Vélodyssée - au bout du bout
Aujourd'hui il s'agit de finir la remontée vers le nord, au plus près du bac pour Royan prévu pour le lendemain. Malgré une bonne nuit, nous ne sommes pas très efficaces ce matin au pliage, et chauffer du café pour nous réveiller finit de nous mettre dedans : il est bien tard quand nous sommes prêts à partir. La piste est juste devant le camping : le temps de déposer les poubelles aux ordures et dans les bacs verre ou recyclage, et c'est parti ! Le goudron serpente dans une forêt de pins vallonnée, puis cède rapidement la place à une piste en gravillons (GRAVEEEEL !) blancs sans aucun arbre pour faire de l'ombre... et c'est là qu'Antoine a une illumination : LA GOURDE ! Il manque la gourde métal. Elle est restée à notre emplacement... demi-tour ! Et hop, +10 km au compteur, à toute berzingue - enfin, moi j'y vais un peu plus molo, et je le retrouve à la sortie du camping.
Alors, cette fois-ci, c'est parti ? Oui. Sur le même tronçon, on croise deux marcheurs avec gros sacs à dos - l'homme me fait signe et je pile... Oups, j'ai oublié de prévenir, heureusement Antoine freine encore plus fort que moi et m'évite de peu, on frôle la catastrophe. Les deux font Compostelle depuis La Rochelle, et voudraient des renseignement sur les campings à Lacanau... Ils comprennent bien vite qu'ils vont rencontrer avec la saison qui commence à poindre, le même genre de problèmes que nous : trouver des lieux où les itinérants sont bien accueillis.
Au niveau de Carcan Plage, nous jetons un bref coup d'oeil à la mer et au croisement suivant, hésitons deux secondes : la vélodyssée est indiquée comme contournant le lac d'Hourtin, alors que ma trace file droit vers le nord. Après vérification, j'ai choisi la voie la plus courte, la vélodyssée « route ». Sur un tronçon de 18 km, nous nous retrouvons dans un no man's land : la route est fermée à la circulation, et nous longeons un territoire militaire... Aucun accès à une quelconque plage, aucune aire de pique nique, rien pour s'arrêter, walou.
C'est à Hourtin Plage qu'on peut enfin jeter à nouveau un oeil sur l'océan, et chercher une table à l'ombre dans le parking... La seule qu'on trouve est déjà préemptée par un couple de bobos surfeurs en van VW deluxe - ok, on a compris, on va plus loin... convivialité proche de zéro. Allez on ne va pas faire les ronchons, plus loin la table soit disant à l'ombre est déjà trop au mi-soleil, alors on s'installe par terre sur un paréo dans une zone garantie 100% ombre : parfait pour déjeuner, mais aussi pour une petite sieste. Nous serons réveillés par un cyclo sorti de nulle part, vêtu à la clodo (ou comme un gars parti il y a au moins 3 ans) et qui passe devant nous avec une remorque surchargée.
Les sanitaires du parking sont délabrés mais fonctionnels, ils sont même pourvus de robinets d'eau potable - la chance, par cette chaleur ! Nous voici repartis sur les routes landaises, version total nihilisme : une véloroute droite bosselée par endroits par les racines, des pins à droite, parfois des pins à gauche, et du soleil, du soleil, du soleil. Toujours pas d'accès aux plages, toujours rien pour s'arrêter. Rien.
À Montalivet-les-Bains, des campings qu'on imagine immenses et qui ne donnent pas envie s'enchaînent à la queue leu leu, tiens, l'un d'eux est naturiste, mais toujours rien. Dans la ville, nous perdons la trace, et lors de cette brève errance nous découvrons un vieux camp vacances Dassault... Le truc est vétuste et abandonné, personne n'a pris la peine de le démolir, alors qu'autour les lotissements construisent à tout va. Ah, la piste ! On est repartis : le dernier effort de la journée... 20 km interminables pour atteindre Soulac, avec, je vous le donne dans le mile, rien à voir jusque là. La plage est étrange, l'endroit me fait penser à une zone de guerre - c'est entre le bitume défoncé et l'ancien HLM bâti directement sur la dune et désormais toutes les portes et fenêtres évidées, prêt à être démoli. Vite, dirigeons-nous vers le centre bourg...
Ah, c'est plus amusant ici : des petites villas désuettes au charme balnéaire d'il y a un siècle... OSM, au secours, où est le supermarché le plus proche ?... Ce sera Lidl, avec un petit détour. Comme souvent quand on fait des courses en fin d'après-midi, j'ajoute une glace et on se trouve rapidement un coin tranquille où la déguster avant qu'elle ne fonde : ce sera juste à la sortie de Soulac.
Il ne reste plus qu'à rejoindre le camping « écologique » le Royannais. À première vue, nous n'avons pas vraiment vu l'implication écolo - mais comme il n'y avait personne à l'accueil, cela manquait sans doute d'explication. C'est une jeune femme espagnole qui nous a accueilli, de la peinture plein les mains et le pantallon - en l'absence des propriétaires, pas d'enregistrement de nouveaux clients ce soir, on pouvait s'installer mais il faudrait régulariser la situation le lendemain à 9h30. Cela nous arrangeait moyen, vu qu'à 9h demain je comptais être sur le bac pour Royan, mais bon... Ce soir nous n'avons vraiment pas envie de continuer à pédaler pour trouver un autre camping au dernier moment... Tout de même, l'état général du camping donne une furieuse impression d'abandon : la piscine est vide, une bétonnière attend près d'un barbecue en ciment, des planches de bois attendent là de devenir prochainement une terrasse... Est-ce que les sanitaires sont ouverts ? On peut prendre une douche, n'est-ce pas ? Oui !? Alors : deal.
On plante la tente, on va pour prendre une douche, et là, c'est fou : le bloc sanitaire est en ouaille complète... des feuilles mortes, pas de lumière, des objets entassés qui seraient bien mieux à la déchetterie... Les douches, pas d'eau, bien sûr ! Incompréhension. On retourne voir l'espagnole, qui blêmit malgré son bronzage. Elle nous accompagne et... nous indique une porte à l'autre bout du bloc, où se trouvent les douches en fonctionnement. Ouf ! On peut prendre une douche. Tiède. Un autre résident du camping dira même : « mais l'eau est froide !?! ». Évidemment, pas de PQ dans les toilettes. Mais un affichage nous informe que si elles semblent sales, c'est pas qu'elles sont sales, mais qu'elles sont à l'eau non chlorée. Allez, un avantage quand même : dans la laverie, une prise électrique permet d'y brancher le portable pour le recharger. Et un autre : une terrasse couverte avec des tables en bois où dîner assis.
En chemin pour aller se dégourdir les jambes dans les environs, nous recroisons l'espagnole, toujours les mains pleine de tambouille terreuse et en train d'essayer d'en coller sur un poteau du bâtiment de l'accueil. Vu comment elle manipule ça sans protection, je lui demande si elle fait de la terre-argile... mais non, il y a de la chaux dans son mélange ! Et nous voilà à parler technique... car elle fait des essais pour redécorer le mur d'enceinte de la piscine. Peine perdue à notre sens, car le mur semble en bon béton, et l'accroche ne sera pas facile - voire pas possible. Surtout qu'elle ne semble pas maîtriser les quelques termes techniques du métier : le retrait, le gobetis, le type de chaux, les fines, ... elle ne semble pas non plus bien équipée. Je lui envoie un lien sur Tiez Breizh, et on lui donne quelques mots clés...
La petite balade nous amène sur les dunes à l'approche de l'heure de coucher du soleil. À vrai dire, nous ne tardons pas nous non plus !


Les stats !
> Étape Lacanau-Océan - Le Verdon sur Mer
> À vélo : 92 km en 5h16 (soit 17,5 km/h)
> Camping Le Royannais
> On aime : une espagnole sympa qui fait des travaux dans le camping
> On regrette : l'eau tiède des douches, l'absence de PQ, le camping pas prêt du tout à accueillir les vacanciers