Journal de Bottes

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature (la suite).

vendredi 18 juin 2021, 21:17

Vélodyssée - Errance

Suite à l'accalmie des averses en milieu de nuit, le temps est resté au sec relatif : quand nous replions la tente, elle n'est pas sèche mais ce n'est pas non plus l'apocalypse. La journée commence par les +7 km de la veille qui nous ramènent à Marans, et de là, nous pouvons « commencer » la journée de route prévue : 66 km qui doivent nous amener à Saint-Vincent-sur-Mer.

Le vent est de la partie aujourd'hui, et le démarrage s'en ressent en longeant le canal maritime de Marans à la mer... 5 km plein ouest, en plein dans le vent. À la sortie du canal, nous suivons la piste cyclable évidente, mais évidemment c'était faire peu de cas des indications cachées par la végétation, et qui elles indiquaient le sens inverse ! Un bref coup d'oeil sur le GPS confirme qu'il faut revenir sur nos pas, impossible de faire mieux. Les 17 km suivants passent dans la campagne, le plus souvent sur des routes goudron, parfois sur des gravillons, et c'est alors que nous croisons les premiers vélo-randonneurs du jour : hier, j'en avais compté 45, aujourd'hui ce sera à nouveau à peine moins d'une quarantaine.

Une pause à Saint-Michel-en-l'Herm est bienvenue, sur une petite aire aménagée en bord de village. Nous suivons ensuite docilement la piste qui nous ramène plein sud - le détour est évidemment touristique, nous longeons une ancienne digue aujourd'hui située dans les terres. À partir de là, nous suivons plus ou moins une rivière parallèle à la côte : un paysage de marais bientôt entourré de maisons résidentielles des villes vacances que sont l'Aiguillon-sur-Mer et la Faute-sur-Mer. Nous franchissons la rivière et entrons dans le « centre » de cette dernière ville, en espérant trouver de quoi nous restaurer - car aujourd'hui exceptionnellement les réserves sont maigres, et le temps maussade nous fait rêver d'un fish-and-ships...

Dans la rue commerçante - au demeurant tellement vide de passants qu'on l'imagine encore à moitié endormie en basse-saison - nous avisons rapidement un restaurant avec terrasse vide. Un coup d'oeil vers l'intérieur confirme qu'il est ouvert : un unique couple mange dans le patio plus loin. Nous posons les vélos contre les gros bacs à fleurs de la terrasse, et commençons le rituel de l'arrêt : retirer le gilet jaune, extraire les anti-vols, ... Un blondinet sort du restaurant sans que rien ne nous permette de l'identifier comme y travaillant - il ne nous prête aucune attention, il semble sortir juste pour fumer peut-être. Je capte son regard, je considère que oui, c'est bien le serveur, et je lui demande s'ils servent encore - oui ! Par contre, ne pourrait-on pas éviter de mettre les vélos en appui sur les cordes de la terrasse, c'est fragile ?... On vérifie avec lui, et Antoine confirme : les vélos sont appuyés sur les bacs, ils n'abîment rien, ... le gars insiste pour qu'on les déplace puis pour qu'on ne touche à rien. Faut savoir... Antoine veut alors les déplacer, alors que moi j'ai déjà l'indice de colère dans le rouge. Nous accrochons les vélos 5 mètres plus loin sur d'étranges structures simplistes et métaliques que le serveur nous a indiqué être des garages à vélo - même si cela ne semble pas du tout adapté. Le serveur s'étonne - je le sens vexé. Il discute chiffre avec un vendeur voisin qui ferme boutique pour ce matin - il n'a fait aucune vente.

Nous entrons dans la terrasse, et atteignons une seconde terrasse semi-couverte - toute aussi vide que l'autre. Le serveur nous propose le patio (qui lui fait sans doute moins loin pour le service), mais nous préférons avoir un oeil sur les vélos. Je lui demande si on peut s'installer à une table pour 4 qui permettrait de les surveiller. Évidemment, il préfère nous “proposer” une table pour 2 plus en retrait et moins bien placée. Pourtant, il n'y a absolument personne. Ça change quoi ? Cette fois-ci ma jauge de patience a dépassé la limite. Ça ne m'intéresse pas de me plier à ces conditions absurdes qui ne seraient valable que s'il y avait un tant soit peu de clientèle, alors qu'en ce moment même on ne dérange personne et on ne prend la place de personne : et pour cause, il n'y a personne !... On sort de là, et on va reprendre les vélos - le serveur surpris nous lance « vous ne mangez pas finalement ? Je m'en fous, c'est pas moi que ça dérange ! »

On termine donc « LA » grande rue de la Faute-sur-Mer sans trouver de restaurant qui nous convienne (trois autres sont ouverts, plus remplis que le premier) et puis d'ailleurs nous n'avons plus envie de lâcher une thune dans ce bled. Nous nous installons au bout de la rue face à l'océan, sur un banc en bois conçu avec un dossier en travers brinqueballant - ça doit être pour donner un style à la promenade du front de mer. Le pain qui nous reste de la veille et le fromage à la crême feront l'affaire !

Pour repartir, nous longeons la Casse de la Belle Henriette, un site naturel, puis rejoignons un tracé on ne peut plus anonyme : une cyclable sur trottoir le long d'une départementale... Ce qui nous amène à la Tranche-sur-Mer, où notre premier réflexe est de refaire le plein pour manger ce soir ! Les 15 km suivants tiennent de la balade en forêt plus que du déplacement : des virages incessants de droite et de gauche, c'est plutôt plaisant mais lent. Lors d'une montée un peu raide, je réduis un peu trop tardivement les vitesses, fait caqueter le mécanisme et finalement déraille - mais les choses rentrent facilement en ordre, pas de casse. À une intersection, nous croisons un groupe de randonneurs venus de Redon qui se plaignent de l'absence d'indications, et du rythme trop rapide des cyclos équipés d'un vélo électrique - ces gens qui ne fournissent quasiment aucun effort, mais tiennent à vous dépasser au plus vite et sans prendre de précautions.

Nous voici enfin à Saint-Vicent-sur-Mer, à proximité du camping que j'avais repéré. Seulement, maintenant qu'on est devant, cela ressemble à un immense terrain à abattre de la caravane en pleine ville. Ça ne me tente pas : nous rajoutons 2,5 km et atteignons le Camping de la pomme de pin, plus près de l'océan. Il appartient visiblement à la même chaîne que celui de l'île d'Oléron qui nous avait bien plu : c'est bon signe ! Le temps de saluer la personne à l'accueil et de lui indiquer que je souhaite « un emplacement, deux vélos, deux personnes », qu'elle m'annonce « je vous conseille d'essayer plutôt au Camping du Bosquet », sans préciser le motif de son refus “poli”. Il me semble pourtant que vu le taux de remplissage actuel, il y a de la dispo... Bref, je gromelle et m'en vais - on vient de se faire rembarrer parce qu'on est pas pétro-nomades, c'est évident !

Allez, un petit km de plus pour atteindre le camping indiqué - le camping pour pauvres ? Un jeune homme un peu trop jeune tient l'accueil, et là, c'est sidérant « le logiciel ne marche pas, je ne peux pas prendre de réservation. » Pardon ? Pour toute la soirée ?... Genre, il n'accepte plus aucun client ce soir ?... Le gamin soit ne comprend rien à la vie commerciale, soit c'est moi qui ne comprend rien. Depuis quand une panne informatique empêche d'attribuer un emplacement et d'écrire les renseignements qui pourront être saisis plus tard ? Le gamin bredouille, il faudra qu'il rappelle le camping dont il dépend pour savoir - euh, visiblement, ça ne lui vient pas à l'idée de le faire maintenant. Je n'insiste pas, et je lui demande qui accepte ici des campeurs en tente. Il me répond le camping de la pomme de pin... - on en vient ! Décidément il ne faut pas rester là.

Nous ne sommes plus qu'à deux pas du port, alors nous allons sur le port, puis nous cherchons l'entrée du camping suivant - hop hop, un km de plus. Il s'appelle le Camping la Ventouse, ça nous fait rire ce nom, ça c'est un camping pour nous, c'est sûr ! Je ressort mon masque, je reprend mon sourire, et je fais exactement la même demande. La réponse normale et attendue arrive : « Bien sûr ! » Je lui dis alors que c'est loin d'être évident et lui raconte notre petit périple - elle n'en revient pas... Entre temps, nous sommes inscrits, l'emplacement est payé, nous avons un plan du camping, et elle nous accompagne jusqu'à un emplacement qu'elle nous conseille car à proximité d'une terrasse abritée dédiée aux randonneurs : elle héberge une table et deux chaises. La dame de l'accueil nous précise même que si on veut monter notre tente dessous, pas de problème ! Comme quoi, il reste des gens qui ont une idée de ce qu'on attend comme service...

Nous montons la tente sur l'emplacement désigné, chargeons le portable, et filons faire d'autres courses : les courses du soir, où on peut acheter des choses lourdes - comme des bouteilles de bière. Nous passons dans le centre de Jard, puis trouvons notre bonheur au Super U. Nous revenons dîner au camping, où après une douche méritée, nous nous installons à la table proposée sous l'auvent. Le port n'étant pas loin, nous terminons par une petite balade à pied, avant de décider finalement... de déplacer la tente sous l'auvent. Cela s'est avéré un bon calcul : au matin, la tente sera parfaitement sèche malgré les averses de la nuit.

Les stats !

> Étape Ile d'Elle - Jard-sur-Mer  
> À vélo : 87 km en 5h48 (soit 15 km/h) 
> Camping la Ventouse 
> On aime : l'accueil, l'excellent abri-terrasse pour itinérants, le camping valloné, l'emplacement entre le bourg et le port 
> On regrette : pas de PQ