Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

dimanche 5 sept. 2021, 21:17

Camaret sur mer

Dimanche. Hier, Cécile me dit sur Signal qu'elle va bientôt aller 5 jours à Crozon. « Vous êtes sûrement déjà allés, vous avez aimé ? »

Justement. Bien sûr, j'y suis déjà allée. Il y a 1000 ans, quand j'étudiais à Brest. Et en juin, on devait y passer lors de notre rando-vélo du ”Quart Tro Breizh”. Mais justement. Il faisait tempête, et nous avions coupé directement de Landévennec à Pentrez. De Crozon, nous n'avions rien vu.

Ça, c'était samedi. Ça nous a travaillé une heure ou deux. Et puis ça nous a pris : nous allions voir Crozon. Nous partirions demain ! C'est à dire : aujourd'hui. Et voilà : nous avons jeté quelques fringues dans un sac, dans un autre la tente, les duvets, les matelas, placé dans un carton un peu de cuisine et de provisions, ajouté à cela les incontournables - lunettes et crème solaires, citronelle au cas où, les brosses à dents et les serviettes de toilette, ... et voilà. À 11 heures, nous étions parti !

Pour la route, nous avons filé droit vers St Brieuc, mangé du côté de Guingamp, et décroché de la 4 voies un peu tardivement, vers Landivisiau - ça commençait bien, nous n'avions pas préparé de plan de route, et nous avons loupé la sortie qui nous intéressait. Contre toute attente, notre trajectoire nous a conduit à la Roche-Maurice, charmant bourg avec un château en ruines juché sur une grande caillasse, puis nous a passer par des dénivelés conséquents pour la région - je n'avais pas idée que ça puisse monter autant : c'est mieux de le savoir avant de s'aventurer par ici en vélo !

Nous avons continué vers Sizun, puis sommes passés par St Éloy - l'occasion de chantonner « Le bon roi Dagobert a mis sa culotte à l'envers ; Le grand saint Éloi lui dit : Ô mon roi ! Votre Majesté est mal culottée. C'est vrai, lui dit le roi, je vais la remettre à l'endroit. » Cependant, si vous regardez la carte, nous n'aurions jamais du passer par St Éloy : le village est situé sur une minuscule départementale, qui n'admet qu'un trafic très local. Alors ? C'est qu'une déviation nous a rallongé le chemin. Nous nous sommes trouvés à sillonner les petites routes - tiens, un tracé parfait à faire en vélo, surtout les descentes.

Nous avons fini par remonter sur la N165 juste le temps de s'approcher du Faou, et de sortir pour la route de Crozon : tiens, a deja vu... Nous avons suivi la route que nous avions prise avec Étienne lors de cette étape épique Carhaix-Landévennec. Sauf que cette fois-ci, nous avons pu profiter de la vue depuis le pont de Térénez (il faut dire que la dernière fois il pleuvait).

Suite à quoi nous avons filé sur Crozon - noté au passage qu'il y avait un Lidl et un énorme Leclerc pour les prochaines courses - et continué vers Camaret. À deux kilomètres de notre but, nous avons eu la surprise de frôler la mer tout en restant sur la route : à Kerloc'h, la route longe la plage... Et en ce dimanche de début septembre, les plagistes étaient encore nombreux.

À Camaret, nous avons simplement suivi les indications « Camping municipal ». Juste à côté, le stade de foot rassemblait de nombreux spectateurs, dont les voitures envahissaient toutes les places dispobibles alentour. Il était un peu plus de 15h, largement assez tôt pour passer à l'accueil et obtenir toutes les indications nécessaires pour s'installer sur un emplacement libre.

Nous avons garé partner pas trop loin des haies, et planté la tente dans un espace encore assez dégagé. La zone était visiblement réservée aux campeurs de passages, pour la plupart pétro-nomades. Nous avons malgré tout dénombré une petite dizaine de tentes, ce qui n'est pas bénin de nos jours. Ici, on campe encore !

Une fois installés, nous avons tout simplement marché le long de l'océan au départ du camping. Au vu de sa localisation, rien de plus simple : traverser le camping, puis la route, et voilà : un sentier s'enfonce dans la lande. Deux cent mètres plus loin s'ouvre le panorama sur l'océan. Encore deux cent mètres et c'est la plage de Pen Hat...

La mer était haute, et la plage réduite à sa plus simple expression - et malgré tout, ils étaient nombreux à s'y prélasser au soleil. Nous avons poursuivi vers l'ouest, et grimpé vers la pointe du Toulinguet. Malheureusement, la pointe elle-même est un terrain militaire interdit d'accès.

Pointe du Toulinguet

Un petit fort se dresse devant des murailles, et de l'autre côté un sentier traverse les landes multicolores.

Les landes près de Camaret

La plage de Porzh Naye en contre bas, nous admirons du haut des falaises cette petite baie qu'un plaisancier a déjà choisit pour passer la nuit.

Porzh Naye

Pour rejoindre la pointe du Grand Grouin, il faut serpenter entre les vestiges des défenses allemandes du mur de l'atlantique et les cratères qu'ont du laissé les obus des alliés - ils ont beau être recouverts de lande, le paysage en est un peu chamboulé. Quand le sentier repique vers l'est et Camaret, il permet de rejoindre le corps de garde : le fort de Camaret-sur-Mer, qui précédait celui de la dernière guerre mondiale. Nous comprenons rapidement que toute la presqu'île est un territoire depuis longtemps militarisé.

Arrivés à Camaret, nous remontons vers le camping. C'est l'heure de la douche, et l'eau est chaude : un vrai bonheur. Nous préparons notre pic nic, et reprenons le chemin de l'océan : nous nous installons sur un banc face à la mer, vue sur Porzh Naye. Le soleil prend son temps pour descendre, nous avons nous-même le temps de marcher un peu et de changer de banc avant de le voir s'éclipser derrière la pointe du Toulinguet.

Retour au camping. Nous avons quelques voisins, surtout des étrangers. Suisses allemands de Zurich et autrichiens se remarquent à la qualité de leurs véhicules - de rutilants VW. Les belges jouent une catégorie en dessous, et quant aux français... ils sont plus nombreux à jouer la débrouillardise comme nous qu'à faire flamber le compte bancaire pour s'équiper.

Nous nous couchons avant qu'il ne fasse trop sombre. Le camping est très calme, et les petits lumignons éclairent si peu que depuis l'intérieur de la tente j'ai l'impression qu'aucune lumière ne vient troubler la nuit.