpercer la cuirasse.

En bas, il ne reste rien - seulement l'emplacement des canons. Nous remontons ; dehors, un hangard a été joliment tagué, comme tous les bunkers des alentours.

Après un tour de la petite île et ses vues magnifiques, nous remontons - cette fois-ci, en suivant un sentier correctement tracé dans les taillis. Nous continuons ensuite un peu notre randonnée, jusqu'à la pointe de Cornouaille, et retournons.

Nous reprenons Partner, et prenons la route de la Fraternité : une route plein ouest qui rejoint la côte ouest de la pointe. Nous avions visé une aire de pic nic coincée entre la rade et un étang, mais elle était en plein soleil. Nous remontons jusqu'à Roscanvel où nous trouvons notre bonheur en plein centre : un espace vert ombragé avec des tables.
Nous poursuivons ensuite jusqu'à la pointe des Espagnols, et restons là un certain temps à admirer Brest - non pas que la ville soit belle, mais de loin elle fait belle figure dans le panorama sur son goulet éponyme.

Comme nous redescendons maintenant vers le sud de la presqu'île, nous faisons étape au camping... pour des raisons de commodité : pas besoin de chercher plus loin des wtoilettes ! Je croise sur mon chemin un jeune randonneur qui est en train de planter sa MSR - et comme ces tentes sont rares, je ne peux pas m'empêcher d'engager la conversation. Pas de bol, c'est un emprunt, et c'est la première fois qu'il la plante - d'ailleurs, ça se voit, elle est mal tendue.
Nous poursuivons la journée avec en tête l'idée d'une baignade - malgré une météo moins estivale que la veille. La plage de Kerloc'h, placée juste à côté de la route, ne me fait pas envie. La plage de Kersiguénou alors ? oui et non... Finalement nous allons nous garer plage du Goullien. Cependant qu'on se le dise : elles sont toutes les trois reliées à marée basse. Cependant à marée haute, les trois sont séparées par des roches - et même par une falaise entre Kerloc'h et Kersiguénou.
Nous marchons les 2 km de la double plage Kersiguén-Goulien, poussés (assez fortement) par le vent qui fait courrir le sable et les véliplanchistes. Quelques bécasseaux sanderling - ces petits oiseaux rigolos qui cherchent des vers de sable - nous devancent parfois et s'envolent dès que nous les approchons trop.
Arrivés au bout de la plage, c'est l'endroit idéal pour une baignade : l'eau est vraiment bonne. Inutile de sécher sur le sable, le vent s'en chargera sur le trajet du retour. D'ailleurs, nous sommes partis à temps pour passer tranquillement la barrière rocheuse... quinze minutes de plus et ce n'était pas être plus la même histoire.
La journée se termine : quelques courses au Lidl, retour au camping, douche... nous avons presque pris nos habitudes, et nous allons manger comme les deux soirs précédents face à l'océan. Cependant ce soir la soirée est bien plus fraîche. Pire : cette nuit, le camping est bruyant. Sur notre gauche, plusieurs voisins proches se lèvent plusieurs fois dans la nuit pour aller aux blocs sanitaires - quel ram dam, les portes des campers ! Et sur notre droite, une jeune femme a planté sa mini tente une place à seulement 2 m de nous : on l'entend se retourner sur son matelas comme si elle dormait avec nous ! Et visiblement elle a mal dormi... nous aussi !